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AccueilJurisprudence administrativeN° TA14-2202771

Tribunal Administratif de Caen — Décision N° TA14-2202771

lundi 9 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Caen
SectionTribunal Administratif de Caen
N° DossierTA14-2202771
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation1ère chambre JU

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés le 12 décembre 2022, le 16 décembre 2022 et le 9 janvier 2023, M. C B doit être regardé comme demandant au tribunal :

1°) d'annuler la décision référencée 48 SI du 13 septembre 2022 par laquelle le ministre de l'intérieur a constaté l'invalidation de son permis de conduire pour solde de points nul ;

2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de prendre en compte le stage de sensibilisation à la sécurité routière réalisé les 11 et 12 février 2022 et de créditer le solde de points affecté à son permis de conduire de quatre points.

Il soutient que :

- la décision en litige est entachée d'erreur de droit dès lors qu'il a suivi un stage de sensibilisation à la sécurité routière les 11 et 12 février 2022 sans que les points auxquels il pouvait prétendre ne soient intégrés au solde de son permis de conduire ;

- le stage de sensibilisation à la sécurité routière suivi les 11 et 12 février 2022 est un stage obligatoire prévu à l'article L. 223-6 du code de la route, ouvrant droit à un crédit de points, et non une peine complémentaire ou alternative aux poursuites judiciaires ou l'exécution d'une composition pénale ;

- ce stage de sensibilisation, même s'il a été réalisé au-delà du délai de quatre mois prévu à l'article R. 223-4 du code de la route, ouvre droit à une récupération partielle de points ;

- il a payé le 18 mars 2020 l'amende correspondant à l'infraction relevée le 26 mars 2017 ; dès lors, le stage de sensibilisation ouvre droit à l'attribution de quatre points ;

- la décision attaquée méconnaît les dispositions de l'article L. 223-6 du code de la route dès lors qu'en l'absence de commission d'une infraction pendant un délai de trois ans, il aurait dû bénéficier d'une reconstitution totale du capital de points affecté à son permis de conduire ;

- le dernier de retrait de points est lié à l'état de santé préoccupant de son père ;

- son permis de conduire est nécessaire à sa vie familiale.

Par un mémoire en défense, enregistrés le 6 janvier 2023, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la route ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. A en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Le magistrat statuant seul a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. A a été entendu au cours de l'audience publique, les parties n'étant ni présentes, ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. M. C B, qui a commis plusieurs infractions au code de la route entre le 26 mars 2017 et le 4 février 2022, a suivi un stage de sensibilisation à la sécurité routière les 11 et 12 février 2022. Par une décision référencée 48 SI en date du 13 septembre 2022, le ministre de l'intérieur a constaté l'invalidité du permis de conduire de M. B pour solde de points nul. Par un courriel en date du 10 octobre 2022, M. B a demandé le retrait de cette décision. Le silence gardé sur cette demande a fait naître une décision implicite de rejet. Par sa requête, M. B demandant l'annulation de la décision référencée 48 SI du 13 septembre 2022.

2. En premier lieu, aux termes du quatrième alinéa de l'article L. 223-6 du code de la route : " () / Le titulaire du permis de conduire qui a commis une infraction ayant donné lieu à retrait de points peut obtenir une récupération de points s'il suit un stage de sensibilisation à la sécurité routière qui peut être effectué dans la limite d'une fois par an. Lorsque le titulaire du permis de conduire a commis une infraction ayant donné lieu à un retrait de points égal ou supérieur au quart du nombre maximal de points et qu'il se trouve dans la période du délai probatoire défini à l'article L. 223-1, il doit se soumettre à cette formation spécifique qui se substitue à l'amende sanctionnant l'infraction () ". Aux termes de l'article R. 223-4 du même code : " I.- Lorsque le conducteur titulaire du permis de conduire a commis, pendant le délai probatoire défini à l'article L. 223-1, une infraction ayant donné lieu au retrait d'au moins trois points, la notification du retrait de points lui est adressée par lettre recommandée avec demande d'avis de réception. Cette lettre l'informe de l'obligation de se soumettre à la formation spécifique mentionnée au quatrième alinéa de l'article L. 223-6 dans un délai de quatre mois. () ". L'article R. 223-8 de ce code dispose : " () II.- L'attestation délivrée à l'issue du stage effectué en application des dispositions du quatrième alinéa de l'article L. 223-6 donne droit à la récupération de quatre points dans la limite du plafond affecté au permis de conduire de son titulaire. / III.- Le préfet mentionné au I ci-dessus procède à la reconstitution du nombre de points dans un délai d'un mois à compter de la réception de l'attestation et notifie cette reconstitution à l'intéressé par lettre simple. La reconstitution prend effet le lendemain de la dernière journée de stage. / IV.- Dans le cas prévu à l'article R. 223-4, sont transmises au comptable de la direction générale des finances publiques du lieu de commission de l'infraction, dans le délai de quinze jours mentionné au I ci-dessus, l'attestation de suivi de stage ainsi que, si l'amende a été acquittée, les pièces nécessaires à son remboursement () ".

3. Il résulte de l'instruction que la case n° 2 de l'attestation de suivi de stage délivrée à M. B a été cochée par l'organisme dispensant ce stage, case qui renvoie aux stages obligatoires suivis par les détenteurs d'un permis probatoire en application des dispositions des articles L. 223-6 et R. 223-4 du code de la route et ayant fait l'objet d'une décision de retrait d'au moins trois points. En outre, et contrairement à ce qu'allègue le ministre de l'intérieur, il n'est pas établi que ce stage ait été suivi dans le cadre de l'exécution d'une composition pénale, d'une alternative aux poursuites judiciaires, en tant que peine complémentaire ou peine de substitution. Ainsi, et alors que les dispositions de l'article R. 223-8 du code de la route n'excluent pas du bénéfice d'une reconstitution partielle de points les stages suivis en application de la procédure spécifique prévue au quatrième alinéa de l'article L. 223-6 précité, M. B est fondé à soutenir que son permis de conduire aurait dû faire l'objet d'une reconstitution de quatre points au lendemain du dernier jour de ce stage, soit le 13 février 2022. Dès lors, il y a lieu d'annuler la décision référencée 48 SI du 13 septembre 2022 prononçant l'invalidité du permis de conduire de M. B pour solde de points nul.

4. En second lieu, aux termes de l'article L. 223-6 du code de la route : " Si le titulaire du permis de conduire n'a pas commis, dans le délai de deux ans à compter de la date du paiement de la dernière amende forfaitaire, de l'émission du titre exécutoire de la dernière amende forfaitaire majorée, de l'exécution de la dernière composition pénale ou de la dernière condamnation définitive, une nouvelle infraction ayant donné lieu au retrait de points, son permis est affecté du nombre maximal de points. / Le délai de deux ans mentionné au premier alinéa est porté à trois ans si l'une des infractions ayant entraîné un retrait de points est un délit ou une contravention de la quatrième ou de la cinquième classe () ". Aux termes de l'article R. 413-14 du même code : " I. - Le fait, pour tout conducteur d'un véhicule à moteur, de dépasser de moins de 50 km/h la vitesse maximale autorisée fixée par le présent code ou édictée par l'autorité investie du pouvoir de police est puni de l'amende prévue pour les contraventions de la quatrième classe () ".

5. Il résulte de l'instruction, et notamment du relevé d'information intégrale du permis de conduire du requérant, que M. B a fait l'objet d'un premier retrait de quatre points devenu définitif le 17 mai 2018 pour excès de vitesse d'au moins 40 km/h et inférieur à 50 km/h. Le requérant a fait l'objet d'un second retrait de trois points le 8 décembre 2020 pour excès de vitesse d'au moins 30 km/h et inférieur à 40 km/h. Ces deux infractions sont punies d'une amende de la quatrième classe et la dernière infraction en date relevée à son encontre est devenue définitive le 20 mai 2022, soit avant l'extinction du délai de trois ans prévu par l'article L. 223-6 du code de la route. Dans ces conditions, M. B n'est pas fondé à soutenir que le solde affecté à son permis de conduire aurait dû faire l'objet d'une reconstitution en application de ces dispositions. Dès lors, ce moyen doit être écarté.

6. Il résulte de tout ce qui précède qu'il y a lieu d'annuler la décision référencée 48 SI du 3 septembre 2022 en tant qu'elle prononce l'invalidation du permis de conduire de M. B.

7. Le présent jugement implique nécessairement que l'administration procède à la reconstitution du capital de points de M. B, en tenant compte du stage de sensibilisation à la sécurité routière effectué les 11 et 12 février 2022. Par suite, il y a lieu, en application des dispositions de l'article L. 911-1 du code de justice administrative, d'enjoindre au ministre de l'intérieur de procéder à la reconstitution du capital de points du requérant, dans le délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

D E C I D E :

Article 1er : La décision référencée 48 SI du 13 septembre 2022 est annulée en tant qu'elle prononce l'invalidation du permis de conduire de M. B.

Article 2 : Il est enjoint au ministre de l'intérieur de rétablir le capital de points du permis de conduire de M. B en tenant compte du stage de sensibilisation à la sécurité routière suivi les 11 et 12 février 2022 et ce, dans le délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C B et au ministre de l'intérieur.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 décembre 2024.

Le magistrat désigné,

signé

F. ALa greffière,

signé

F. LEBOSSE

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme,

la greffière,

C. Bénis

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