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AccueilJurisprudence administrativeN° TA14-2202386

Tribunal Administratif de Caen — Décision N° TA14-2202386

mardi 28 février 2023

JuridictionTribunal Administratif de Caen
SectionTribunal Administratif de Caen
N° DossierTA14-2202386
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation3ème Chambre
Avocat requérantTSARANAZY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 21 octobre 2022, M. B A, représenté par Me Tsaranazy, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 14 mars 2022 par lequel le préfet du Calvados a refusé de renouveler sa carte de séjour en qualité d'étudiant, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office ;

2°) d'enjoindre au préfet du Calvados de lui délivrer un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 433-1 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ou, subsidiairement, de procéder au réexamen de sa demande et ce, dans le délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son conseil au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- il appartient à l'administration de justifier de la compétence du signataire de la décision ;

- la décision portant refus de titre de séjour méconnaît les articles L. 422-1 et R. 433-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; le préfet n'a pas procédé à une appréciation personnalisée et particulière de sa situation comme l'exige la circulaire du 7 octobre 2008 relative aux étudiants étrangers ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant refus de titre séjour ;

- elle porte une atteinte disproportionnée à la poursuite de ses études ;

- la décision fixant le pays de destination est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

Par un mémoire enregistré le 14 novembre 2022, le préfet du Calvados conclut au rejet de la requête au motif que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 21 septembre 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- l'accord du 9 octobre 1987 entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement du royaume du Maroc en matière de séjour et d'emploi ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de Mme C.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, né le 24 octobre 1995 à Tétouan au Maroc, entré régulièrement sur le territoire français le 17 août 2018 sous couvert d'un visa long séjour étudiant valable du 15 août 2018 au 15 août 2019, a bénéficié de deux titres de séjour en qualité d'étudiant, valable du 14 octobre 2019 au 13 octobre 2021. Par l'arrêté attaqué du 14 mars 2022, le préfet du Calvados a refusé de renouveler son titre de séjour et l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours en fixant le pays de destination.

Sur le moyen commun à l'ensemble des décisions attaquées :

2. Par un arrêté du 3 mars 2022, publié au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture n° 14-2022-040 du même jour et consultable sur le site internet de la préfecture, le préfet du Calvados a donné délégation à M. D de Kergorlay, chef du service immigration de la préfecture du Calvados, à l'effet de signer tous les arrêtés et décisions relevant des attributions du service de l'immigration, à l'exception de certains actes dont ne font pas partie les décisions en litige. Le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'acte doit, par suite, être écarté.

Sur la légalité de la décision portant refus de titre de séjour :

3. Aux termes de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui établit qu'il suit un enseignement en France ou qu'il y fait des études et qui justifie disposer de moyens d'existence suffisants se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "étudiant" d'une durée inférieure ou égale à un an () ". Il appartient au préfet, lorsqu'il est saisi par un étranger d'une demande de renouvellement d'un titre de séjour délivré sur le fondement de ces dispositions, de rechercher si l'intéressé peut être raisonnablement regardé comme poursuivant effectivement des études et d'apprécier, sous le contrôle du juge, la réalité et le sérieux des études poursuivies en tenant compte de l'assiduité, de la progression et de la cohérence du cursus suivi.

4. Il ressort des pièces du dossier que M. A est inscrit en licence de mathématiques depuis 2018 et a été ajourné à trois reprises avec un résultat de 3.42/20 pour l'année universitaire 2018-2019, de 4.244/20 pour l'année 2019-2020 et de 9.256/20 pour l'année 2020-2021. Si le requérant se prévaut de difficultés d'adaptation et d'intégration, du confinement lié à la crise sanitaire et de sa progression pour l'année universitaire 2021-2022, il ressort des pièces du dossier, en particulier des relevés de notes des différentes années universitaires, que le requérant a de nombreuses absences injustifiées et des ajournements avec des résultats très faibles, avec plusieurs notes à 0 sur 20. Compte tenu des mauvais résultats de l'intéressé, du défaut d'assiduité et de l'absence de progression au cours des trois années universitaires passées, le préfet du Calvados, qui a procédé à un examen particulier de la situation du requérant, n'a pas commis d'erreur d'appréciation en estimant que M. A ne pouvait être regardé comme poursuivant effectivement des études. Ce moyen doit, dès lors, être écarté.

Sur la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

5. En premier lieu, en l'absence d'illégalité de la décision portant refus de séjour, le moyen tiré de cette illégalité soulevé à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être écarté.

6. En second lieu, si le requérant fait valoir que la décision implique l'arrêt de ses études, il ressort des pièces du dossier, et ainsi qu'il a été dit précédemment, qu'il ne justifie d'aucune réelle progression dans ses études depuis 2018. En outre, la décision ne fait pas obstacle à ce que M. A poursuive ses études dans son pays d'origine. Dans ces conditions, ce moyen doit être écarté.

Sur la légalité de la décision fixant le pays de destination :

7. En l'absence d'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français, le moyen tiré de cette illégalité soulevé à l'encontre de la décision fixant le pays de renvoi ne peut qu'être écarté.

8. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 14 mars 2022. Il y a lieu, par voie de conséquence, de rejeter ses conclusions à fin d'injonction ainsi que les conclusions de Me Tsaranazy relatives aux frais de l'instance.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à Me Tsaranazy et au préfet du Calvados.

Délibéré après l'audience du 7 février 2023 à laquelle siégeaient :

- Mme Macaud, présidente,

- Mme Absolon, première conseillère,

- Mme Créantor, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 février 2023.

La rapporteure,

Signé

C. C

La présidente,

Signé

A. MACAUD

La greffière,

Signé

A. GODEY

La République mande et ordonne au préfet du Calvados en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

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