jeudi 1 décembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Caen |
| Section | Tribunal Administratif de Caen |
| N° Dossier | TA14-2202520 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Avocat requérant | CAVELIER |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 9 et 28 novembre 2022, Mme A C, représentée par Me Cavelier, demande au juge des référés :
1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) de suspendre l'exécution de l'arrêté du 30 septembre 2022 par lequel le préfet du Calvados a refusé le renouvellement de son titre de séjour ;
3°) d'enjoindre au préfet du Calvados de réexaminer sa demande de titre de séjour dans un délai d'un mois à compter du jugement à intervenir et sous astreinte de 100 euros par jour de retard ; de lui délivrer sans délai une autorisation provisoire de séjour avec autorisation de travailler ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros à verser à son conseil en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Elle soutient que :
Sur l'urgence :
- l'urgence est présumée en cas de demande de renouvellement de titre de séjour ;
- elle travaille au sein du CCAS de Mondeville dans le cadre de contrats de travail à durée déterminée et devait signer un nouveau contrat ;
- elle a quatre enfants à charge et doit acquitter un loyer mensuel de 489 euros ;
- en l'absence de titre de séjour ou de récépissé, elle ne peut pas subvenir à ses besoins et à ceux de ses enfants à charge.
Sur le doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :
- le signataire de l'arrêté devra justifier de sa compétence ;
- le préfet a commis une erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- il appartient au préfet d'établir la réalité d'une fraude ; elle a quitté l'Angola pour rejoindre le père de son enfant né à Caen, qu'il a reconnu de manière anticipée ; le père de l'enfant, qui est un ressortissant français, était en République démocratique du Congo pendant la période de conception de cet enfant ; ce ressortissant français n'a pas accepté qu'elle le rejoigne avec ses trois filles issues d'une précédente union ; le couple ne vit pas ensemble mais le père verse une pension alimentaire ;
- le préfet n'indique pas quelle suite a été donnée au signalement adressé au procureur de la République pour suspicion de reconnaissance frauduleuse de paternité ;
- elle a attendu la délivrance d'un nouveau passeport pour déposer une demande de titre de séjour postérieurement au rejet de sa demande d'asile.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 21 et 29 novembre 2022, le préfet du Calvados conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
- la condition d'urgence est remplie pour un renouvellement de titre de séjour ;
- la signataire justifie d'une délégation de signature régulièrement publiée ;
- la seule contribution financière versée par le ressortissant français concerné n'est pas suffisante pour caractériser sa participation à l'entretien de cet enfant ;
- le dossier de la requérante a été transmis le 31 janvier 2022 au procureur de la République en raison d'une forte présomption de reconnaissance frauduleuse de paternité ;
- il se fonde sur un faisceau d'indices précis et concordants pour renverser la présomption de filiation, à savoir une entrée en France à six mois de grossesse avec un visa touristique, une demande d'asile le 21 avril 2017 au lieu d'une demande de titre de séjour en tant que parent d'enfant français, une reconnaissance anticipée de l'enfant moins d'un mois après son arrivée en France et une absence totale de communauté de vie ;
- la requérante indique avoir rejoint à Caen ce ressortissant français alors que celui-ci n'a jamais résidé dans le Calvados ;
- contrairement à ce qu'elle soutient, elle a produit un passeport lors du dépôt de sa demande d'asile ;
- le mari de la requérante et père de ses trois filles vit en Angola.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- la requête enregistrée le 9 novembre 2022 sous le n° 2202521 par laquelle Mme C demande l'annulation de l'arrêté du 30 septembre 2022 du préfet du Calvados.
Le président du tribunal a désigné M. B pour statuer sur les demandes de référé.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Au cours de l'audience publique tenue en présence de Mme Lapersonne, greffière d'audience, M. B a lu son rapport et entendu les observations :
- de Me Cavelier, représentant Mme C, qui conclut aux mêmes fins que la requête, par les mêmes moyens. Il précise que Mme C et le père ont été auditionnées séparément à deux reprises, en 2017 et en 2021 ; les procès-verbaux d'audition, auxquels la requérante n'a pas accès, n'ont pas été produits ; sa première demande de titre séjour a fait l'objet en janvier 2020 d'un refus d'enregistrement en raison de l'absence de certificat de nationalité ; son précédent mari refuse de divorcer.
Le préfet du Calvados n'était ni présent, ni représenté.
La clôture de l'instruction est intervenue à l'issue de l'audience en application du premier alinéa de l'article R. 522-8 du code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A C, de nationalité angolaise, est entrée en France le 8 décembre 2016 munie d'un visa de court séjour. Elle a déposé le 21 avril 2017 une demande d'asile, qui a été rejetée le 26 janvier 2018 par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) et le 7 mai 2019 par la Cour nationale du droit d'asile (CNDA). Elle a obtenu en février 2021 un titre de séjour en qualité de parent d'enfant français sur le fondement de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, valable jusqu'au 8 février 2022. Elle a sollicité le 28 décembre 2021 le renouvellement de ce titre de séjour. Par un arrêté du 30 septembre 2022, le préfet du Calvados a rejeté sa demande de renouvellement. La requérante demande la suspension de l'exécution de cet arrêté.
Sur l'aide juridictionnelle provisoire :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi ci-dessus mentionnée du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président. () ". Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'accorder à Mme C le bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.
Sur les conclusions à fin de suspension :
3. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".
En ce qui concerne la condition d'urgence :
4. La requérante fait valoir, sans que cela soit contesté, que le refus d'admission au séjour fait obstacle à la signature d'un nouveau contrat à durée déterminée avec son employeur, alors qu'elle doit subvenir aux besoins du foyer, composé de ses quatre enfants mineurs. Ainsi, la requérante justifie d'une atteinte suffisamment grave et immédiate à sa situation personnelle et familiale et donc, de l'urgence qui s'attache à ce que soit prononcée une mesure en référé sans attendre le jugement au fond.
En ce qui concerne l'existence de moyens propres à créer un doute sérieux quant à la légalité de l'arrêté attaqué :
5. Aux termes de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui est père ou mère d'un enfant français mineur résidant en France et qui établit contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil, depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins deux ans, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. ".
6. Si la reconnaissance d'un enfant est opposable aux tiers, en tant qu'elle établit un lien de filiation et, le cas échéant, en tant qu'elle permet l'acquisition par l'enfant de la nationalité française, dès lors que cette reconnaissance a été effectuée conformément aux conditions prévues par le code civil, et s'impose donc en principe à l'administration tant qu'une action en contestation de filiation n'a pas abouti, il appartient néanmoins au préfet, s'il est établi, lors de l'examen d'une demande de titre de séjour présentée sur le fondement des dispositions précitées du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, que la reconnaissance de paternité a été souscrite dans le but de faciliter l'obtention de la nationalité française ou d'un titre de séjour, de faire échec à cette fraude et de refuser, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, tant que la prescription prévue par les articles 321 et 335 du code civil n'est pas acquise, la délivrance de la carte de séjour temporaire sollicitée par la personne se présentant comme père ou mère d'un enfant français.
7. Le préfet du Calvados, pour refuser à la requérante le renouvellement de son titre de séjour, fait valoir que ses services ont effectué le 31 janvier 2022 un signalement auprès du procureur de la République de Caen pour suspicion de reconnaissance frauduleuse de paternité. Il ressort des pièces du dossier que Mme C est entrée en France le 8 décembre 2016 avec ses trois filles issues d'une précédente union. Elle a donné naissance à un quatrième enfant le 11 mars 2017 à Caen, qui a été reconnu de manière anticipée, le 16 janvier 2017, par un ressortissant français. Elle soutient qu'elle était séparée de son précédent conjoint lorsqu'elle a rencontré le futur père de cet enfant en République démocratique du Congo, près de la frontière angolaise. Il ressort de l'examen du passeport de ce ressortissant français que celui-ci se trouvait en République démocratique du Congo en 2016 pendant la période de conception de l'enfant. La requérante produit les relevés de compte bancaire de ce ressortissant français qui font apparaître que celui-lui a effectué au profit de Mme C un virement de 100 euros en octobre 2019 et treize virements de 200 euros entre janvier 2020 et janvier 2022. En outre, la requérante expose qu'elle-même et le père de l'enfant ont été auditionnés séparément à deux reprises, en 2017 et en 2021, par les services de police. Or, le préfet, qui a entretemps délivré à la requérante un titre de séjour en qualité de parent d'enfant français, ne produit pas les procès-verbaux de ces auditions et ne justifie pas en avoir demandé la communication. Par ailleurs, et contrairement à ce que soutient le préfet, la requérante, à qui a été opposé le 8 janvier 2020 un refus d'enregistrement de sa demande de titre de séjour en l'absence de certificat de nationalité française, n'a pas attendu le mois de février 2021 pour demander son premier titre de séjour sur un fondement autre que celui lié à l'asile. Compte tenu de ces éléments, le moyen tiré de ce que le préfet n'établit pas la reconnaissance frauduleuse de paternité dont il se prévaut, est de nature à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux sur la légalité de l'arrêté attaqué.
8. Il résulte de ce qui précède qu'il y a lieu de suspendre l'arrêté du 30 septembre 2022 par lequel le préfet du Calvados a rejeté la demande de renouvellement de titre de séjour de Mme C.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
9. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu d'enjoindre au préfet du Calvados de délivrer à Mme C un récépissé de demande de titre de séjour l'autorisant à travailler dans un délai de cinq jours à compter de la notification de la présente ordonnance et de réexaminer sa demande dans un délai de deux mois à compter de la notification de la présente ordonnance. Il n'y pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais liés au litige :
10. Mme C est admise, à titre provisoire, à l'aide juridictionnelle. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce et sous réserve que Me Cavelier renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Cavelier de la somme de 500 euros. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée par le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 500 euros sera versée à Mme C.
O R D O N N E :
Article 1er : Mme C est admise, à titre provisoire, à l'aide juridictionnelle.
Article 2 : L'exécution de l'arrêté du 30 septembre 2022 par lequel le préfet du Calvados a rejeté la demande de renouvellement de titre de séjour de Mme C, est suspendue.
Article 3 : Il est enjoint au préfet du Calvados de délivrer à Mme C un récépissé de demande de titre de séjour l'autorisant à travailler dans un délai de cinq jours à compter de la notification de la présente ordonnance et de réexaminer sa demande dans un délai de deux mois à compter de la notification de la présente ordonnance.
Article 4 : Sous réserve que Me Cavelier renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, l'Etat versera à Me Cavelier une somme de 500 euros sur le fondement de l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée par le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 500 euros sera versée à Mme C.
Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 6 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A C, à Me Cavelier et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Copie en sera transmise, pour information, au préfet du Calvados et au bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Caen.
Fait à Caen, le 1er décembre 2022.
Le juge des référés,
Signé
F. B
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.
Pour expédition conforme,
la greffière,
A. Godey
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026