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AccueilJurisprudence administrativeN° TA14-2300010

Tribunal Administratif de Caen — Décision N° TA14-2300010

vendredi 28 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Caen
SectionTribunal Administratif de Caen
N° DossierTA14-2300010
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation2ème chambre
Avocat requérantCAVELIER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés les 4 janvier 2023, 31 mai 2023 et 22 mai 2024, ce dernier mémoire n'ayant pas été communiqué, Mme B A, représentée par Me Cavelier, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 15 novembre 2022 par lequel le préfet du Calvados a refusé de lui délivrer un titre de séjour ;

2°) d'enjoindre au préfet du Calvados de lui délivrer un titre de séjour d'un an, ou à défaut de réexaminer sa demande, dans le délai d'un mois à compter de la date de notification du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler ;

3°) de mettre à la charge de l'État, en faveur de son avocat, Me Cavelier, une somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que Me Cavelier renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État au titre de l'aide juridictionnelle.

Mme A soutient que l'arrêté du 15 novembre 2022 :

- est entaché d'incompétence ;

- méconnait l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation de l'existence de motifs exceptionnels ou humanitaires au sens de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- méconnait la circulaire du 28 novembre 2012 relative aux conditions d'examen des demandes d'admission au séjour déposées par des ressortissants étrangers en situation irrégulière ;

- méconnait les articles 18.3 et 59 de la convention d'Istanbul du Conseil de l'Europe sur la prévention et la lutte contre la violence à l'égard des femmes et la violence domestique.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 6 mars 2023 et le 9 juin 2023, le préfet du Calvados conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens exposés dans la requête ne sont pas fondés.

Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle partielle au taux de 55 % par une décision du 27 juin 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention d'Istanbul sur la prévention et la lutte contre la violence à l'égard des femmes et la violence domestique ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- la circulaire du 28 novembre 2012 relative aux conditions d'examen des demandes d'admission au séjour déposées par des ressortissants étrangers en situation irrégulière ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Pillais,

- et les observations de Me Cavelier, avocat de Mme A.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, ressortissante ivoirienne, a demandé le 7 avril 2022 la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 15 novembre 2022, le préfet du Calvados a rejeté sa demande. Mme A demande l'annulation de cet arrêté.

2. En premier lieu, par un arrêté du 27 avril 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture le même jour et consultable sur le site internet de la préfecture, le préfet du Calvados a donné délégation nominativement au chef du service de l'immigration de la préfecture du Calvados, à l'effet de signer tous les arrêtés et décisions relevant des attributions de ce service, dont fait partie la décision en litige. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté contesté doit être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République. "

4. Mme A soutient qu'elle est entrée sur le territoire français en mai 2017 avec sa fille, née en Italie de père inconnu suite à des viols subis en Lybie après qu'elle a fui le domicile conjugal et son pays où, alors qu'elle était encore mineure, elle a été mariée de force à un homme polygame et a subi les maltraitances de ses deux co-épouses, qu'avant d'arriver en France, elle a été secourue en Méditerranée et prise en charge dans un camp de réfugiés en Italie où, bien qu'elle ait obtenu la protection humanitaire et un titre de séjour valable jusqu'au 28 novembre 2018, elle se sentait en insécurité, qu'elle est francophone et que pour cette raison elle est venue en France trouver refuge dès lors qu'elle ne peut retourner dans son pays d'origine où elle craint de retrouver son époux et qu'elle a rempli des missions d'intérim sur des fonctions de femme de chambre. Il ressort toutefois des pièces du dossier que l'arrêté contesté n'a pas pour objet de séparer Mme A de sa fille, qu'elle ne dispose pas d'attaches familiales ou amicales en France, que si Mme A est accompagnée au plan social et éducatif et bénéficie d'un suivi psychologique post traumatique et qu'elle a pu mener des actions de bénévolat auprès d'un centre socio-culturel et de l'association La Ressourcerie, et que sa fille, née en 2016, est scolarisée depuis qu'elle a deux ans, son séjour en France est récent et qu'elle ne justifie pas d'une insertion socio-professionnelle notable en France. Par suite, compte tenu des conditions de séjour en France de Mme A, la décision contestée n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 423-23 doit être écarté.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. () ".

6. En présence d'une demande de régularisation présentée, sur le fondement de l'article L. 435-1, par un étranger qui ne serait pas en situation de polygamie et dont la présence en France ne présenterait pas une menace pour l'ordre public, il appartient à l'autorité administrative de vérifier, dans un premier temps, si l'admission exceptionnelle au séjour par la délivrance d'une carte portant la mention " vie privée et familiale " répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard de motifs exceptionnels, et à défaut, dans un second temps, s'il est fait état de motifs exceptionnels de nature à permettre la délivrance, dans ce cadre, d'une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " ou " travailleur temporaire ".

7. Il ressort des pièces du dossier que si Mme A a obtenu des autorités italiennes un permis de séjour humanitaire, ce titre de séjour provisoire lui a été accordé pour permettre l'instruction de sa demande d'asile en Italie et que Mme A a quitté l'Italie avant que la procédure d'instruction de sa demande soit achevée. Dès lors, la détention de ce permis de séjour n'est pas de nature à établir l'existence des motifs humanitaires dont Mme A se prévaut. Par ailleurs et pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 4, Mme A ne justifie pas de motifs exceptionnels au sens de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, de sorte que le préfet du Calvados n'a pas entaché son refus de séjour d'une erreur manifeste d'appréciation en estimant que l'intéressée ne justifiait pas de l'existence de motifs exceptionnels ou humanitaires au sens de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, alors, au demeurant, que la décision attaquée n'a pas en tant que telle pour effet le retour de l'intéressée dans son pays d'origine.

8. En quatrième lieu, le moyen tiré de la méconnaissance de la circulaire du 28 novembre 2012 relative aux conditions d'examen des demandes d'admission au séjour déposées par des ressortissants étrangers en situation irrégulière, qui énonce des orientations générales que le ministre de l'intérieur a pu adresser aux préfets pour les éclairer dans la mise en œuvre de leur pouvoir de régularisation, ne peut utilement être soulevé.

9. En cinquième lieu, Mme A ne peut pas non plus se prévaloir des stipulations des articles 18.3 et 59 de la convention d'Istanbul sur la prévention et la lutte contre la violence à l'égard des femmes et la violence domestique, qui sont dépourvues d'effet direct.

10. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme A doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte et celles tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A, à Me Cavelier et au préfet du Calvados.

Délibéré après l'audience du 13 juin 2024, à laquelle siégeaient :

M. Marchand, président,

Mme Pillais, première conseillère,

Mme Silvani, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 juin 2024.

La rapporteure,

Signé

M. PILLAIS

Le président,

Signé

A. MARCHANDLe greffier,

Signé

J. LOUNIS

La République mande et ordonne au préfet du Calvados en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

J. Lounis

Signé

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