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AccueilJurisprudence administrativeN° TA14-2300057

Tribunal Administratif de Caen — Décision N° TA14-2300057

jeudi 4 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de Caen
SectionTribunal Administratif de Caen
N° DossierTA14-2300057
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation3ème Chambre
Avocat requérantSELARL CARATINI LE MASLE LAMY MOUCHENOTTE LEMAIRE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés le 9 janvier 2023 et le 20 février 2023, M. D B, représenté par Me Lemaire, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 1er décembre 2022 par lequel le préfet du Calvados a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet de lui délivrer un certificat de résidence mention " conjoint de français " ou " vie privée et familiale " ou de réexaminer sa demande de certificat de résidence dans un délai de deux semaines à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision de refus de titre de séjour a été signée par une autorité incompétente ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 7 bis de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen complet de sa demande ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour ;

- elle a été signée par une autorité incompétente ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision fixant le pays de renvoi est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire ;

- elle a été prise par une autorité incompétente ;

- elle est insuffisamment motivée.

Par des mémoires enregistrés les 1er et 22 février 2023, le préfet du Calvados conclut au rejet de la requête au motif qu'aucun des moyens soulevés par M. B n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié, relatif à la circulation, à l'emploi et au séjour en France des ressortissants algériens et de leurs familles ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de Mme A.

Considérant ce qui suit :

1. M. D B, ressortissant algérien né le 17 février 1978, entré en France le 7 juin 2015 sous couvert d'un visa court séjour, s'est marié, le 28 juillet 2018, avec une ressortissante de nationalité française. Le 10 octobre 2018, il a sollicité un certificat de résidence en qualité de conjoint de française sur le fondement de l'article 6-2 de l'accord franco-algérien. Par arrêté du 9 juillet 2019, le préfet du Calvados a rejeté sa demande et l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours. Par des jugements des 16 septembre 2019 et 14 novembre 2019, le tribunal administratif de Caen a annulé les décisions portant obligation de quitter le territoire et refus de séjour et a enjoint au préfet de délivrer à M. B le titre qu'il sollicitait. Le 30 septembre 2020, M. B a demandé un certificat de résidence valable dix ans en application de l'article 7 bis de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968. Par l'arrêté attaqué du 1er décembre 2022, le préfet du Calvados a rejeté sa demande, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office à l'expiration de ce délai.

Sur le moyen commun à l'ensemble des décisions attaquées :

2. Par un arrêté du 27 avril 2022, publié au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture n° 14-2022-084 du même jour et consultable sur le site internet de la préfecture, le préfet du Calvados a donné délégation à M. C de Kergorlay, chef du service immigration de la préfecture du Calvados, à l'effet de signer tous les arrêtés et décisions relevant des attributions du service de l'immigration, à l'exception de certains actes dont ne font pas partie les décisions en litige. Le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'acte doit, par suite, être écarté.

Sur les moyens dirigés contre la décision portant refus de certificat de résidence :

3. En premier lieu, la décision, qui vise les textes dont le préfet a fait application, mentionne que si M. B s'est marié le 28 juillet 2018 avec une ressortissante française, la vie commune des époux a cessé de sorte qu'il ne remplit pas les conditions posées à l'article 7 bis a) de l'accord franco-algérien. La décision indique, en outre, que M. B est sans enfant, salarié intérimaire et qu'il n'est pas dépourvu d'attaches familiales à l'étranger. La décision comporte ainsi les circonstances de fait et de droit qui en constituent le fondement. Le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit, dès lors, être écarté.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : " () Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : () 2) au ressortissant algérien, marié avec un ressortissant de nationalité française, à condition que son entrée sur le territoire français ait été régulière, que le conjoint ait conservé la nationalité française et, lorsque le mariage a été célébré à l'étranger, qu'il ait été transcrit préalablement sur les registres de l'état civil français () / Le premier renouvellement du certificat de résidence délivré au titre du 2) ci-dessus est subordonné à une communauté de vie effective entre les époux ". Aux termes de l'article 7 bis du même accord : " Les ressortissants algériens visés à l'article 7 peuvent obtenir un certificat de résidence de dix ans s'ils justifient d'une résidence ininterrompue en France de trois années. / Il est statué sur leur demande en tenant compte des moyens d'existence dont ils peuvent faire état, parmi lesquels les conditions de leur activité professionnelle et, le cas échéant, des justifications qu'ils peuvent invoquer à l'appui de leur demande. / (). / Le certificat de résidence valable dix ans est délivré de plein droit sous réserve de la régularité du séjour pour ce qui concerne les catégories visées au a), au b), au c) et au g) : / a) Au ressortissant algérien, marié depuis au moins un an avec un ressortissant de nationalité française, dans les mêmes conditions que celles prévues à l'article 6 nouveau 2) et au dernier alinéa de ce même article () ; / h) Au ressortissant algérien titulaire d'un certificat de résidence d'une validité d'un an portant la mention " vie privée et familiale ", lorsqu'il remplit les conditions prévues aux alinéas précédents ou, à défaut, lorsqu'il justifie de cinq années de résidence régulière ininterrompue en France. / Les certificats de résidence valables dix ans sont délivrés et renouvelés gratuitement ". Il résulte de ces stipulations de l'accord franco-algérien que la délivrance d'un certificat de résidence à un ressortissant algérien en qualité de conjoint de français est subordonnée au maintien de la communauté de vie entre les époux.

5. Il ressort des pièces du dossier que M. B a épousé une ressortissante française le 28 juillet 2018 et que le divorce a été prononcé par un jugement du tribunal judiciaire de Caen le 27 juin 2022, la communauté de vie ayant cessé le 31 mai 2019. Si le requérant se prévaut d'une relation amoureuse et d'une vie commune de plusieurs années avec son ex-femme, il est constant qu'à la date de la décision attaquée, la communauté de vie avait cessé, le requérant ayant d'ailleurs justifié, à l'appui de sa demande, d'une domiciliation chez ses parents. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 7 bis de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 doit être écarté.

6. En troisième lieu, lorsqu'il est saisi d'une demande de délivrance d'un certificat de résidence sur le fondement de l'une des stipulations de l'accord franco-algérien, le préfet n'est pas tenu, en l'absence de dispositions expresses en ce sens, d'examiner d'office si l'intéressé peut prétendre à une autorisation de séjour sur le fondement d'une autre stipulation de cet accord, même s'il lui est toujours loisible de le faire à titre gracieux, notamment en vue de régulariser la situation de l'intéressé.

7. Il est constant que M. B n'a pas formulé de demande de certificat de résidence sur le fondement de l'article 7 bis h) de l'accord franco-algérien. En outre, il ne ressort pas de la lecture de la décision attaquée que le préfet du Calvados aurait examiné la situation du requérant au regard de ces stipulations. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 7 bis h) de l'accord franco-algérien doit être écarté.

8. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

9. Il ressort des pièces du dossier que M. B, qui réside en France depuis sept ans, est, à la date de la décision, célibataire et sans enfant et a vécu trente-sept ans dans son pays d'origine, où il n'est pas dépourvu d'attaches familiales, une de ses sœurs y résidant. En outre, s'il déclare avoir des frères et sœurs en situation régulière en France, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'il entretiendrait avec eux des liens d'une particulière intensité ni qu'il aurait tissé des liens amicaux stables et intenses en France. Il ne ressort pas davantage des pièces du dossier que sa présence auprès de sa mère serait indispensable et qu'une tierce personne, notamment ses frères et sœurs, ne pourrait l'assister au quotidien. Enfin, M. B, qui a travaillé ponctuellement dans le cadre de missions d'intérim entre novembre 2018 et novembre 2022, ne justifie pas, en France, d'une insertion professionnelle particulière. Eu égard à l'ensemble de ces éléments, le préfet du Calvados n'a pas porté au droit de M. B au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts en vue desquels la décision a été prise. Ce moyen doit, dès lors, être écarté.

10. Il résulte de ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision refusant de lui délivrer un certificat de résidence.

Sur les moyens dirigés contre l'obligation de quitter le territoire français :

11. En premier lieu, en vertu de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision relative au séjour. La décision de refus de certificat de résidence étant, ainsi qu'il a été dit au point 3 du présent jugement, suffisamment motivée, le moyen tiré de l'insuffisante motivation de l'obligation de quitter le territoire français ne peut qu'être écarté.

12. En deuxième lieu, il résulte de ce qui a été dit au point 10 du présent jugement que M. B ne peut se prévaloir, par la voie de l'exception, de l'illégalité de la décision de refus de certificat de résidence pour demander l'annulation de l'obligation de quitter le territoire français.

13. En dernier lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 9 du présent jugement, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

14. Il résulte de ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

Sur les moyens dirigés contre la décision fixant le pays de renvoi :

15. En premier lieu, la décision fixant le pays de renvoi comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Elle est, par suite, suffisamment motivée.

16. En second lieu, il résulte de ce qui a été dit au point 14 du présent jugement que le moyen tiré de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ne peut qu'être écarté.

17. Il résulte de tout ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 1er décembre 2022 du préfet du Calvados. Il y a lieu, par voie de conséquence, de rejeter ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte ainsi que celles relatives aux frais de l'instance.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D B et au préfet du Calvados.

Délibéré après l'audience du 11 avril 2023 à laquelle siégeaient :

- Mme Macaud, présidente,

- Mme Absolon, première conseillère,

- Mme Créantor, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 mai 2023.

La rapporteure,

Signé

C. A

La présidente,

Signé

A. MACAUD

La greffière,

Signé

A. GODEY

La République mande et ordonne au préfet du Calvados en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

A. Godey

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