jeudi 28 septembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Caen |
| Section | Tribunal Administratif de Caen |
| N° Dossier | TA14-2300005 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 3ème Chambre |
| Avocat requérant | BERNARD |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés le 3 janvier 2023, le 7 avril 2023 et le
24 août 2023, M. B A, représenté par Me Bernard, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;
2°) d'annuler la décision du 31 août 2022 par laquelle le directeur territorial de Caen de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) lui a refusé le bénéfice des conditions matérielles d'accueil, ensemble la décision rejetant implicitement son recours administratif préalable obligatoire ;
3°) d'enjoindre à l'OFII de l'admettre au bénéfice des conditions matérielles d'accueil pour la période allant du 31 août 2022 au 31 janvier 2023, à charge pour l'OFII de fixer le montant de l'allocation, et ce, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 50 euros par jour de retard ou, à défaut, de procéder au réexamen de sa situation sous les mêmes conditions d'astreinte ;
4°) de mettre à la charge de l'OFII la somme de 1 200 euros à verser à son conseil au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ou à lui verser directement dans l'hypothèse où l'aide juridictionnelle ne lui serait pas accordée.
Il soutient que :
- la décision est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d'une erreur de droit, le directeur de l'OFII s'étant cru en situation de compétence liée ;
- elle méconnaît les dispositions des articles L. 550-1 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et le paragraphe 5 de l'article 20 de la directive 2013/33/UE du 26 juin 2013 ; sa demande d'asile est en cours d'examen ; la décision attaquée le place dans une situation de dénuement le plus total et est disproportionnée eu égard à son droit au respect de sa dignité ;
- elle ne prend pas en compte sa vulnérabilité et ce, en méconnaissance de l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ; elle emporte des conséquences d'une exceptionnelle gravité.
Par un mémoire en défense, enregistré le 18 janvier 2023, l'Office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête au motif que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.
La demande d'aide juridictionnelle de M. A a été rejetée par une décision du 27 juin 2023 du président du bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Caen.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la directive 2013/33/UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de Mme Créantor.
Considérant ce qui suit :
1. M. B A, ressortissant camerounais, est entré sur le territoire français le
17 août 2021. Il a déposé une demande d'asile le 31 août 2022 et a obtenu, le même jour, une attestation de demande d'asile en procédure accélérée. Par une décision du 31 août 2022, le directeur territorial de l'OFII lui a refusé le bénéfice des conditions matérielles d'accueil des demandeurs d'asile. M. A a, par courrier électronique du 5 septembre 2022, formé le recours administratif préalable obligatoire contre cette décision, qui a été implicitement rejeté à l'issue du délai de deux mois à compter de la réception du recours. Par la présente requête, M. A doit être regardé comme demandant au tribunal d'annuler cette dernière décision qui s'est substituée à la décision initiale du 31 août 2022.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 232-4 du code des relations entre le public et l'administration : " Une décision implicite intervenue dans les cas où la décision explicite aurait dû être motivée n'est pas illégale du seul fait qu'elle n'est pas assortie de cette motivation. / Toutefois, à la demande de l'intéressé, formulée dans les délais du recours contentieux, les motifs de toute décision implicite de rejet devront lui être communiqués dans le mois suivant cette demande. Dans ce cas, le délai du recours contentieux contre ladite décision est prorogé jusqu'à l'expiration de deux mois suivant le jour où les motifs lui auront été communiqués. ".
3. Il ne ressort pas des pièces du dossier que M. A ait sollicité la communication des motifs de la décision par laquelle l'OFII a implicitement rejeté son recours administratif préalable obligatoire. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation ne peut qu'être écarté.
4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les conditions matérielles d'accueil peuvent être refusées, totalement ou partiellement, au demandeur dans les cas suivants : / 1° Il refuse la région d'orientation déterminée en application de l'article L. 551-3 ; / 2° Il refuse la proposition d'hébergement qui lui est faite en application de l'article L. 552-8 ; / 3° Il présente une demande de réexamen de sa demande d'asile ; / 4° Il n'a pas sollicité l'asile, sans motif légitime, dans le délai prévu au 3° de l'article L. 531-27. / La décision de refus des conditions matérielles d'accueil prise en application du présent article est écrite et motivée. Elle prend en compte la vulnérabilité du demandeur. ". Aux termes de l'article L. 531-27 du même code : " L'Office français de protection des réfugiés et apatrides statue en procédure accélérée à la demande de l'autorité administrative chargée de l'enregistrement de la demande d'asile dans les cas suivants : / () 3° Sans motif légitime, le demandeur qui est entré irrégulièrement en France ou s'y est maintenu irrégulièrement n'a pas présenté sa demande d'asile dans le délai de quatre-vingt-dix jours à compter de son entrée en France ; (). ".
5. Il ressort de la décision attaquée que le bénéfice des conditions matérielles d'accueil a été refusé à M. A au motif qu'il a présenté, sans motif légitime, une demande d'asile plus de quatre-vingt-dix jours après son entrée en France. Il est constant que M. A est entré en France le 17 août 2021 et qu'il n'a déposé sa demande d'asile que le 31 août 2022, sans se prévaloir, auprès de l'OFII, d'un motif pouvant légitimement expliquer le dépôt de sa demande d'asile plus de quinze mois après l'expiration du délai de quatre-vingt-dix jours mentionné à L. 531-27 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Si M. A fait valoir qu'il n'a pas pu, durant l'entretien de vulnérabilité, expliquer les raisons de la tardiveté de sa demande et soutient, dans la présente instance, qu'il ignorait son droit à demander l'asile, qu'il ne pouvait parler de son orientation sexuelle à son entourage après être arrivé sur le territoire français et n'a été en mesure d'effectuer une telle démarche qu'après s'être confié à un prêtre, ce récit n'est corroboré par aucun témoignage ou attestation ni aucun élément de nature à établir la réalité de ces allégations. Dans ces conditions, les circonstances dont M. A se prévaut ne permettent pas d'établir l'existence d'un motif légitime ayant fait obstacle à ce qu'il sollicite l'asile dans un délai de quatre-vingt-dix jours jours suivant sa date d'entrée en France. Enfin, il ne ressort pas des pièces du dossier que le directeur de l'OFII se serait estimé en situation de compétence liée pour refuser le bénéfice des conditions matérielles d'accueil à M. A. Par suite, cette autorité n'a pas commis d'erreur de droit.
6. En troisième lieu, aux termes du paragraphe 5 de l'article 20 de la directive 2013/33/UE du 26 juin 2013 : " 1. Les États membres peuvent limiter ou, dans des cas exceptionnels et dûment justifiés, retirer le bénéfice des conditions matérielles d'accueil lorsqu'un demandeur : / () / b) ne respecte pas l'obligation de se présenter aux autorités, ne répond pas aux demandes d'information ou ne se rend pas aux entretiens personnels concernant la procédure d'asile dans un délai raisonnable fixé par le droit national ; / () 5. Les décisions portant limitation ou retrait du bénéfice des conditions matérielles d'accueil ou les sanctions visées aux paragraphes 1, 2, 3 et 4 du présent article sont prises au cas par cas, objectivement et impartialement et sont motivées. Elles sont fondées sur la situation particulière de la personne concernée, en particulier dans le cas des personnes visées à l'article 21, compte tenu du principe de proportionnalité. Les Etats membres assurent en toutes circonstances l'accès aux soins médicaux conformément à l'article 19 et garantissent un niveau de vie digne à tous les demandeurs. ".
7. D'une part, M. A ne saurait utilement invoquer l'illégalité de la décision portant refus des conditions matérielles d'accueil au regard des dispositions de l'article 20 de la directive n° 2013/22/UE du Parlement et du Conseil du 26 juin 2013, cette directive ayant été entièrement transposée en droit interne.
8. D'autre part, si le requérant soutient que la décision attaquée méconnaît les dispositions des articles L. 550-1 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il ne ressort d'aucune disposition du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que les décisions de refus des conditions matérielles d'accueil feraient, en toutes circonstances, obstacle à l'accès aux autres dispositifs prévus par le droit interne répondant aux prescriptions de l'article 20, paragraphe 5, de la directive du 26 juin 2013 précitée, si l'étranger considéré en remplit par ailleurs les conditions, et notamment à l'application des dispositions de l'article L. 251-1 du code de l'action sociale et des familles relatives à l'aide médicale de l'Etat ou de l'article L. 345-2-2 du même code relatives à l'hébergement d'urgence. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision attaquée aurait été prise en méconnaissance des dispositions de la directive 2013/33/UE du 26 juin 2013 ne peut qu'être écarté.
9. En dernier lieu, si M. A fait valoir qu'il a fui son pays d'origine en raison des persécutions qu'il a subies du fait de son orientation sexuelle, qu'il est isolé en France depuis que celle-ci a été révélée et que la décision attaquée emporte des conséquences d'une exceptionnelle gravité, il résulte des écritures mêmes du requérant, célibataire et âgé de 32 ans, que ce dernier est arrivé en France pour rendre visite à sa mère, qu'il a pu être hébergé chez elle puis chez des proches. Par ailleurs, l'attestation établie le 11 octobre 2022 par un bénévole du centre LGBT de Normandie ne saurait suffire à établir qu'il se trouve dans une situation de vulnérabilité particulière. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit être écarté.
10. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision lui refusant le bénéfice des conditions matérielles d'accueil. Par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction ainsi que celles relatives aux frais de l'instance doivent être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à Me Bernard et à l'Office français de l'immigration et de l'intégration.
Délibéré après l'audience du 12 septembre 2023, à laquelle siégeaient :
- Mme Macaud, présidente,
- Mme Créantor, conseillère,
- Mme Remigy, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 septembre 2023.
La rapporteure,
Signé
V. CREANTOR
La présidente,
Signé
A. MACAUD
La greffière,
Signé
E. BLOYET
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
E. BLOYET
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026