vendredi 26 mai 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Caen |
| Section | Tribunal Administratif de Caen |
| N° Dossier | TA14-2300039 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 2ème chambre |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des pièces enregistrées les 9 janvier 2023, 10 février et 13 février 2023, M. A C, représenté par Me Blache, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 27 octobre 2022 par lequel le préfet du Calvados a refusé son admission au séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;
2°) d'enjoindre au préfet de lui délivrer un titre de séjour mention " vie privée et familiale " dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 100 euros par jour de retard ou, subsidiairement, de réexaminer sa demande dans les mêmes conditions ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
La décision de refus de titre de séjour :
- est entachée d'incompétence ;
- n'a pas été précédée d'une saisine de la commission du titre de séjour ;
- est entachée d'erreur de fait quant à son état de santé ;
- est entachée d'un défaut d'examen complet de sa situation personnelle ;
- a été prise en méconnaissance de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- a été prise en méconnaissance de l'article L. 423-23 du même code ;
- a été prise en méconnaissance de l'article L. 435-1 du même code ;
- a été prise en méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.
La décision portant obligation de quitter le territoire :
- a été prise en méconnaissance de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- a été prise en méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- porte atteinte à l'intérêt supérieur de sa fille mineure ;
- est illégale car fondée sur un refus de titre de séjour illégal ;
- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire enregistré le 10 février 2023, le préfet du Calvados conclut au rejet de la requête au motif que les moyens soulevés par M. C ne sont pas fondés.
Par ordonnance du 20 janvier 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 17 février 2023.
Un mémoire présenté par le préfet du Calvados a été enregistré le 9 mars 2023, ce mémoire n'a pas été communiqué.
Vu :
- le dépôt de la demande d'aide juridictionnelle enregistrée le 13 décembre 2022 ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant, signée à New-York le 26 janvier 1990 ;
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le décret n° 2020-717 du 28 décembre 2020 ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Pillais,
- et les observations de Me Blache, représentant M. C.
Considérant ce qui suit :
1. M. A C, ressortissant géorgien né le 19 décembre 1980, a déclaré être entré irrégulièrement en France le 22 novembre 2012. Après avoir été débouté du droit d'asile, il a fait l'objet d'une première mesure d'éloignement le 23 avril 2014 qu'il n'a pas respectée. M. C a ensuite obtenu une carte de séjour temporaire en qualité d'étranger malade à compter du 17 septembre 2014, renouvelée jusqu'au 20 juillet 2016. Par un arrêté du 18 novembre 2016, le préfet du Calvados a refusé de renouveler son titre de séjour et l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours. M. C s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire français et a, de nouveau, fait l'objet d'un refus de titre de séjour et d'une mesure d'éloignement le 23 mars 2018. Il a continué à se maintenir irrégulièrement sur le territoire et a fait l'objet d'une nouvelle obligation de quitter le territoire français le 4 septembre 2020, assortie d'une interdiction de retour. Le 14 juin 2022, l'intéressé a sollicité un nouveau titre de séjour pour raisons médicales. Par arrêté du 27 octobre 2022, dont M. C demande l'annulation, le préfet de Calvados a opposé un refus à cette demande, l'a obligé à quitter le territoire dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination.
Sur l'aide juridictionnelle :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président () ". Aux termes de l'article 61 du décret du 28 décembre 2020 portant application de cette loi : " () L'admission provisoire est accordée par le président du bureau ou de la section ou le président de la juridiction saisie, soit sur une demande présentée sans forme par l'intéressé, soit d'office si celui-ci a présenté une demande d'aide juridictionnelle ou d'aide à l'intervention de l'avocat sur laquelle il n'a pas encore été statué ".
3. M. C ayant déposé une demande d'aide juridictionnelle sur laquelle il n'a pas encore été statué et présenté sa demande de frais non compris dans les dépens sur le fondement de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, il y a lieu de l'admettre à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle en application des dispositions précitées.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :
4. En premier lieu, par un arrêté du 27 avril 2022 publié au recueil des actes administratifs de la préfecture n° 14-2022-084 du 27 avril 2022 et consultable sur le site internet de la préfecture, le préfet du Calvados a donné délégation au chef du service immigration de la préfecture du Calvados, à l'effet de signer tous les arrêtés et décisions relevant des attributions du service de l'immigration, à l'exception de certains actes dont ne font pas partie les décisions en litige. Le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté doit, par suite, être écarté.
5. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Dans chaque département est instituée une commission du titre de séjour qui est saisie pour avis par l'autorité administrative : 1° Lorsqu'elle envisage de refuser de délivrer ou de renouveler la carte de séjour temporaire prévue aux articles () L. 425-9 () à un étranger qui en remplit effectivement les conditions de délivrance ; / () / 4° Dans le cas prévu à l'article L. 435-1 ". Aux termes de l'article L. 435-1 du même code : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Lorsqu'elle envisage de refuser la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par un étranger qui justifie par tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans, l'autorité administrative est tenue de soumettre cette demande pour avis à la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-14. / Les modalités d'application du présent article sont définies par décret en Conseil d'Etat ". Aux termes de l'article R. 432-7 du même code : " L'autorité administrative compétente pour saisir la commission du titre de séjour en application de l'article L. 432-13 est le préfet ou, à Paris, le préfet de police. / La demande d'avis est accompagnée des documents nécessaires à l'examen de l'affaire, comportant notamment les motifs qui conduisent le préfet à envisager une décision de refus de délivrance ou de renouvellement d'un titre de séjour ou une décision de retrait d'un titre de séjour dans les conditions définies à l'article L. 432-13, ainsi que les pièces justifiant que l'étranger qui sollicite une admission exceptionnelle au séjour sur le fondement de l'article L. 435-1 réside habituellement en France depuis plus de dix ans. ". Aux termes de l'article L. 425-9 du même code : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat. / Sous réserve de l'accord de l'étranger et dans le respect des règles de déontologie médicale, les médecins de l'office peuvent demander aux professionnels de santé qui en disposent les informations médicales nécessaires à l'accomplissement de cette mission. Les médecins de l'office accomplissent cette mission dans le respect des orientations générales fixées par le ministre chargé de la santé () ".
6. Il ressort des pièces du dossier que M. C a déposé une demande de titre de séjour sur le fondement de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dont il ne remplissait pas les conditions de délivrance. Le préfet a estimé que les éléments dont l'administration disposait ne lui permettait pas de faire usage de son pouvoir discrétionnaire de prendre une mesure d'admission exceptionnelle au séjour. Or, les périodes durant lesquelles un étranger se maintient en France en méconnaissance d'une interdiction de retour sur le territoire français prise précédemment par l'autorité administrative ne sauraient, pour la durée de celles-ci, être prises en compte au titre de la condition de résidence habituelle énoncée par les dispositions de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, devenu l'article L. 435-1. En l'espèce, l'intéressé n'a pas exécuté quatre arrêtés préfectoraux portant obligation de quitter le territoire pris à son encontre, dont le dernier était assorti d'une interdiction de retour sur le territoire français. M. C qui ne peut se prévaloir de ces périodes au titre de la condition de résidence habituelle en France depuis plus de dix ans n'établit pas remplir cette condition. Dès lors, le requérant n'est pas fondé à soutenir que le préfet était tenu de soumettre son cas à la consultation préalable de la commission du titre de séjour.
7. En troisième lieu, aux termes de l'article R. 425-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Pour l'application de l'article L. 425-9, le préfet délivre la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " au vu d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. / L'avis est émis dans les conditions fixées par arrêté du ministre chargé de l'immigration et du ministre chargé de la santé au vu, d'une part, d'un rapport médical établi par un médecin de l'office et, d'autre part, des informations disponibles sur les possibilités de bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans le pays d'origine de l'intéressé ".
8. La partie qui justifie de l'avis d'un collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) qui lui est favorable doit être regardée comme apportant des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence ou l'absence d'un état de santé de nature à justifier la délivrance ou le refus d'un titre de séjour. Dans ce cas, il appartient à l'autre partie, dans le respect des règles relatives au secret médical, de produire tous éléments permettant d'apprécier l'état de santé de l'étranger et, le cas échéant, l'existence ou l'absence d'un traitement approprié et effectivement accessible dans le pays de renvoi. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si l'état de santé d'un étranger justifie la délivrance d'un titre de séjour dans les conditions ci-dessus rappelées, se détermine au vu de ces échanges contradictoires.
9. Le préfet soutient avoir pris sa décision " faute d'éléments médicaux contraires " et après s'être approprié l'avis de l'OFII en date du 18 octobre 2022 selon lequel, l'état de santé de M. C nécessite une prise en charge médicale dont le défaut ne devrait pas entrainer des conséquences d'une exceptionnelle gravité, d'une part, et son état de santé pouvait lui permettre de voyager vers son pays d'origine, d'autre part. M. C qui expose souffrir d'une hépatite chronique virale C produit un certificat médical du 16 janvier 2017 faisant état de prochaines orientations de traitement à définir au vu de résultats d'examens attendus. Il évoque une récente opération du dos et surtout des douleurs persistantes pour lesquelles il est suivi par un médecin généraliste. Toutefois, aucune des pièces du dossier ne permet de contredire l'avis du collège des médecins de l'OFII sur l'absence de conséquences d'une exceptionnelle gravité en cas de défaut de prise en charge médicale et l'absence ou la disponibilité en Géorgie d'un traitement approprié et accessible. Si M. C produit des éléments portant sur l'indisponibilité en Géorgie du produit commercialisé sous le nom B (substance active fentanyl), cet analgésique lui a été prescrit le 3 février 2023 postérieurement à la décision contestée. Par suite, les moyens tirés de la violation de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que d'une erreur de fait doivent être écartés.
10. En quatrième lieu, lorsqu'il est saisi d'une demande de délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'une des dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet n'est pas tenu, en l'absence de dispositions expresses en ce sens, d'examiner d'office si l'intéressé peut prétendre à une autorisation de séjour sur le fondement d'une autre disposition de ce code, même s'il lui est toujours loisible de le faire à titre gracieux, notamment en vue de régulariser la situation de l'intéressé. Par suite, M. C ne peut utilement invoquer la méconnaissance des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que M. C n'a pas sollicité son admission au séjour sur ce fondement mais en qualité d'étranger malade et donc au titre de l'article L. 425-9 du même code. Le moyen tiré de la violation de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.
11. En cinquième lieu, si les dispositions de l'article L. 435-1 du même code permettent à l'administration de délivrer une carte de séjour "vie privée et familiale" à un étranger pour des considérations humanitaires ou des motifs exceptionnels, il ressort des termes mêmes de cet article qu'il appartient à l'étranger de faire valoir les motifs exceptionnels justifiant que lui soit octroyé un titre de séjour et que le législateur n'a pas entendu déroger à cette règle ni imposer à l'administration, saisie d'une demande d'une carte de séjour, quel qu'en soit le fondement, d'examiner d'office si l'étranger remplit les conditions prévues par cet article. Il en résulte qu'un étranger ne peut pas utilement invoquer le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile à l'encontre d'un refus opposé à une demande de titre de séjour qui n'a pas été présentée sur le fondement de cet article. Il résulte également des dispositions de l'article L. 435-1 que, si le législateur a prévu que la commission nationale de l'admission exceptionnelle au séjour donne un avis sur les critères d'admission exceptionnelle au séjour, il a entendu laisser à l'administration un large pouvoir pour apprécier si l'admission au séjour d'un étranger répond à des considérations humanitaires ou si elle se justifie au regard des motifs exceptionnels que celui-ci fait valoir. Dans ces conditions, il appartient seulement au juge administratif, saisi d'un moyen en ce sens, de vérifier que l'administration n'a pas commis d'erreur manifeste dans l'appréciation qu'elle a portée sur l'un ou l'autre de ces points.
12. Par son arrêté, le préfet du Calvados a estimé que les éléments dont il disposait ne lui permettaient pas, dans l'exercice de son pouvoir discrétionnaire, d'apprécier l'opportunité d'une mesure de régularisation pour M. C. En l'espèce, l'intéressé est, selon ses dires, arrivé en France en novembre 2012 alors qu'il avait 31 ans et il n'est pas dépourvu d'attaches familiales en Géorgie. Il a fait obstacle à quatre mesures d'éloignement et sa compagne, avec qui il déclare vivre maritalement, est également ressortissante géorgienne, se trouve elle aussi en situation irrégulière et fait l'objet d'une mesure d'éloignement qu'elle n'a pas respectée. Les intéressés sont tous deux parents d'une fille de nationalité géorgienne née le 3 mars 2014 à Caen. Il ne ressort pas des pièces du dossier que M. C établit l'existence de motifs exceptionnels justifiant que lui soit octroyé un titre de séjour. Par suite, le préfet n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation, ni méconnu l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ni commis d'erreur de droit. Dès lors, les moyens tirés du défaut d'examen complet, de la violation de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et de l'erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés.
13. En sixième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
14. Comme il l'a été dit au point 12, M. C a vécu l'essentiel de sa vie en Géorgie où il n'est pas dépourvu d'attaches familiales. De plus sa concubine, originaire du même pays, se trouvait également en situation irrégulière à la date de l'arrêté litigieux. Enfin, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'il y aurait un obstacle à la reconstitution de la cellule familiale en Géorgie ainsi qu'à la poursuite de la scolarité de leur fille dans ce pays. Le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit, par suite, être écarté.
15. En dernier lieu, et pour les mêmes raisons que celles qui viennent d'être exposées, le préfet du Calvados n'a pas davantage entaché sa décision d'une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de celle-ci sur la situation personnelle de M. C.
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
16. En premier lieu, M. C soutient que l'obligation de quitter le territoire français a été prise en violation de l'article L. 429-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. L'article L. 429-5 ne régissant pas les mesures d'éloignement, ce moyen est inopérant et, par suite, doit être écarté.
17. En deuxième lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés ci-dessus au point 14, le moyen tiré d'une méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
18. En troisième lieu, aux termes de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant signée à New York le 26 janvier 1990, publiée par décret le 8 octobre 1990 : " 1. Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Il résulte de ces stipulations, qui peuvent être utilement invoquées à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir, que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.
19. M. C soutient que l'obligation de quitter le territoire français porte atteinte à l'intérêt supérieur de sa fille qui est née et scolarisée en France. Toutefois, ainsi qu'il l'a été dit au point 14, la fille de M. C, de nationalité géorgienne, n'a pas vocation à être séparée de ses parents, ni sa scolarité interrompue, dès lors que rien ne s'oppose à la reconstitution de la cellule familiale en Géorgie et à la poursuite d'une scolarité dans ce pays. Le moyen tiré de l'atteinte à l'intérêt supérieur de l'enfant doit, par suite, être écarté.
20. En quatrième lieu, et pour les mêmes raisons que celles qui viennent d'être exposées, le préfet du Calvados n'a pas davantage entaché sa décision d'une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de celles-ci sur la situation personnelle de M. C et sur la situation de sa fille.
21. En dernier lieu, la décision portant refus de titre de séjour n'étant pas illégale, l'obligation de quitter le territoire français n'est pas privée de base légale. Par suite, le moyen tiré de ce que cette dernière décision serait illégale, par voie de conséquence de l'illégalité de la première, doit être écarté.
22. Il résulte de ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 27 octobre 2022.
Sur les autres conclusions :
23. Il y a lieu, par voie de conséquence du rejet des conclusions à fin d'annulation présentées par M. C, de rejeter ses conclusions à fin d'injonction et d'astreinte ainsi que celles présentées au titre des frais d'instance.
D E C I D E :
Article 1er : M. C est admis à l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : La requête de M. C est rejetée.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A C, à Me Blache et au préfet du Calvados.
Copie pour information sera transmise au bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Caen.
Délibéré après l'audience du 16 mars 2023, à laquelle siégeaient :
M. Mondésert, président,
Mme Pillais, première conseillère,
Mme Silvani, conseillère,
Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 mai 2023.
La rapporteure,
Signé
M. PILLAIS
Le président,
Signé
X. MONDESERT La greffière,
Signé
A. LAPERSONNE
La République mande et ordonne au préfet du Calvados en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
la greffière,
A. Lapersonne
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