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AccueilJurisprudence administrativeN° TA14-2202903

Tribunal Administratif de Caen — Décision N° TA14-2202903

vendredi 26 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de Caen
SectionTribunal Administratif de Caen
N° DossierTA14-2202903
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation2ème chambre
Avocat requérantTSARANAZY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 23 décembre 2022, M. B A, représenté par la selarl ATLAS avocat prise en la personne de Me Tsaranazy, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 20 juillet 2022 par lequel le préfet du Calvados a refusé son admission au séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet du Calvados de lui délivrer un titre de séjour sur le fondement des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ou, subsidiairement, de réexaminer sa demande dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir et de lui délivrer, sans délai, une autorisation provisoire de séjour valable pendant toute la durée de réexamen de sa demande ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 à verser à son conseil.

Il soutient que :

- sa requête est recevable ;

- les décisions sont entachées d'incompétence ;

- la décision portant refus de titre de séjour est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation au regard de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- l'obligation de quitter le territoire français est illégale en raison de l'illégalité du refus de titre de séjour ;

- la décision fixant le pays de renvoi est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

Par un mémoire enregistré le 18 janvier 2023, le préfet du Calvados conclut au rejet de la requête au motif que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 22 novembre 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique, Mme Pillais a prononcé son rapport.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, ressortissant turc, a déclaré être entré en France le 10 juillet 2018. Il a déposé une demande d'asile qui a été rejetée par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides en date du 30 novembre 2018, confirmée par la Cour nationale du droit d'asile le 30 décembre 2019. Par un arrêté du 15 janvier 2020, dont la légalité a été confirmée le 5 mars 2020 par le tribunal administratif, le préfet du Calvados a obligé M. A à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination. Le 13 août 2020, l'intéressé a déposé une demande tendant à la régularisation de sa situation, qui a été implicitement rejetée. Le 20 septembre 2021, il a de nouveau saisi le préfet du Calvados d'une demande de régularisation et a formalisé une demande de titre de séjour portant la mention " salarié " sur le fondement des articles L. 423-23 et L.435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par arrêté du 20 juillet 2022, dont M. A demande l'annulation par la présente requête, le préfet du Calvados a opposé un refus à sa demande de titre ainsi qu'une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne le moyen invoqué contre l'ensemble des décisions :

2. Par un arrêté du 27 avril 2022, publié au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture n° 14-2022-084 du même jour et consultable sur le site internet de la préfecture, le préfet du Calvados a donné délégation à la cheffe du bureau du séjour à l'effet de signer tous les arrêtés et décisions relevant des attributions de ce bureau. Celles-ci comprennent, en application de l'article 3-4-1 de l'arrêté préfectoral du 30 août 2021 portant organisation des services de la préfecture du Calvados, publié au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture n° 14-2021-158 du 31 août 2022 et consultable sur le site internet de la préfecture, la rédaction et la notification des décisions de refus de séjour avec ou sans obligation de quitter le territoire français. Le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'acte doit, par suite, être écarté.

En ce qui concerne le moyen invoqué contre le refus de titre de séjour :

3. Aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 () ".

4. En présence d'une demande de régularisation présentée sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, l'autorité administrative doit d'abord vérifier si des considérations humanitaires ou des motifs exceptionnels justifient la délivrance d'une carte portant la mention "vie privée et familiale" puis, en cas de motifs exceptionnels, si la délivrance d'une carte de séjour temporaire portant la mention "salarié" ou "travailleur temporaire" est envisageable.

5. M. A fait état de sa présence en France depuis le 10 juillet 2018. Il ressort des pièces du dossier qu'il y réside avec son épouse et ses deux fils nés en 2000 et 2005. M. A s'est maintenu irrégulièrement en France, à l'instar de son épouse et de son fils ainé majeur, et ils ont fait l'objet d'obligations de quitter le territoire français en date du 15 janvier 2020. Bien qu'en situation irrégulière, le requérant a travaillé en tant que ravaleur et totalise vingt-trois mois travaillés de manière discontinue. Il fait valoir que son plus jeune fils, scolarisé en France en classe de première professionnelle commerce services de restauration au lycée Hôtelier Rabelais à Ifs pour l'année scolaire 2022-2023, après avoir obtenu son certificat d'aptitude professionnelle spécialité production et service en restauration (rapide, collective, cafétéria) le 6 septembre 2022, est atteint de la maladie de Niemann-Pick de type B, maladie génétique actuellement incurable. Il ressort des pièces du dossier que cet enfant est suivi au CHU de Caen qui l'a intégré à un essai clinique permettant de traiter les symptômes de sa maladie, et qu'il peut ainsi bénéficier d'un traitement expérimental sous forme d'un accès précoce. Toutefois la circonstance que M. A soit parent d'un enfant malade, situation pour laquelle il n'a pas formé de demande de titre de séjour, ne constitue pas à elle seule une circonstance exceptionnelle au sens de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. En outre, les éléments médicaux en question ont été précisés dans le certificat médical établi le 20 octobre 2022, soit postérieurement à la date de la décision. Le préfet du Calvados n'a donc pas commis d'erreur manifeste d'appréciation de la situation de M. A.

En ce qui concerne le moyen soulevé à l'encontre de la décision d'obligation de quitter le territoire français :

6. La décision portant refus de titre de séjour n'étant pas illégale, l'obligation de quitter le territoire français n'est pas privée de base légale. Par suite, le moyen tiré de ce que cette dernière décision serait illégale, par voie de conséquence de l'illégalité de la première, doit être écarté.

En ce qui concerne le moyen soulevé à l'encontre de la décision fixant le pays de renvoi :

7. La décision portant obligation de quitter le territoire français n'étant pas illégale, la décision fixant le pays de renvoi n'est pas privée de base légale. Par suite, le moyen tiré de ce que cette dernière décision serait illégale, par voie de conséquence de l'illégalité de la première, doit être écarté.

8. Il résulte de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 20 juillet 2022.

Sur les autres conclusions :

9. Il y a lieu, par voie de conséquence du rejet des conclusions à fin d'annulation présentées par M. A, de rejeter ses conclusions à fin d'injonction et d'astreinte ainsi que celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à Me Tsaranazy et au préfet du Calvados.

Délibéré après l'audience du 30 mars 2023, à laquelle siégeaient :

M. Mondésert, président,

Mme Pillais, première conseillère,

Mme Silvani, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 mai 2023.

La rapporteure,

Signé

M. PILLAIS

Le président,

Signé

X. MONDESERTLa greffière,

Signé

A. D'OLIF

La République mande et ordonne au préfet du Calvados en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

la greffière,

A. Lapersonne

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