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AccueilJurisprudence administrativeN° TA14-2300110

Tribunal Administratif de Caen — Décision N° TA14-2300110

mercredi 5 février 2025

JuridictionTribunal Administratif de Caen
SectionTribunal Administratif de Caen
N° DossierTA14-2300110
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation2ème chambre
Avocat requérantSELARL JURIADIS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés le 18 janvier 2023, le 16 mai 2024 et le 21 mai 2024, Mme B... A... épouse D..., représentée par Me Lebey, demande au tribunal :

1°)
d’annuler la décision du 3 janvier 2023 par laquelle la section compétente pour le traitement des situations individuelles des étudiants de l’institut de formation en soins infirmiers du centre hospitalier Mémorial France Etats-Unis de Saint-Lô a prononcé son exclusion définitive de l’institut ;

2°) d’enjoindre au directeur de cet institut de procéder à sa réintégration dans un délai de 48 heures à compter de la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 50 euros par jour de retard ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans un délai de 48 heures à compter de la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge du centre hospitalier Mémorial France Etats-Unis de Saint-Lô une somme de 2 500 euros sur le fondement des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :
- la décision attaquée méconnaît les dispositions des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l’administration, dès lors qu’elle ne précise pas les faits reprochés ;
- elle est entachée de plusieurs vices de procédure, dès lors que la composition de la section réunie le 3 janvier 2023 n’était pas conforme à celle exigée par les textes, que sa convocation ainsi que celle des membres de la section étaient irrégulières, que cette réunion s’est tenue plus d’un mois après la survenue des faits, qu’elle n’a pas été informée des faits reprochés et de la décision envisagée avant le 3 janvier 2023, ni de son droit d’être assistée lors de la séance tenue à cette date ;
- la décision repose sur une erreur de droit et un détournement de procédure, dès lors que l’institut a entendu sanctionner une faute disciplinaire et non pas constater une insuffisance professionnelle ;
- la matérialité des faits reprochés n’est pas établie ;
- l’exclusion définitive repose sur une erreur manifeste d’appréciation et revêt un caractère disproportionné au regard des compétences démontrées lors de l’ensemble de ses stages.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 20 mars 2024 et le 14 juin 2024, le centre hospitalier Mémorial France Etats-Unis de Saint-Lô, représenté par la SELARL Juriadis, conclut au rejet de la requête et à ce qu’une somme de 1 500 euros soit mise à la charge de la requérante sur le fondement des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
- le code des relations entre le public et l’administration ;
- le code de la santé publique ;
- l’arrêté du 21 avril 2007 relatif aux conditions de fonctionnement des instituts de formation paramédicaux ;
- l’arrêté du 31 juillet 2009 relatif au diplôme d’Etat d’infirmier ;
- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de M. Pringault, conseiller ;
- les conclusions de M. Blondel, rapporteur public ;
- les observations de Me Lebey, avocate de Mme D..., et de la SELARL Juriadis, avocat du centre hospitalier Mémorial France Etats-Unis de Saint-Lô.


Considérant ce qui suit :

Mme B... A... épouse D... a intégré l’institut de formation en soins infirmiers (IFSI) du centre hospitalier Mémorial France Etats-Unis de Saint-Lô en septembre 2020 pour suivre une formation d’infirmier pendant une période de trois ans. Par une décision du 3 janvier 2023, la section compétente pour le traitement des situations individuelles des étudiants, estimant qu’elle ne démontrait pas sa capacité à pouvoir devenir une professionnelle de santé apte à délivrer des soins dans les conditions attendues de sécurité et de qualité, a décidé de l’exclure définitivement de l’institut. Par sa requête, Mme D... demande l’annulation de cette décision.




Sur les conclusions à fin d’annulation :

En premier lieu, aux termes de l’article L. 211-2 du code des relations entre le public et l’administration : « Les personnes physiques ou morales ont le droit d’être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l’exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police ; / 2° Infligent une sanction ; / 3° Subordonnent l’octroi d’une autorisation à des conditions restrictives ou imposent des sujétions ; / 4° Retirent ou abrogent une décision créatrice de droits (…) ». Aux termes de l’article L. 211-5 du même code : « La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l’énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ». La décision par laquelle la section compétente pour le traitement pédagogique des situations individuelles des étudiants exclut de la formation conduisant au diplôme d’État d’infirmier un étudiant ayant commis des actes incompatibles avec la sécurité des personnes prises en charge ne constitue pas une sanction et n’entre pas dans les autres catégories de décisions individuelles défavorables dont l’article L. 211-2 du code des relations entre le public et l’administration ou un texte particulier impose la motivation. Le moyen tiré de l’insuffisante motivation en fait de la décision attaquée ne peut dès lors qu’être écarté comme inopérant.

En deuxième lieu, aux termes de l’article 2 de l’arrêté du 21 avril 2007 relatif aux conditions de fonctionnement des instituts de formation paramédicaux : « Dans chaque institut de formation préparant à l’un des diplômes visés à l’article 1er sont constituées une instance compétente pour les orientations générales de l’institut et trois sections : / -une section compétente pour le traitement pédagogique des situations individuelles des étudiants (…) ». Aux termes de l’article 15 du même arrêté : « La section rend, sans préjudice des dispositions spécifiques prévues dans les arrêtés visés par le présent texte, des décisions sur les situations individuelles suivantes : / 1. Etudiants ayant accompli des actes incompatibles avec la sécurité des personnes prises en charge (…) / Le dossier de l’étudiant, accompagné d’un rapport motivé du directeur, est transmis au moins sept jours calendaires avant la réunion de cette section. / L’étudiant reçoit communication de son dossier dans les mêmes conditions que les membres de la section. La section entend l’étudiant, qui peut être assisté d’une personne de son choix. / L’étudiant peut présenter devant la section des observations écrites ou orales. / Dans le cas où l’étudiant est dans l’impossibilité d’être présent ou s’il n’a pas communiqué d’observations écrites, la section examine sa situation. / Toutefois, la section peut décider à la majorité des membres présents de renvoyer à la demande de l’étudiant l’examen de sa situation à une nouvelle réunion (…) ». Aux termes de l’article 16 du même arrêté : « (…) Lorsque la section se réunit, en cas de suspension ou non, elle peut proposer une des possibilités suivantes : / -soit alerter l’étudiant sur sa situation en lui fournissant des conseils pédagogiques pour y remédier ou proposer un complément de formation théorique et/ ou pratique selon des modalités fixées par la section ; / -soit exclure l’étudiant de l’institut de façon temporaire, pour une durée maximale d’un an, ou de façon définitive ».

Aux termes de l’article L. 121-1 du code des relations entre le public et l’administration : « Exception faite des cas où il est statué sur une demande, les décisions individuelles qui doivent être motivées en application de l’article L. 211-2, ainsi que les décisions qui, bien que non mentionnées à cet article, sont prises en considération de la personne, sont soumises au respect d’une procédure contradictoire préalable ».

Il résulte de la combinaison des dispositions législatives et règlementaires citées aux points 3 et 4, que, lorsque le cas d’un étudiant, qui aurait accompli des actes incompatibles avec la sécurité des personnes prises en charge, est soumis à la section compétente pour le traitement pédagogique des situations individuelles des étudiants, l’intéressé doit être mis à même de connaître les causes de cette saisine ainsi que les décisions susceptibles d’être prises à l’issue de la procédure, afin de pouvoir présenter utilement des observations et se faire assister, le cas échéant, par la personne de son choix.

Mme D... soutient tout d’abord n’avoir pas reçu de convocation personnelle et n’avoir pas été informée de son droit d’être assistée. Toutefois, l’administration a produit en défense la convocation du 8 décembre 2022 qu’elle lui a adressée et la preuve de sa réception par courrier recommandé avec accusé de réception. Ce document rappelle le droit de l’intéressée d’être entendue par la section compétente de l’institut de formation, sa possibilité d’être assistée d’une personne de son choix et de présenter des observations écrites ou orales. La requérante soutient ensuite qu’elle n’a pas été informée avant la réunion du 3 janvier 2023 des faits reprochés et des sanctions envisagées. Il ressort des pièces du dossier que si la convocation du 8 décembre 2022 mentionnait la saisine de la section compétente pour le traitement pédagogique des situations individuelles des étudiants ainsi que les références de l’arrêté du 21 avril 2007 précité, elle n’indiquait pas expressément la possibilité d’une exclusion temporaire ou définitive de formation. Toutefois, il est constant que la requérante a reçu, en même temps que cette convocation, le rapport rédigé par le directeur de l’institut de formation, lequel expose les faits motivant la saisine de la section compétente, ainsi que le rapport circonstancié établi le 28 novembre 2022 par une cadre du service au sein duquel elle a réalisé son dernier stage, demandant la suspension immédiate de son stage au regard de lacunes et d’un positionnement de nature à mettre en danger les patients, ayant conduit à un incident grave le jour même. L’administration fait également valoir sans être contredite que, dès le 29 novembre 2022, Mme D... a été conviée à un entretien organisé par le directeur de l’institut, au cours duquel ce dernier l’a invitée à consulter le chapitre 2 (articles 12 à 20) de l’arrêté du 21 avril 2007, dont les dispositions décrivent le fonctionnement de la section compétente pour le traitement pédagogique des situations individuelles des étudiants et les suites susceptibles d’être réservées à sa saisine. Elle a ainsi bénéficié de l’ensemble des informations requises préalablement à la réunion de la section compétente. Au surplus, le courrier d’observations qu’elle a fait lire en séance par une représentante élue revient sur les manquements reprochés lors de l’incident du 28 novembre 2022 et se conclut par le souhait que la section lui permette « de poursuivre [ses] études dans les meilleures conditions et les meilleurs délais », ce qui atteste de sa compréhension du contexte de la saisine de la section et de la possibilité que cette dernière décide de mettre fin à la poursuite de son cursus. Enfin, elle n’allègue pas n’avoir pu exposer au cours de cette réunion tous les éléments dont elle entendait se prévaloir pour expliquer les insuffisances reprochées. Dans ces conditions, elle n’est pas fondée à soutenir qu’un vice de procédure de nature à la priver d’une garantie aurait entaché d’illégalité la décision contestée. Par suite, le moyen tiré de l’atteinte aux droits de la défense et au principe du contradictoire doit être écarté.

En troisième lieu, aux termes de l’article 12 de l’arrêté du 21 avril 2007 relatif aux conditions de fonctionnement des instituts de formation paramédicaux : « La section compétente pour le traitement pédagogique des situations individuelles des étudiants est présidée par le directeur de l’institut de formation ou son représentant ». Aux termes de l’article 13 du même arrêté : « La liste des membres est fixée en annexe III du présent arrêté (…) ». L’annexe III à cet arrêté précise que les membres de la section sont les suivants : « Membres de droit : / -le directeur de l’institut de formation ou son représentant ; / -un conseiller scientifique paramédical, ou médical en l’absence de conseiller scientifique paramédical, désigné par le directeur de l’institut ; / -pour les instituts de formation rattachés à un établissement public de santé, le directeur des soins, coordonnateur général ou son représentant, directeur des soins, et pour les instituts de formation privés, le responsable de l’organisation des soins, ou son représentant ; / -un professionnel diplômé de la filière en exercice, désigné par le directeur de l’institut de formation, exerçant hors d’un établissement public de santé ; / -un enseignant de statut universitaire désigné, par le président d’université, lorsque l’institut de formation a conclu une convention avec une université ; / -un médecin participant à l’enseignement dans l’institut, désigné par le directeur de l’institut ; / -le ou les responsables de la coordination pédagogique des formations concernées ; / -deux cadres de santé ou responsables d’encadrement de la filière, désignés par le directeur de l’institut, exerçant depuis au moins trois ans : pour le premier dans un établissement public de santé et pour le second dans un établissement de santé privé. / Membres élus : / 1. Représentants des étudiants : / -deux étudiants par promotion. Ces représentants des étudiants, ainsi que leurs suppléants sont ceux élus au sein de l’instance compétente pour les orientations générales de l’institut. 2. Représentants des formateurs permanents élus par leurs pairs : / -un formateur permanent de l’institut de formation par promotion. Ces représentants des formateurs permanents, ainsi que leurs suppléants sont ceux élus au sein de l’instance compétente pour les orientations générales de l’institut ».

En l’espèce, la requérante invoque une double irrégularité dans la composition de la section réunie le 3 janvier 2023, tirée d’un nombre de membres excédant celui prévu par les textes et d’une absence de démonstration de la présence d’un formateur permanent de l’institut par promotion. Il ressort toutefois des pièces du dossier que cette section, composée de neuf membres de droit et de neuf membres élus conformément à l’annexe III précitée, a régulièrement siégé le 3 janvier 2023 avec quinze membres présents. Il ressort également des pièces du dossier que, parmi les trois formatrices permanentes de l’institut présentes lors de la séance au cours de laquelle sa situation a été examinée, l’une relevait de la promotion 2020-2023, l’autre de la promotion 2021-2024 et la dernière de la promotion 2022-2025. Par suite, le moyen tiré de l’irrégularité de la composition de la section réunie le 3 janvier 2023 manque en fait.

En quatrième lieu, aux termes de l’article 14 du même arrêté : « Cette section se réunit après convocation par le directeur de l’institut de formation (…) / Les membres de l’instance sont convoqués dans un délai minimum de quinze jours calendaires ». Si la requérante allègue que la convocation des membres de la section a été irrégulière, elle ne produit aucun élément circonstancié au soutien de cette affirmation, alors que l’administration démontre avoir convoqué les membres de l’instance en respectant le délai de quinze jours calendaires imposé par ces dispositions. La requérante n’est dès lors pas fondée à soutenir que les membres de la section compétente pour le traitement pédagogique des situations individuelles des étudiants n’auraient pas été régulièrement convoqués à la séance organisée le 3 janvier 2023.

En cinquième lieu, aux termes de l’article 16 de l’arrêté du 21 avril 2007 relatif aux conditions de fonctionnement des instituts de formation paramédicaux : « Lorsque l’étudiant a accompli des actes incompatibles avec la sécurité des personnes prises en charge, le directeur de l’institut de formation, en accord avec le responsable du lieu de stage, et le cas échéant la direction des soins, peut décider de la suspension du stage de l’étudiant, dans l’attente de l’examen de sa situation par la section compétente pour le traitement pédagogique des situations individuelles des étudiants. Cette section doit se réunir, au maximum, dans un délai d’un mois à compter de la survenue des faits (…) ».

Mme D... soutient que la procédure d’exclusion serait entachée d’une irrégularité dès lors que la section compétente s’est réunie le 3 janvier 2023, soit au-delà du délai d’un mois à compter de l’incident du 28 novembre 2022. Il ressort des pièces du dossier qu’à la suite d’un rapport circonstancié daté du 28 novembre 2022 établi par une cadre du service au sein duquel elle a réalisé son dernier stage, le directeur de l’institut a reçu l’intéressée en entretien dès le lendemain pour l’informer de la saisine de la section compétente, de ses droits et de la possibilité de se faire assister. Si la section s’est réunie le 3 janvier 2023, soit au-delà du délai d’un mois fixé par les dispositions précitées, le dépassement de ce délai n’est toutefois pas prescrit à peine de nullité. Par ailleurs et en tout état de cause, en l’absence de tout élément apporté par l’intéressée, le dépassement de ce délai ne peut être regardé comme ayant privé Mme D... d’une garantie ou comme ayant eu une influence sur le sens de la décision litigieuse.

En sixième lieu, si Mme D... soutient que les faits reprochés ne sont pas avérés, il ressort toutefois des pièces du dossier que lors de son stage au sein du service d’hospitalisation de jour du centre hospitalier de Saint-Lô, réalisé du 14 novembre au 28 novembre 2022, date de sa suspension, ont été relevés notamment la méconnaissance des règles d’asepsie lors de soins stériles, un manque de fluidité dans la réalisation des gestes infirmiers ainsi que des difficultés de communication avec ses collègues. Le 28 novembre 2022, une négligence grave dans la réalisation des contrôles administratifs préalables à la réalisation d’une transfusion sanguine lui a été reprochée, ce qui a conduit à la suspension de son stage le jour même. Mme D... conteste l’existence d’une telle négligence, soutenant avoir respecté les consignes de l’infirmière encadrante, laquelle lui aurait demandé de l’attendre avant de procéder à certaines vérifications supplémentaires. Si, en l’absence de témoignages de tiers corroborant la version des faits relatée par cette infirmière, les circonstances précises de l’incident du 28 novembre 2022 ne sont pas établies, il ressort des pièces du dossier que cet incident s’inscrit dans la continuité de difficultés récurrentes constatées pendant ses différentes périodes de stage, au cours desquelles plusieurs tuteurs de stage ont relevé notamment des « difficultés pour se remettre en question » et un manque « de prises d’initiatives pertinentes dans l’organisation et la gestion des soins », le rapport circonstancié du 28 novembre 2022 faisant quant à lui état d’insuffisances constatées par des infirmières encadrantes dès la première semaine de stage au service d’hospitalisation de jour du centre hospitalier de Saint-Lô. En outre, il ressort du compte-rendu de réunion de la section compétente pour le traitement pédagogique des situations individuelles des étudiants du 3 janvier 2023 que, malgré les interrogations de plusieurs membres, Mme D... n’a pas été en mesure d’expliquer la situation décrite par différents tuteurs de stage. Ainsi, des lacunes dans l’exercice de ses fonctions de nature à mettre en danger la sécurité des personnes hospitalisées ayant été relevées notamment au cours de ses derniers stages, et eu égard à la persistance des difficultés de la requérante, dont la matérialité est établie, et à leur gravité, l’autorité administrative a pu légalement décider de l’exclure définitivement de l’institut de formation en soins infirmiers du centre hospitalier Mémorial France Etats-Unis de Saint-Lô. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré de la disproportion de la décision en litige ne peut qu’être écarté.

En dernier lieu, Mme D... soutient que la décision attaquée est entachée d’erreur de droit et de détournement de procédure dès lors que la procédure suivie avait pour objectif de sanctionner une faute disciplinaire. Il ne ressort pas des pièces du dossier que la décision d’exclusion définitive, prise pour des motifs tenant à la sécurité médicale des patients comme il a été indiqué au point précédent, serait fondée sur des griefs relevant de la procédure disciplinaire régie par les articles 21 et suivants de l’arrêté du 21 avril 2007 précité. Eu égard à ses visas, aux motifs qu’elle expose et à la procédure suivie, cette décision ne saurait être regardée comme ayant pour objet de prononcer à l’encontre de l’intéressée une sanction disciplinaire. Par ailleurs, si la requérante soutient que la décision attaquée s’inscrit dans le cadre d’un traitement défavorable subi par rapport aux autres élèves infirmiers après qu’elle ait refusé, en 2020, de décaler sa première année de formation au cours de laquelle elle était enceinte, elle ne produit aucun élément de nature à faire présumer l’existence d’une discrimination liée à la situation de grossesse.

Il résulte de tout ce qui précède que Mme D... n’est pas fondée à demander l’annulation de la décision portant exclusion définitive de l’institut de formation en soins infirmiers du centre hospitalier Mémorial France Etats-Unis de Saint-Lô. Par suite, ses conclusions à fin d’annulation doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, celles à fin d’injonction.
Sur les frais liés à l’instance :
Les dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge du centre hospitalier Mémorial France Etats-Unis de Saint-Lô, qui n’est pas la partie perdante dans la présente instance, le versement d’une somme au titre des frais exposés par Mme D... et non compris dans les dépens. Dans les circonstances de l’espèce, il n’y a pas lieu de faire droit aux conclusions du centre hospitalier Mémorial France Etats-Unis de Saint-Lô présentées sur le fondement des mêmes dispositions.



D E C I D E :


Article 1er : La requête de Mme D... est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par le centre hospitalier Mémorial France Etats-Unis de Saint-Lô sur le fondement de l’article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme B... A... épouse D... et au centre hospitalier Mémorial France Etats-Unis de Saint-Lô.



Délibéré après l’audience du 21 janvier 2025, à laquelle siégeaient :

Mme Rouland-Boyer, présidente,
Mme Pillais, première conseillère,
M. Pringault, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 février 2025.

Le rapporteur,
Signé
S. PRINGAULT

La présidente,
Signé
H. ROULAND-BOYER


Le greffier,

Signé

J. LOUNIS

La République mande et ordonne à la ministre du travail, de la santé, des solidarités et des familles en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.


Pour expédition conforme,
Le greffier,



J. Lounis


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