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AccueilJurisprudence administrativeN° TA14-2202710

Tribunal Administratif de Caen — Décision N° TA14-2202710

vendredi 10 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Caen
SectionTribunal Administratif de Caen
N° DossierTA14-2202710
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation1ère chambre
Avocat requérantOULED

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 2 décembre 2022, M. A C, représenté par Me Ouled, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 27 octobre 2022 par lequel le préfet l'Orne lui a refusé le renouvellement de son certificat de résident, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office lorsque le délai sera expiré ;

2°) d'enjoindre au préfet de l'Orne de lui délivrer un certificat de résident de plein droit à compter de la notification du jugement à intervenir, ou, à défaut, de procéder au réexamen de sa situation dans un délai de deux mois ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision portant refus de titre de séjour est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen complet de sa situation ;

- elle méconnaît l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français est illégale compte tenu de l'illégalité du refus de titre de séjour.

Par un mémoire en défense, enregistré le 16 décembre 2022, le préfet de l'Orne conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens présentés par le requérant ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme B,

- et les observations de M. C.

Considérant ce qui suit :

1. M. A C, ressortissant algérien né en 1998, est entré en France le 10 juin 2019 muni d'un visa de court séjour délivré par les autorités espagnoles. Il a bénéficié d'un titre de séjour en qualité de conjoint de ressortissante française du 3 novembre 2020 au 3 novembre 2021, dont il a demandé le renouvellement le 28 octobre 2021. Par un arrêté du 27 octobre 2022, dont le requérant demande l'annulation, le préfet de l'Orne a refusé le renouvellement de son certificat de résident, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :

2. Aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 relatif à la circulation, à l'emploi et au séjour des ressortissants algériens et de leurs familles : " () Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : / () 2) au ressortissant algérien, marié avec un ressortissant de nationalité française, à condition que son entrée sur le territoire français ait été régulière, que le conjoint ait conservé la nationalité française et, lorsque le mariage a été célébré à l'étranger, qu'il ait été transcrit préalablement sur les registres de l'état civil français () Le premier renouvellement du certificat de résidence délivré au titre du 2) ci-dessus est subordonné à une communauté de vie effective entre les époux () ".

3. Il est constant que le requérant est marié avec une ressortissante française depuis le 26 septembre 2020. La décision litigieuse de non-renouvellement du certificat de résidence a été prise au motif que M. C ne justifie pas d'une communauté de vie avec cette ressortissante française depuis le 3 novembre 2021, malgré des demandes visant à compléter son dossier. Or, dans le cadre de la présente instance, M. C transmet des factures, des attestations de versement de la CAF de janvier à octobre 2022 et de janvier à mai 2021, un avis de taxe d'habitation pour 2021 et des avis d'imposition 2020 et 2021. Ces documents sont établis au nom du requérant et de celui de sa femme à l'adresse commune du couple. Il transmet également des documents de la CPAM et du CHU envoyés à cette même adresse, un justificatif de dépôt de demande de logement social au 4 janvier 2022 pour le couple et les enfants de sa femme, un justificatif de juillet 2022 concernant une réservation de vacances pour l'ensemble des membres du foyer, ainsi que des attestations de proches et des photographies. Dans ces conditions, M. C, s'il n'a pas communiqué les documents sollicités par l'administration, justifie d'une communauté de vie effective avec son épouse au sens des dispositions mentionnées ci-dessus. Par suite, la décision attaquée est entachée d'erreur d'appréciation et méconnaît l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968.

4. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que la décision attaquée portant refus de délivrance du certificat de résidence sollicité doit être annulée.

5. Par voie de conséquence, les décisions portant obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixant le pays de destination doivent également être annulées.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

6. Le présent jugement implique que soit délivré à M. C, sous réserve d'un changement de fait ou de droit dans la situation du requérant, le certificat de résidence sollicité. Il y a lieu d'enjoindre au préfet de l'Orne, ou à tout préfet territorialement compétent, d'agir en ce sens dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Sur les frais liés au litige :

7. Compte tenu des circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions du requérant présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du préfet de l'Orne du 27 octobre 2022 est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de l'Orne, ou tout préfet territorialement compétent, de délivrer au requérant le certificat de résidence sollicité dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, sous réserve d'un changement de fait ou de droit dans la situation du requérant.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A C et au préfet de l'Orne.

Délibéré après l'audience du 16 février 2023, à laquelle siégeaient :

M. Cheylan, président,

M. Martinez, premier conseiller,

Mme Arniaud, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 mars 2023.

La rapporteure,

Signé

C. B

Le président,

Signé

F. CHEYLAN

La greffière,

Signé

C. BÉNIS

La République mande et ordonne au préfet de l'Orne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

la greffière,

C. Bénis

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