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AccueilJurisprudence administrativeN° TA14-2202780

Tribunal Administratif de Caen — Décision N° TA14-2202780

mercredi 13 novembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Caen
SectionTribunal Administratif de Caen
N° DossierTA14-2202780
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation2ème chambre
Avocat requérantCABINET COUDRAY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 13 décembre 2022 et le 6 février 2024, M. C A, représenté par Me Hourmant, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 19 août 2022 par lequel le maire de Blainville-sur-Mer s'est opposé à la déclaration préalable de division en vue de construire sur un terrain situé chemin des longs champs et la décision implicite de rejet de son recours exercé contre cet arrêté le 16 septembre 2022 ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Blainville-sur-Mer une somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que l'arrêté du 19 août 2022 :

- est entaché d'incompétence ;

- est entaché d'une erreur de droit, dès lors que le maire s'est estimé lié par l'avis du préfet ;

- est irrégulier en ce que l'avis du préfet sur lequel il se fonde fait une inexacte application des articles L. 111-3 et L. 121-8 du code de l'urbanisme ;

- fait une inexacte application de l'article L. 111-3 du code de l'urbanisme ;

- fait une inexacte application de l'article L. 121-8 du code de l'urbanisme.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 2 février 2023 et le 13 mars 2024, la commune de Blainville-sur-Mer, représentée par la SELARL Cabinet Coudray, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 2 500 euros soit mise à la charge de M. A en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que les moyens exposés dans la requête ne sont pas fondés.

Par un mémoire en défense, enregistré le 20 décembre 2023, le préfet de la Manche, conclut au rejet de la requête.

Il faut valoir que dès lors que son avis conforme était légal, le maire devait s'opposer au projet.

Par une ordonnance du 15 mars 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au 26 avril 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme,

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Pillais ;

- les conclusions de M. B ;

- les observations de Me Le Brouder, substituant Me Hourmant, avocat de M. A

- et les observations de Me Dugué, substituant la SELARL Cabinet Coudray, avocat de la commune de Blainville-sur-Mer.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, propriétaire d'un terrain situé rue des Longs champs à Blainville-sur-Mer, a adressé à la mairie de Blainville-sur-Mer, le 22 juillet 2022, une déclaration préalable pour la division de son terrain en vue d'y construire. Par un avis du 18 août 2022, le préfet de la Manche a émis un avis défavorable et a estimé pour ce faire que le projet était situé en dehors des parties urbanisées de la commune, au sens de l'article L. 111-3 du code de l'urbanisme, et ne relevait pas des exceptions prévues par l'article L. 111-4 de ce code. Par arrêté du 19 août 2022, le maire de Blainville-sur-Mer s'est opposé à la déclaration, et s'est approprié pour ce faire l'avis du préfet de la Manche, tout en relevant en outre que les dispositions de l'article L. 121-8 du code de l'urbanisme faisaient obstacle à la délivrance de l'autorisation sollicitée. M. A a exercé un recours gracieux contre cet arrêté le 16 septembre 2022. Par la présente requête, M. A demande l'annulation de l'arrêté du 19 août 2022 et de la décision implicite de rejet de son recours gracieux.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

En ce qui concerne le cadre juridique du litige :

2. D'une part, aux termes de l'article L. 174-1 du code de l'urbanisme : " Les plans d'occupation des sols qui n'ont pas été mis en forme de plan local d'urbanisme, en application du titre V du présent livre, au plus tard le 31 décembre 2015 sont caducs à compter de cette date, sous réserve des dispositions des articles L. 174-2 à L. 174-5. / La caducité du plan d'occupation des sols ne remet pas en vigueur le document d'urbanisme antérieur. / A compter du 1er janvier 2016, le règlement national d'urbanisme mentionné aux articles L. 111-1 et L. 422-6 s'applique sur le territoire communal dont le plan d'occupation des sols est caduc ". Aux termes de l'article L. 174-3 du même code : " Lorsqu'une procédure de révision du plan d'occupation des sols a été engagée avant le 31 décembre 2015, cette procédure peut être menée à terme en application des articles L. 123-1 et suivants, dans leur rédaction issue de la loi n° 2014-366 du 24 mars 2014 pour l'accès au logement et un urbanisme rénové, sous réserve d'être achevée au plus tard le 26 mars 2017 (). ".

3. D'autre part, aux termes de l'article L. 422-5 du code de l'urbanisme : " Lorsque le maire ou le président de l'établissement public de coopération intercommunale est compétent, il recueille l'avis conforme du préfet si le projet est situé : / a) Sur une partie du territoire communal non couverte par une carte communale, un plan local d'urbanisme ou un document d'urbanisme en tenant lieu ; () ".

4. Il est constant que la commune de Blainville-sur-Mer était couverte par un plan d'occupation des sols, devenu caduc à la date de l'arrêté du 19 août 2022 en litige. Il s'ensuit que le maire était tenu, comme il l'a fait, de solliciter l'avis conforme du préfet. En outre, si, lorsque la délivrance d'une autorisation administrative est subordonnée à l'accord préalable d'une autre autorité, le refus d'un tel accord, qui s'impose à l'autorité compétente pour statuer sur la demande d'autorisation, ne constitue pas une décision susceptible de recours, des moyens tirés de sa régularité et de son bien-fondé peuvent, quel que soit le sens de la décision prise par l'autorité compétente pour statuer sur la demande d'autorisation, être invoqués devant le juge saisi de cette décision. Il s'ensuit que l'avis défavorable du préfet du 18 août 2022 s'imposait au maire de Blainville-sur-Mer.

En ce qui concerne la légalité de l'arrêté du 19 août 2022 :

5. En premier lieu, aux termes de l'article L. 111-3 du code de l'urbanisme : " En l'absence de plan local d'urbanisme, de tout document d'urbanisme en tenant lieu ou de carte communale, les constructions ne peuvent être autorisées que dans les parties urbanisées de la commune ".

6. Ces dispositions interdisent, en principe, en l'absence de plan local d'urbanisme ou de carte communale opposable aux tiers ou de tout document d'urbanisme en tenant lieu, les constructions implantées " en dehors des parties actuellement urbanisées de la commune ", c'est-à-dire des parties du territoire communal qui comportent déjà un nombre et une densité significatifs de constructions. Il en résulte qu'en dehors des cas où elles relèvent des exceptions expressément et limitativement prévues, les constructions ne peuvent être autorisées dès lors que leur réalisation a pour effet d'étendre la partie actuellement urbanisée de la commune. Pour apprécier si un projet a pour effet d'étendre la partie actuellement urbanisée de la commune, il est notamment tenu compte de sa proximité avec les constructions existantes situées dans les parties urbanisées de la commune ainsi que du nombre et de la densité des constructions projetées.

7. Il est constant que la commune de Blainville-sur-Mer est dépourvue de document d'urbanisme depuis que son plan d'occupation des sols est devenu caduc, de sorte que depuis le 1er janvier 2016, le règlement national d'urbanisme s'applique sur son territoire, conformément aux dispositions de l'article L. 174-1 du code de l'urbanisme. Il ressort des pièces du dossier que le terrain d'assiette du projet est immédiatement entouré de terrains construits au nord, à l'est et au sud. A l'ouest, il est bordé par le chemin des longs champs qui le sépare du cimetière attenant à l'église Saint-Pierre de Blainville-sur-Mer située au cœur du bourg face à la mairie. Les maisons bordant le chemin des longs champs dans sa partie la plus à l'est sont implantées sur deux rangs en limite construite du bourg. Le projet prévoit quatre lots devant accueillir des maisons, les trois premiers lots étant situés le long du chemin des longs champs en premier rang, et le dernier lot, en second rang, au même niveau que des maisons de second rang déjà implantées. Le terrain d'assiette du projet se situe ainsi en limite du bourg, mais encore dans une partie caractérisée par une densité et un nombre d'habitations, permettant de la qualifier de partie actuellement urbanisée de Blainville-sur-Mer. Il s'ensuit qu'en estimant que le projet de M. A était situé en dehors des parties urbanisée de la commune, le préfet et le maire ont fait une inexacte application de l'article L. 111-3 du code de l'urbanisme.

8. En second lieu, aux termes du premier alinéa de l'article L. 121-8 du code de l'urbanisme : " L'extension de l'urbanisation se réalise en continuité avec les agglomérations et villages existants. (). ". Il en résulte que les constructions peuvent être autorisées dans les communes littorales en continuité avec les agglomérations et villages existants, c'est-à-dire avec les zones déjà urbanisées caractérisées par un nombre et une densité significatifs de constructions, mais que, en revanche, aucune construction ne peut être autorisée, même en continuité avec d'autres, dans les zones d'urbanisation diffuses éloignées de ces agglomérations et villages.

9. Il ressort des pièces du dossier que le terrain d'assiette se situe au sein d'une zone urbanisée comportant plusieurs centaines de constructions et accueillant des commerces et des services ouverts toute l'année. Il s'ensuit qu'en estimant que les dispositions de l'article L. 121-8 du code de l'urbanisme faisaient obstacle à ce que soit autorisé le projet de M. A, le maire de Blainville-sur-Mer a fait de ces dispositions une inexacte application.

10. Pour l'application de l'article L. 600-4-1 du code de l'urbanisme, aucun des autres moyens invoqués n'est susceptible d'entraîner l'annulation des décisions contestées.

11. Il résulte de ce qui précède que M. A est fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 19 août 2022 par lequel le maire de Blainville-sur-Mer s'est opposé à sa déclaration préalable et de la décision implicite de rejet de son recours gracieux.

Sur les frais liés à l'instance :

12. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la commune de Blainville-sur-Mer une somme de 1 500 euros à verser à M. A au titre des frais exposés et non compris dans les dépens, en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. En revanche, ces dispositions font obstacle à ce que soit mise à la charge de M. A qui, dans la présente instance, n'est pas la partie perdante, la somme que la commune de Blainville-sur-Mer demande au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 19 août 2022 du maire de Blainville-sur-Mer et la décision implicite de rejet du recours gracieux exercé contre cet arrêté sont annulés.

Article 2 : La commune de Blainville-sur-Mer versera à M. A une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Les conclusions de la commune de Blainville-sur-Mer présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. C A, à la commune de Blainville-sur-Mer et à la ministre de la transition écologique, de l'énergie, du climat et de la prévention des risques.

Copie en sera transmise au préfet de la Manche.

Délibéré après l'audience du 22 octobre 2024 à laquelle siégeaient :

M. Marchand, présidente,

Mme Pillais, première conseillère,

Mme Absolon, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 novembre 2024

La rapporteure,

Signé

M. PILLAIS

Le président,

Signé

A. MARCHANDLe greffier,

Signé

J. LOUNIS

La République mande et ordonne à la ministre de la transition écologique, de l'énergie, du climat et de la prévention des risques en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

C. Bénis

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