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AccueilJurisprudence administrativeN° TA14-2202712

Tribunal Administratif de Caen — Décision N° TA14-2202712

mercredi 22 janvier 2025

JuridictionTribunal Administratif de Caen
SectionTribunal Administratif de Caen
N° DossierTA14-2202712
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation2ème chambre
Avocat requérantSELARL JURIADIS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés le 2 décembre 2022, le 6 septembre 2023 et le 5 décembre 2023, M. et Mme E C, représentés par Me Audas, demandent au tribunal, dans le dernier état de leurs écritures :

1°) d'annuler la décision du 9 septembre 2022 par laquelle la maire de la commune de Saint-Pair-Sur-Mer a refusé de dresser un procès-verbal d'infraction à l'encontre de M. et Mme D pour des travaux réalisés en méconnaissance du permis de construire qui leur a été délivré le 21 décembre 2021 ;

2°) d'enjoindre à la maire de la commune de Saint-Pair-Sur-Mer de dresser un procès-verbal d'infraction à l'encontre M. et Mme D pour toutes les constructions réalisées en méconnaissance des permis de construire délivrés le 21 décembre 2021 et le 6 janvier 2023, dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 1 000 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de M. et Mme D la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. et Mme C soutiennent que :

- la construction est illégale dès lors qu'elle présente une différence d'altimétrie entre le dernier plancher de la construction existante et l'extension réalisée, et que l'emplacement et la taille des ouvertures en façade sud-ouest sont différentes des plans du permis de construire ;

- le garage réalisé est de la même hauteur que la construction principale avec des ouvertures différentes des plans produits dans le cadre de la demande de permis de construire ;

- la construction réalisée ne respecte pas l'alignement avec la voie publique prévu par le permis ;

- la surface de plancher, la hauteur et l'emprise au sol de la construction ne correspondent pas aux plans du permis.

Par des mémoires, enregistrés le 3 juillet 2023 et le 6 novembre 2023, la commune de Saint-Pair-Sur-Mer, représentée par la SELARL BRG, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 2 500 euros soit mise à la charge de M. et Mme C en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- les conclusions aux fins d'astreinte et présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative dirigées contre la commune sont irrecevables dès lors qu'elles ne pouvaient être dirigées que contre l'Etat ;

- les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 5 juillet 2023 et le 7 décembre 2023, M. A D et Mme B D, représentés par la SELARL Juriadis, concluent au rejet de la requête et à ce que la somme de 3 000 euros soit mise à la charge de M. et de Mme C en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils font valoir que :

- les conclusions tendant à ce qu'il soit enjoint au maire de dresser un procès-verbal d'infraction au permis de construire modificatif n° 1 sont irrecevables, faute pour la décision attaquée de porter refus de dresser un tel procès-verbal ;

- les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Par un mémoire en défense, enregistré le 17 octobre 2023, le préfet de la Manche conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les conclusions à fins d'injonction n'ont plus d'objet dès lors qu'un permis de construire modificatif a été délivré et s'en remet à l'appréciation du juge quant à la légalité de la décision du 9 septembre 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Absolon, rapporteure,

- les conclusions de M. Blondel, rapporteur public,

- les observations de Me Boyer, substituant Me Audas, avocate de M. et Mme C,

- les observations de Me Châles, substituant la SELARL Juriadis, avocate de M. et Mme D.

Considérant ce qui suit :

1. M. et Mme C sont propriétaires sur la commune de Saint-Pair-Sur-Mer d'une maison d'habitation au n° 155 de la rue Pierre Chesnay, qui se trouve en face de la propriété de M. et Mme D située au n° 148. Ceux-ci ont obtenu un permis de construire délivré le 21 décembre 2021, par lequel le projet d'extension et de surélévation de leur maison d'habitation a été autorisé, avec démolition partielle, changement de la toiture et création d'une surface de plancher de 109 m². Par un courrier du 22 août 2022, M. et Mme C ont demandé à la maire de la commune de Saint-Pair-Sur-Mer de dresser un procès-verbal d'infraction et d'édicter un arrêté interruptif des travaux en application des dispositions des articles L. 480-1 et L. 480-2 du code de l'urbanisme, au motif que la construction réalisée ne correspond pas au projet tel qu'il a été autorisé par le permis de construire délivré le 21 décembre 2021. Ce recours a été expressément rejeté par une décision du 9 septembre 2022. Par la présente requête, M. et Mme C demandent l'annulation de cette décision, en tant qu'elle refuse de dresser un procès-verbal d'infraction.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes des dispositions de l'article L. 480-1 du code de l'urbanisme : " Les infractions aux dispositions des titres Ier, II, III, IV et VI du présent livre sont constatées par tous officiers ou agents de police judiciaire ainsi que par tous les fonctionnaires et agents de l'Etat et des collectivités publiques commissionnés à cet effet par le maire ou le ministre chargé de l'urbanisme suivant l'autorité dont ils relèvent et assermentés. Les procès-verbaux dressés par ces agents font foi jusqu'à preuve du contraire. () Lorsque l'autorité administrative et, au cas où il est compétent pour délivrer les autorisations, le maire ou le président de l'établissement public de coopération intercommunale compétent ont connaissance d'une infraction de la nature de celles que prévoient les articles L. 480-4 et L. 610-1, ils sont tenus d'en faire dresser procès-verbal ". Il résulte de ces dispositions que le maire est tenu de dresser un procès-verbal en application de l'article L. 480-1 du code de l'urbanisme lorsqu'il a connaissance d'une infraction mentionnée à l'article L. 480-4, résultant soit de l'exécution de travaux sans les autorisations prescrites par le livre IV du code, soit de la méconnaissance des autorisations délivrées.

3. En premier lieu, s'il ressort du constat d'huissier établi le 31 août 2022 et produit par les requérants que les travaux réalisés présentent pour le dernier niveau de la construction, une différence de hauteur significative entre le plancher situé au-dessus de la construction existante et le plancher situé au-dessus de l'extension et ce, en correspondance avec les plans détenus par les ouvriers en maçonnerie œuvrant sur le chantier, lesquels sont différents des plans figurant dans le dossier de permis de construire, cette circonstance ne permet pas de caractériser une quelconque infraction aux règles d'urbanisme dès lors que les aménagements intérieurs d'une construction d'habitation individuelle ne figurent pas au nombre des documents exigés et vérifiés par l'autorité compétente en vertu de l'article R. 431-5 du code de l'urbanisme, sauf hypothèse prévue par l'article R. 431-34-1 du code de l'urbanisme, non applicable en l'espèce.

4. En deuxième lieu, si les requérants soutiennent que, contrairement aux mentions du dossier du permis de construire, le garage présente des dimensions différentes notamment s'agissant de sa partie supérieure, et produisent au soutien de leurs affirmations une photographie non datée de la construction, il ressort du constat d'huissier mentionné au point 3 qu'à la date du 31 août 2022, le garage était en cours de construction et que la partie supérieure était inachevée. Dans ces conditions, la non-conformité du garage n'est pas caractérisée.

5. En troisième lieu, si les requérants soutiennent que la construction projetée n'a pas été réalisée en conservant l'alignement de la construction existante, que le permis de construire initial comporte des surfaces de plancher et des hauteurs différentes de celles indiquées dans un précédent permis de construire accordé le 29 avril 2021, puis retiré le 3 août 2021 et que l'administration aurait dû vérifier ces données dans le cadre d'un contrôle de conformité, ils n'allèguent ce faisant, en tout état de cause, aucune contrariété avec les travaux réalisés. Par suite, le moyen doit être écarté.

6. En quatrième lieu, les requérants soutiennent que la construction ne comporte pas la même emprise au sol que celle indiquée dans le dossier de demande de permis de construire. Toutefois, ni la comparaison des plans du permis de construire initial avec le plan détenu par les ouvriers en maçonnerie, ni la vue aérienne non datée extraite du site " Google Earth ", ni la capture d'écran du site du cadastre ne sont de nature à démontrer une irrégularité quant à l'emprise au sol. Dans ces conditions, le moyen doit être écarté.

7. En dernier lieu, si les requérants soutiennent que l'ouverture du rez-de-chaussée de la façade sud-ouest a été fermée par des huisseries alors que le permis de construire initial prévoit un préau ouvert, ils ne l'établissent pas par la seule production d'une photographie du plan remis aux ouvriers de chantier. En revanche, il ressort de la photographie prise le 12 septembre 2022 depuis la parcelle AV 379, laquelle jouxte la construction litigieuse, que l'emplacement des deux ouvertures situées aux deux niveaux les plus bas présentent un emplacement différent de celui prévu par les plans du permis tandis que les deux ouvertures situées aux deux niveaux les plus haut sont de dimensions plus modestes que celles autorisées par le permis. Même si ces aménagements ont fait l'objet d'une régularisation par un permis de construire modificatif, cette circonstance est sans incidence sur l'obligation qui incombe à l'autorité administrative de dresser un procès-verbal d'infraction. Par suite, le moyen tiré de ce que la maire, agissant au nom de l'Etat, aurait dû constater une infraction au titre de l'emplacement et de la taille des ouvertures en façade sud-ouest doit être accueilli.

8. Il résulte de ce qui précède que les requérants sont seulement fondés à demander l'annulation de la décision attaquée, en tant qu'elle refuse de constater l'infraction afférente à l'emplacement et de la taille des ouvertures en façade sud-ouest.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

9. En premier lieu, la circonstance que les travaux réalisés en contrariété avec le permis de construire initial ont été régularisés par la délivrance ultérieure d'un permis modificatif est sans incidence sur l'obligation pour l'autorité administrative d'en faire constater la réalisation non conforme. Par suite, l'exception de non-lieu à statuer soulevée par le préfet de la Manche doit être écartée.

10. En second lieu, l'exécution du présent jugement implique seulement qu'il soit enjoint à la maire de la commune de Saint-Pair-sur-Mer, agissant au nom de l'Etat, ou, en cas de carence de cette dernière, au préfet de la Manche, de dresser procès-verbal sur le fondement de l'article L. 480-1 du code de l'urbanisme de la réalisation non conforme au permis de construire du 21 décembre 2021 des ouvertures situées en façade sud-ouest et d'en transmettre une copie au procureur de la République, dans le délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement, sans qu'il y ait lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les conclusions relatives aux frais d'instance :

11. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions des parties présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La décision de la maire de la commune de Saint-Pair-sur-Mer est annulée en tant qu'elle refuse de dresser un procès-verbal d'infraction portant sur la réalisation non conforme au permis du 21 décembre 2021 des ouvertures de la façade sud-ouest.

Article 2 : Il est enjoint à la maire de la commune de Saint-Pair-sur-Mer ou, en cas de carence de cette dernière, au préfet de la Manche, de dresser un procès-verbal d'infraction relatif à la réalisation non conforme au permis de construire du 21 décembre 2021 des ouvertures situées en façade sud-ouest et d'en transmettre une copie au procureur de la République, dans le délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. et Mme E C, à M. A D et Mme B D et au ministre de l'aménagement du territoire et de la décentralisation.

Copie en sera adressée au préfet de la Manche et à la commune de Saint-Pair-sur-Mer.

Délibéré après l'audience du 7 janvier 2025 à laquelle siégeaient :

- M. Marchand, président,

- Mme Absolon, première conseillère,

- M. Pringault, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 janvier 2025.

La rapporteure,

Signé

C. ABSOLON

Le président,

Signé

A. MARCHAND

Le greffier,

Signé

J. LOUNIS

La République mande et ordonne au ministre de l'aménagement du territoire et de la décentralisation en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

J. Lounis

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