mercredi 9 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Caen |
| Section | Tribunal Administratif de Caen |
| N° Dossier | TA14-2202738 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 2ème chambre |
| Avocat requérant | SELARL JURIADIS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 7 décembre 2022 et le 25 août 2023, Mme A C, représentée par la SEARL Juriadis, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 12 octobre 2022 par laquelle le maire de Jullouville lui a délivré un certificat d'urbanisme négatif portant sur son projet de construire une habitation au Clos St Michel à Saint-Michel-des-Loups ;
2°) d'enjoindre maire de Jullouville de lui délivrer un certificat d'urbanisme positif ou, à défaut, de réexaminer sa demande dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de la commune de Jullouville une somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- le classement du terrain d'assiette du projet en zone agricole est illégal dès lors qu'à la date de l'approbation du plan local d'urbanisme, il faisait l'objet d'un certificat d'urbanisme positif ;
- le classement du terrain d'assiette du projet en zone agricole est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 24 janvier 2023, la commune de Jullouville, représentée par la SELARL Concept avocats, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 2 500 euros soit mise à la charge de Mme C en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que les moyens exposés dans la requête ne sont pas fondés.
Par une ordonnance du 25 janvier 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au 23 février 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'urbanisme,
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Pillais, première conseillère ;
- les conclusions de M. Blondel, rapporteur public ;
- les observations de la SELARL Juriadis, avocat de Mme C ;
- et les observations de Me Poussier, substituant la SELARL Concept avocats, avocat de la commune de Jullouville.
Considérant ce qui suit :
1. Mme C, propriétaire d'un terrain situé au clos Saint Michel à Saint-Michel-des-Loups sur la commune de Jullouville, a demandé le 30 août 2022 un certificat d'urbanisme opérationnel en vue de la construction d'une maison d'habitation sur cette parcelle. Le 12 octobre 2022, le maire de Jullouville lui a délivré un certificat d'urbanisme négatif. Par la présente requête, elle demande l'annulation de cette décision.
Sur les conclusions aux fins d'annulation, d'injonction et d'astreinte :
2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 410-1 du code de l'urbanisme : " () / Lorsqu'une demande d'autorisation ou une déclaration préalable est déposée dans le délai de dix-huit mois à compter de la délivrance d'un certificat d'urbanisme, les dispositions d'urbanisme, le régime des taxes et participations d'urbanisme ainsi que les limitations administratives au droit de propriété tels qu'ils existaient à la date du certificat ne peuvent être remis en cause à l'exception des dispositions qui ont pour objet la préservation de la sécurité ou de la salubrité publique./ () ". Aux termes de l'article R. 151-22 du code de l'urbanisme : " Les zones agricoles sont dites " zones A ". Peuvent être classés en zone agricole les secteurs de la commune, équipés ou non, à protéger en raison du potentiel agronomique, biologique ou économique des terres agricoles ".
3. Il appartient aux auteurs d'un plan local d'urbanisme de déterminer le parti d'aménagement à retenir pour le territoire concerné par le plan, en tenant compte de la situation existante et des perspectives d'avenir et de fixer, en conséquence, le zonage et les possibilités de construction. Ils ne sont pas liés, pour déterminer l'affectation future des différents secteurs, par les modalités existantes d'utilisation des sols, dont ils peuvent prévoir la modification dans l'intérêt de l'urbanisme. Leur appréciation sur ces différents points ne peut être censurée par le juge administratif qu'au cas où elle serait entachée d'une erreur manifeste ou fondée sur des faits matériellement inexacts. Les propriétaires ne disposent par ailleurs d'aucun droit au maintien du classement antérieur de leurs parcelles.
4. Il ressort des pièces du dossier que la requérante pouvait se prévaloir le 12 novembre 2020 d'un certificat d'urbanisme opérationnel exécutoire, obtenu le 10 avril 2020. Toutefois, si ce certificat d'urbanisme lui permettait jusqu'à sa date d'expiration le 10 novembre 2021 de se voir appliquer les dispositions d'urbanisme antérieures à celles issues du plan local d'urbanisme de Jullouville adoptées le 12 novembre 2020, il ne faisait pas obstacle à ce que la commune adopte de nouvelles règles d'urbanisme qui lui seraient applicables après que son certificat d'urbanisme serait devenu caduc. Il s'ensuit que le moyen tiré de ce que le certificat d'urbanisme du 10 avril 2020 aurait fait obstacle au classement du terrain d'assiette du projet en zone agricole par le plan local d'urbanisme doit être écarté.
5. En second lieu, en vertu de l'article L. 151-5 du code de l'urbanisme, le projet d'aménagement et de développement durables du plan local d'urbanisme définit notamment " Les orientations générales des politiques d'aménagement, d'équipement, d'urbanisme, de paysage, de protection des espaces naturels, agricoles et forestiers, et de préservation ou de remise en bon état des continuités écologiques " et " fixe des objectifs chiffrés de modération de la consommation de l'espace et de lutte contre l'étalement urbain ". Aux termes de l'article L. 151-9 du même code : " Le règlement délimite les zones urbaines ou à urbaniser et les zones naturelles ou agricoles et forestières à protéger. / Il peut préciser l'affectation des sols selon les usages principaux qui peuvent en être faits ou la nature des activités qui peuvent y être exercées et également prévoir l'interdiction de construire. / Il peut définir, en fonction des situations locales, les règles concernant la destination et la nature des constructions autorisées ". Aux termes de l'article R. 151-22 du code de l'urbanisme : " Les zones agricoles sont dites " zones A ". Peuvent être classés en zone agricole les secteurs de la commune, équipés ou non, à protéger en raison du potentiel agronomique, biologique ou économique des terres agricoles ". L'article R. 151-23 du même code précise : " Peuvent être autorisées, en zone A : / 1°-Les constructions et installations nécessaires à l'exploitation agricole ou au stockage et à l'entretien de matériel agricole par les coopératives d'utilisation de matériel agricole agréées au titre de l'article L. 525-1 du code rural et de la pêche maritime ; / 2° Les constructions, installations, extensions ou annexes aux bâtiments d'habitation, changements de destination et aménagements prévus par les articles L. 151-11, L. 151-12 et L. 151-13, dans les conditions fixées par ceux-ci. "
6. Il résulte de ces dispositions qu'une zone agricole, dite " zone A ", du plan local d'urbanisme a vocation à couvrir, en cohérence avec les orientations générales et les objectifs du projet d'aménagement et de développement durables, un secteur, équipé ou non, à protéger en raison du potentiel agronomique, biologique ou économique des terres agricoles.
7. Si, pour apprécier la légalité du classement d'une parcelle en zone A, le juge n'a pas à vérifier que la parcelle en cause présente, par elle-même, le caractère d'une terre agricole et peut se fonder sur la vocation du secteur auquel cette parcelle peut être rattachée, en tenant compte du parti urbanistique retenu ainsi que, le cas échéant, de la nature et de l'ampleur des aménagements ou constructions qu'elle supporte, ce classement doit cependant être justifié par la préservation du potentiel agronomique, biologique ou économique des terres agricoles de la collectivité concernée, à plus forte raison lorsque les parcelles en cause comportent des habitations voire présentent un caractère urbanisé.
8. Il ressort des pièces du dossier que le terrain d'assiette du projet, qui longe la route départementale 261, est vierge de toute construction mais est entouré de constructions sur trois cotés. A l'est, il est bordé par la ligne de maisons qui longent la route départementale 21, au nord, il jouxte une maison d'habitation, et à l'ouest, il en jouxte deux autres. Il constitue néanmoins une rupture et marque la limite de la ligne de maisons du village de Saint-Michel-des-Loups le long de la route départementale 21 avec les constructions plus éparses qui le voisinent et s'ouvrent sur un vaste espace rural à l'ouest. Les terrains qui lui font face et dont il est séparé par la route départementale 261 sont également vierges de constructions, sont, pour l'essentiel, également classés en zone agricole et s'ouvrent sur un vaste espace agricole.
9. Il ressort également des pièces du dossier que, pour décider du classement des différentes zones, la commune s'est appuyée sur son projet d'aménagement et de développement durables établi à partir d'un diagnostic communal identifiant les risques, notamment naturels, et les atouts de la commune, dont ses espaces agricoles et naturels, la conduisant à privilégier une limitation de l'extension urbaine sur ces espaces pour permettre néanmoins l'accueil de nouveaux habitants. Elle a choisi de limiter la zone urbaine du village de Saint-Michel-des-Loups à la zone " agglomérée " à laquelle n'appartient pas le terrain d'assiette du projet, ni les constructions qui le jouxtent, qui ne sont pas en première ligne le long de la route départementale 21. Elle a néanmoins prévu dans le cadre d'une orientation d'aménagement et de programmation (OAP) d'étendre l'urbanisation sur un espace de 1,6 hectare classé en zone AU permettant d'accueillir de nouvelles habitations desservies en premier lieu par la route des Bourgonnières au sud et en second lieu par la route départementale 261 au nord en longeant à l'est des espaces verts et à l'ouest la zone agricole à laquelle s'intègre le terrain d'assiette du projet. Elle a choisi de pérenniser le dynamisme de son économie agricole et a pris soin de préserver des sites de production agricole et de permettre, y compris aux abords du village de Saint-Michel-des-Loups, que des activités agricoles puissent se développer, nécessitant de préserver des espaces agricoles et de différencier des espaces sur lesquels des constructions nécessaires aux exploitations peuvent être construites, à l'instar du secteur où se trouve le terrain d'assiette du projet et des espaces sur lesquels toute construction est proscrite. Tant la circonstance que la parcelle en cause n'ait pas par elle-même le caractère d'une terre agricole que la circonstance que le terrain en cause serait desservi par les réseaux et est voisin de parcelles bâties sont sans incidences sur la légalité de son classement en zone agricole. Par ailleurs, la requérante ne peut pas utilement se prévaloir de ce que la commune aurait commis une erreur manifeste d'appréciation en localisant la zone à urbaniser prévue par l'OAP de Saint-Michel-des-Loups sur des terrains ayant une vocation agricole. Il s'ensuit que Mme C n'est pas fondée à se prévaloir d'une erreur manifeste d'appréciation entachant le classement en zone agricole du terrain d'assiette du projet.
10. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de Mme C tendant à l'annulation de la décision du 12 octobre 2022 du maire de Jullouville doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte.
Sur les frais liés à l'instance :
11. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de Jullouville, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, la somme demandée par Mme C au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de Mme C le versement de la somme de 1 500 euros à la commune de Jullouville.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.
Article 2 : Mme C versera à la commune de Jullouville une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme A C et à la commune de Jullouville.
Délibéré après l'audience du 24 septembre 2024 à laquelle siégeaient :
M. Marchand, président,
Mme Pillais, première conseillère,
Mme Absolon, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 octobre 2024.
La rapporteure,
Signé
M. PILLAIS
Le président,
Signé
A. MARCHANDLa greffière,
Signé
A. D'OLIF
La République mande et ordonne au préfet du de la Manche en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier,
J. Lounis
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026