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AccueilJurisprudence administrativeN° TA14-2202586

Tribunal Administratif de Caen — Décision N° TA14-2202586

lundi 27 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Caen
SectionTribunal Administratif de Caen
N° DossierTA14-2202586
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation2ème chambre
Avocat requérantCAVELIER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés le 16 novembre 2022 et le 22 décembre 2022, M. A C, représenté par Me Cavelier, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 9 juin 2022 par lequel le préfet du Calvados lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office lorsque le délai sera expiré ;

2°) d'enjoindre au préfet du Calvados de lui délivrer un titre de séjour d'un an ou de réexaminer sa demande dans un délai d'un mois à compter du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros à verser à son conseil, en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve qu'il renonce à percevoir la part contributive de l'Etat versée au titre de l'aide juridictionnelle et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. C soutient que :

- sa requête est recevable ;

- l'arrêté pris dans son ensemble est entaché d'incompétence ;

- la décision de refus de titre de séjour est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation et d'une atteinte disproportionnée à sa vie privée et familiale au regard des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision fixant le pays de destination est entachée d'une erreur de fait ;

- elle méconnaît l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire enregistré le 9 décembre 2022, le préfet du Calvados conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. C ne sont pas fondés.

M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle partielle, à hauteur de 55 %, par une décision du 18 octobre 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique,

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme D,

- les observations de Me Cavelier, représentant M. C.

Une note en délibéré, enregistrée le 9 février 2023, a été produite pour M. C.

Considérant ce qui suit :

1. M. A C, né le 9 février 1995, de nationalité arménienne, est entré en France le 11 décembre 2014 muni d'un visa Schengen délivré pour une durée de sept jours. Le 20 janvier 2015, il a présenté une demande d'asile qui a été définitivement rejetée par une décision du 8 décembre 2016 de la Cour nationale du droit d'asile. M. C a fait l'objet de deux arrêtés, en date du 17 avril 2018 et du 25 mai 2020, portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français, qu'il n'a pas exécutés. Le 27 septembre 2021, l'intéressé a sollicité un titre de séjour sur le fondement des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 9 juin 2022, dont M. C demande l'annulation, le préfet du Calvados a rejeté sa demande, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

En ce qui concerne l'arrêté pris dans son ensemble

2. Le préfet du Calvados a donné délégation de signature au chef de service de l'immigration de la préfecture du Calvados, signataire de l'arrêté contesté, par un arrêté du 27 avril 2022, qui a été régulièrement publié au recueil des actes administratifs le même jour et qui est consultable sur le site internet de la préfecture. Le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte doit dès lors être écarté.

En ce qui concerne la légalité de la décision portant refus de titre de séjour :

3. En premier lieu, aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. () ".

4. M. C fait valoir qu'il résidait sur le territoire français depuis huit années à la date de la décision attaquée, qu'il vit avec sa compagne et ses deux enfants nés en France, dont l'un est scolarisé, que sa compagne est propriétaire d'une maison à Hérouville, qu'il parle couramment le français et qu'il travaille en tant que garagiste depuis juin 2019. Il indique enfin ne plus avoir d'attaches dans son pays d'origine. Toutefois, ces éléments ne sauraient suffire à caractériser l'illégalité de la décision en litige alors qu'il ressort également des pièces du dossier que M. C a fait l'objet de deux arrêtés, en date du 17 avril 2018 et du 25 mai 2020, portant obligation de quitter le territoire qu'il n'a pas exécutés, et qu'il s'est maintenu par la suite en situation irrégulière sur le territoire français durant quatre années. Il ressort, en outre, des pièces du dossier que rien ne fait obstacle à ce que sa cellule familiale se reconstitue hors de France, avec ses deux jeunes enfants et sa femme d'origine arménienne, alors que M. C ne justifie pas d'une insertion sociale particulière dans la société française en dépit de sa présence en France depuis huit années. Compte tenu ce qui précède, M. C n'est pas fondé à soutenir que la décision lui refusant la délivrance d'un titre de séjour a porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise. Dès lors, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

5. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1() ".

6. Pour les mêmes motifs que ceux mentionnés au point 4, M. C, qui n'établit pas en outre encourir un risque en cas de retour en Arménie, ne justifie pas de considérations humanitaires ou de motifs exceptionnels au sens des dispositions précitées. Par suite, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation commise par le préfet du Calvados au regard de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

En ce qui concerne la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

7. Pour les motifs énoncés au point 4, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

En ce qui concerne la légalité de la décision fixant le pays de destination :

8. Aux termes de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ". Et aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

9. D'une part, la mention d'un nom distinct de celui de M. C à l'article 4 de l'arrêté du 9 juin 2022 résulte d'une simple erreur de plume qui est sans incidence sur la légalité de la décision en litige.

10. D'autre part, alors même que le requérant s'est vu refuser son admission à l'asile, il n'apporte aucun élément nouveau de nature à établir la réalité des risques qu'il indique craindre pour sa vie en cas de retour en Arménie. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations et dispositions précitées doit être écarté.

11. Il résulte de ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 9 juin 2022 par lequel le préfet du Calvados lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, avec obligation de quitter le territoire français et fixation du pays de destination.

Sur les autres conclusions :

12. Par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction, ainsi que celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, doivent également être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A C, à Me Cavelier et au préfet du Calvados.

Délibéré après l'audience du 9 février 2023, à laquelle siégeaient :

M. Mondésert, président,

Mme Pillais, première conseillère,

Mme Silvani, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 mars 2023.

La rapporteure,

Signé

C. D

Le président,

Signé

X. MONDESERTLa greffière,

Signé

A. LAPERSONNE

La République mande et ordonne au préfet du Calvados en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

la greffière,

A. Lapersonne

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