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AccueilJurisprudence administrativeN° TA14-2300112

Tribunal Administratif de Caen — Décision N° TA14-2300112

lundi 9 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Caen
SectionTribunal Administratif de Caen
N° DossierTA14-2300112
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre JU

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance du 17 janvier 2023, le magistrat désigné du tribunal administratif d'Orléans a transmis au tribunal administratif de Caen le dossier de la requête de M. D A.

Par une requête, enregistrée le 10 janvier 2023, M. D A doit être regardé comme demandant au tribunal d'annuler l'arrêté du 23 novembre 2022 par lequel le préfet d'Indre-et-Loire a prononcé la suspension administrative de son permis de conduire pour une durée de six mois.

Il soutient que :

- la décision en litige est entachée d'erreur de fait dès lors qu'il ne consomme pas de cannabis mais uniquement du CBD, ce qui est attesté par l'analyse toxicologique réalisée le 22 novembre 2022 ;

- aucun produit stupéfiant n'a été retrouvé par la brigade cynophile dans son véhicule ;

- son permis de conduire lui est nécessaire dans le cadre de son emploi qui lui impose des déplacements réguliers.

Par un mémoire en défense, enregistré le 14 avril 2023, le préfet d'Indre-et-Loire conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la route ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. B en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Le magistrat statuant seul a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. B a été entendu au cours de l'audience publique, les parties n'étant ni présentes, ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. M. D A a fait l'objet d'un contrôle routier le 21 novembre 2022. Un dépistage aux produits stupéfiants a été réalisé lors de ce contrôle, qui s'est avéré positif. Les forces de l'ordre ont prononcé la rétention du permis de conduire de M. A. Par un arrêté du 23 novembre 2022, dont le requérant demande l'annulation, le préfet d'Indre-et-Loire a prononcé la suspension administrative de son permis de conduire pour une durée de six mois.

2. Aux termes des quatrième et cinquième alinéas de l'article L. 235-2 du code de la route : " Les officiers ou agents de police judiciaire de la gendarmerie ou de la police nationales territorialement compétents à leur initiative et, sur l'ordre et sous la responsabilité des officiers de police judiciaire, les agents de police judiciaire adjoints, peuvent également, même en l'absence d'accident de la circulation, d'infraction ou de raisons plausibles de soupçonner un usage de stupéfiants, procéder ou faire procéder, sur tout conducteur ou tout accompagnateur d'élève conducteur, à des épreuves de dépistage en vue d'établir si cette personne conduisait en ayant fait usage de substances ou plantes classées comme stupéfiants. / Si les épreuves de dépistage se révèlent positives ou lorsque le conducteur refuse ou est dans l'impossibilité de les subir, les officiers ou agents de police judiciaire font procéder à des vérifications consistant en des analyses ou examens médicaux, cliniques et biologiques, en vue d'établir si la personne conduisait en ayant fait usage de substances ou plantes classées comme stupéfiants. A cette fin, l'officier ou l'agent de police judiciaire peut requérir un médecin, un interne en médecine, un étudiant en médecine autorisé à exercer la médecine à titre de remplaçant ou un infirmier pour effectuer une prise de sang ". Aux termes de l'article R. 235-5 du même code : " Les vérifications mentionnées au cinquième alinéa de l'article L. 235-2 comportent une ou plusieurs des opérations suivantes : / - examen clinique en cas de prélèvement sanguin ; / - analyse biologique du prélèvement salivaire ou sanguin ". Aux termes du I de l'article R. 235-6 de ce code : " Le prélèvement salivaire est effectué par un officier ou agent de police judiciaire de la gendarmerie ou de la police nationales territorialement compétent à l'aide d'un nécessaire, en se conformant aux méthodes et conditions prescrites par l'arrêté prévu à l'article R. 235-4. / A la suite de ce prélèvement, l'officier ou l'agent de police judiciaire demande au conducteur s'il souhaite se réserver la possibilité de demander l'examen technique ou l'expertise prévus par l'article R. 235-11 ou la recherche de l'usage des médicaments psychoactifs prévus au même article. / Si la réponse est positive, il est procédé dans le plus court délai possible à un prélèvement sanguin dans les conditions fixées au II ". Aux termes du II du même article : " Le prélèvement sanguin est effectué par un médecin ou un étudiant en médecine autorisé à exercer à titre de remplaçant, dans les conditions fixées à l'article L. 4131-2 du code de la santé publique, requis à cet effet par un officier ou un agent de police judiciaire. Le prélèvement sanguin peut également être effectué par un biologiste requis dans les mêmes conditions. / Ce praticien effectue le prélèvement sanguin à l'aide d'un nécessaire mis à sa disposition par un officier ou un agent de police judiciaire, en se conformant aux méthodes prescrites par un arrêté pris dans les conditions prévues à l'article R. 235-4. / Un officier ou un agent de police judiciaire assiste au prélèvement sanguin ". Enfin, aux termes du premier alinéa de l'article R. 235-11 dudit code : " Dans un délai de cinq jours suivant la notification des résultats de l'analyse de son prélèvement salivaire ou sanguin, à condition, dans le premier cas, qu'il se soit réservé la possibilité prévue au deuxième alinéa du I de l'article R. 235-6, le conducteur peut demander au procureur de la République, au juge d'instruction ou à la juridiction de jugement qu'il soit procédé à partir du tube prévu au second alinéa de l'article R. 235-9 à un examen technique ou à une expertise en application des articles 60, 77-1 et 156 du code de procédure pénale ".

3. Il résulte de ces dispositions que la personne soupçonnée, à la suite d'un prélèvement salivaire de dépistage, d'un usage de stupéfiants, peut se réserver la possibilité de demander l'examen technique, l'expertise ou la recherche de l'usage des médicaments psychoactifs prévus par l'article R. 235-11 du code de la route. La circonstance que le conducteur n'a pas été mis à même de se réserver une telle possibilité ou qu'un souhait exprimé en ce sens n'a pas été pris en compte est de nature à entacher la régularité de la procédure engagée à son encontre. En revanche, elle ne saurait l'autoriser à se prévaloir, pour contester les résultats du prélèvement salivaire, des résultats d'une expertise réalisée de sa propre initiative, en-dehors de la procédure organisée par les dispositions précitées du code de la route.

4. Pour contester l'arrêté en litige, M. A se fonde sur une expertise toxicologique réalisée, à son initiative, par le laboratoire Biolaris le 22 novembre 2022. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que l'usage de stupéfiants par le requérant a été confirmé par l'analyse toxicologique réalisée par le Docteur C, pharmacien biologiste au laboratoire de pharmacologie-toxicologie du CHRU de Tours. Ainsi qu'il vient d'être exposé, le requérant ne saurait utilement se prévaloir des résultats de l'expertise toxicologique qu'il produit pour demander l'annulation de l'arrêté en litige. M. A ne peut davantage se prévaloir utilement de la circonstance que son travail n'est pas compatible avec la consommation de stupéfiants ou de ce que son permis lui est nécessaire pour exercer son activité professionnelle. Dès lors, la requête de M. A doit être rejetée.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A et au ministre de l'intérieur.

Copie en sera transmise pour information au préfet d'Indre-et-Loire.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 décembre 2024.

Le magistrat désigné,

signé

F. BLa greffière,

signé

F. LEBOSSE

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme,

La greffière,

C. Bénis

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