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AccueilJurisprudence administrativeN° TA14-2202718

Tribunal Administratif de Caen — Décision N° TA14-2202718

vendredi 3 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de Caen
SectionTribunal Administratif de Caen
N° DossierTA14-2202718
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation2ème chambre
Avocat requérantLE BROUDER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés les 5 décembre 2022, 21 septembre 2023 et 14 novembre 2023, ce dernier mémoire n'ayant pas été communiqué, M. A C, représenté par Me Le Brouder, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 29 novembre 2022 par laquelle le président de l'université de Caen Normandie lui a interdit l'accès des enceintes et locaux de l'université à l'exception de ceux du service universitaire de médecine préventive et de promotion de la santé jusqu'à ce que la section disciplinaire du conseil académique de l'établissement ait statué sur sa situation ;

2°) de mettre à la charge de l'université de Caen Normandie une somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que la décision attaquée :

- est insuffisamment motivée ;

- est entachée d'un premier vice de procédure, faute d'avoir été précédée d'une procédure contradictoire ;

- est entachée d'un second vice de procédure, faute pour lui d'avoir été informé des intentions de l'université et mis à même de demander communication de son dossier ;

- est fondée sur des motifs de fait erronés ;

- méconnait les dispositions de l'article R. 712-8 du code de l'éducation ;

- est illégale dès lors qu'elle prononce une mesure qui n'est ni nécessaire, ni proportionnée, ni adaptée.

Par des mémoires en défense enregistrés les 6 avril 2023, 29 juillet 2023, 21 septembre 2023, 3 octobre 2023 et 5 décembre 2023, ces deux derniers mémoires n'ayant pas été communiqués, l'université de Caen Normandie, représentée par Me Bouthors-Neveu, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 1 500 euros soit mise à la charge de M. C en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que les moyens exposés dans la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration,

- le code de l'éducation,

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Pillais ;

- les conclusions de Mme B ;

- les observations de Me Le Brouder, avocate de M. C ;

- et les observations de Me Bouthors-Neveu, avocate de l'université de Caen Normandie.

Considérant ce qui suit :

1. M. A C, étudiant en première année de licence de droit à l'université de Caen Normandie au cours de l'année universitaire 2022-2023, a reçu notification le 29 novembre 2022, en mains propres, d'une décision du même jour par laquelle le président de cette université lui a interdit l'accès aux enceintes et locaux universitaires, au motif que son comportement est constitutif d'un risque d'atteinte à la sécurité des personnes. Par la présente requête M. C en demande l'annulation.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Exception faite des cas où il est statué sur une demande, les décisions individuelles qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-2, ainsi que les décisions qui, bien que non mentionnées à cet article, sont prises en considération de la personne, sont soumises au respect d'une procédure contradictoire préalable ". Aux termes de l'article L. 211-2 du même code : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police ; () ". Aux termes de l'article L. 122-1 du même code : " Les décisions mentionnées à l'article L. 211-2 n'interviennent qu'après que la personne intéressée a été mise à même de présenter des observations écrites et, le cas échéant, sur sa demande, des observations orales. () ". Aux termes de l'article L. 121-2 du même code : " Les dispositions de l'article L. 121-1 ne sont pas applicables : 1° En cas d'urgence ou de circonstances exceptionnelles () ".

3. Si les actes administratifs doivent être pris selon les formes et conformément aux procédures prévues par les lois et règlements, un vice affectant le déroulement d'une procédure administrative préalable, suivie à titre obligatoire ou facultatif, n'est de nature à entacher d'illégalité la décision prise que s'il ressort des pièces du dossier qu'il a été susceptible d'exercer, en l'espèce, une influence sur le sens de la décision prise ou qu'il a privé les intéressés d'une garantie.

4. Il est constant que le président de l'université de Caen Normandie a notifié à M. C, le 29 novembre 2022, une mesure d'interdiction d'accès à l'enceinte de l'université sans l'avoir mis à même de présenter d'observations écrites. Si l'université se prévaut de l'urgence à séparer M. C de ses victimes pour se justifier de ne pas avoir mis M. C à même de présenter ses observations écrites, il ressort des pièces du dossier que sept jours se sont écoulés entre le moment où le doyen de l'unité de formation et de recherches en droit a signalé au président de l'université les faits imputés à M. C, commis entre le 2 septembre 2022 et le 16 novembre 2022 et l'édiction de la mesure contestée. Il en résulte que ni l'urgence, ni des circonstances exceptionnelles de nature à pouvoir priver le requérant de la garantie du respect du principe du contradictoire ne sont établies. La circonstance que M. C a été mis à même de faire valoir ses observations le 8 décembre 2022, postérieurement à la notification de la mesure en litige, et qu'il n'y ait pas donné suite est, à cet égard, sans influence sur l'appréciation du respect par l'administration des exigences mentionnées au point 2. Il s'ensuit que le moyen tiré de la violation du principe du contradictoire, qui a privé le requérant d'une garantie, doit être accueilli.

5. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que M. C est fondé à demander l'annulation de la décision du 29 novembre 2022 du président de l'université de Caen Normandie.

Sur les frais liés à l'instance :

6. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de M. C, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme que l'université de Caen Normandie demande au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge de l'université de Caen Normandie le versement d'une somme à M. C, en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La décision du 29 novembre 2022 du président de l'université de Caen Normandie est annulée.

Article 2 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A C et à l'université de Caen Normandie.

Délibéré après l'audience du 11 avril 2024, à laquelle siégeaient :

M. Marchand, président,

Mme Pillais, première conseillère,

M. Rivière, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 mai 2024.

La rapporteure,

Signé

M. PILLAIS

Le président,

Signé

A. MARCHANDLe greffier,

Signé

J. LOUNIS

La République mande et ordonne à la ministre de l'enseignement supérieur et de la recherche en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

J. Lounis

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