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AccueilJurisprudence administrativeN° TA14-2202872

Tribunal Administratif de Caen — Décision N° TA14-2202872

mercredi 5 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Caen
SectionTribunal Administratif de Caen
N° DossierTA14-2202872
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème Chambre
Avocat requérantBERNARD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 22 décembre 2022 et 21 décembre 2023, M. B A, représenté par Me Bernard, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler la décision implicite du 1er juillet 2022 par laquelle l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a mis fin au bénéfice de ses conditions matérielles d'accueil ;

2°) d'enjoindre à l'OFII de le rétablir dans son droit au bénéfice des conditions matérielles d'accueil à compter du 1er juillet 2022 et jusqu'au 12 janvier 2023, et ce dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ou subsidiairement, de réexaminer sa situation dans les mêmes conditions d'astreinte ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros à verser à son conseil au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- la décision attaquée est entachée d'incompétence ;

- elle n'est pas matérialisée par écrit et n'est pas motivée ;

- elle est entachée d'erreur de droit au regard de l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le directeur de l'OFII s'étant cru en situation de compétence liée ;

- elle méconnaît les articles L. 550-1 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les exigences de proportionnalité et de respect de la dignité humain garanties par les stipulations du paragraphe 5 de l'article 20 de la directive " accueil " 2013/33/UE du Parlement européen et du Conseil 26 juin 2013 et l'article 1er de la charte des droits fondamentaux de l'Union ;

- elle ne prend pas en compte la vulnérabilité du requérant, en méconnaissance de l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire, enregistré le 5 décembre 2023, l'Office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

M. B A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 23 mai 2023 du bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Caen.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Créantor,

- et les observations de Me Bernard, représentant M. A.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, de nationalité bangladaise, est entré irrégulièrement sur le territoire français le 22 mars 2022. Il a présenté une demande d'asile le 5 avril 2022, qui a été enregistrée dans le cadre d'une procédure normale. Il a accepté, le 6 avril 2022, l'offre de prise en charge de l'OFII qui lui a accordé le bénéfice des conditions matérielles d'accueil. L'intéressé ayant ensuite abandonné un hébergement qui lui a été attribué, l'OFII a suspendu le bénéfice de ses conditions matérielles d'accueil par une décision implicite. Le requérant demande l'annulation de cette décision.

Sur la demande d'aide juridictionnelle à titre provisoire :

2. M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 23 mai 2023. Par suite, il n'y a plus lieu de statuer sur ses conclusions à fin d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. Aux termes de l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Il peut être mis fin, partiellement ou totalement, aux conditions matérielles d'accueil dont bénéficie le demandeur dans les cas suivants : / () 2° Il quitte le lieu d'hébergement dans lequel il a été admis en application de l'article L. 552-9 ; () La décision mettant fin aux conditions matérielles d'accueil prise en application du présent article est écrite et motivée. Elle prend en compte la vulnérabilité du demandeur. Elle est prise après que l'intéressé a été mis en mesure de présenter ses observations écrites selon des modalités définies par décret. (). ". Aux termes de l'article D. 551-18 du même code : " La décision mettant fin aux conditions matérielles d'accueil prise en application de l'article L. 551-16 est écrite, motivée et prise après que le demandeur a été mis en mesure de présenter à l'Office français de l'immigration et de l'intégration ses observations écrites dans un délai de quinze jours. Elle prend en compte la vulnérabilité du demandeur. Cette décision prend effet à compter de sa signature. () ". Aux termes de l'article R. 551-21 du même code : " Pour l'application du 2° de l'article L. 551-16, un demandeur d'asile est considéré comme ayant quitté son lieu d'hébergement s'il s'en absente plus d'une semaine sans justification valable. / Dans ce cas, le gestionnaire du lieu en informe sans délai, en application de l'article L. 552-5, l'Office français de l'immigration et de l'intégration ".

4. Il ressort des pièces du dossier que par un courrier du 16 juin 2022, auquel était jointe la décision de sortie de lieu d'hébergement, l'OFII a informé M. A que l'abandon de son lieu d'hébergement pendant plus d'une semaine était un motif de cessation des conditions matérielles d'accueil. Il lui a accordé un délai de 15 jours afin de présenter ses observations et justifier des motifs pour lesquels il s'était absenté de son lieu d'hébergement et lui a indiqué que, à défaut de présentation de ses observations, une cessation totale de ses conditions matérielles d'accueil serait confirmée sans nouvel avis. M. A s'étant abstenu de répondre à ce courrier, il a cessé de bénéficier des conditions matérielles d'accueil à compter du mois de juillet 2022. Toutefois, il est constant qu'aucune décision en ce sens n'a été adressée à M. A par l'OFII à l'expiration du délai de réponse qui lui a été imparti. Si, contrairement à ce qu'il soutient, le requérant n'a pas sollicité les motifs de la décision implicite intervenue le 1er juillet 2022, l'OFII ne pouvait pas légalement procéder à la cessation des conditions matérielles d'accueil qu'il avait accordées sans prendre une décision écrite et motivée, ainsi que l'exigent les dispositions de l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de ces dispositions doit être accueilli.

5. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que M. A est fondé à demander l'annulation de la décision implicite par laquelle l'OFII a prononcé la cessation totale de ses conditions matérielles d'accueil à la suite du courrier du 16 juin 2022.

Sur les conclusions à fin d'injonction sous astreinte :

6. Le présent jugement implique seulement, eu égard au motif retenu, que l'OFII réexamine la situation de M. A. Il y a lieu d'enjoindre à l'OFII d'y procéder dans un délai de deux mois. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais de l'instance :

7. M. A a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Son avocat peut ainsi se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Bernard, conseil du requérant, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, de mettre à la charge de l'OFII, le versement à cet avocat de la somme de 1 200 euros au titre des frais exposés à l'instance.

D E C I D E :

Article 1er : La décision implicite par laquelle l'OFII a prononcé la cessation totale des conditions matérielles d'accueil initialement accordées à M. A est annulée.

Article 2 : Il est enjoint à l'OFII de réexaminer la situation de M. A dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'OFII versera à Me Bernard, conseil de M. A, la somme de 1 200 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que celle-ci renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.

Article 4 : Le surplus de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à Me Bernard et à l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Délibéré après l'audience du 28 mai 2024, à laquelle siégeaient :

- Mme Rouland-Boyer, présidente,

- Mme Sénécal, première conseillère,

- Mme Créantor, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 juin 2024.

La rapporteure,

SIGNÉ

V. CREANTOR

La présidente,

SIGNÉ

H. ROULAND-BOYER

La greffière,

SIGNÉ

E. BLOYET

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

E. BLOYET

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