lundi 10 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Caen |
| Section | Tribunal Administratif de Caen |
| N° Dossier | TA14-2300200 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 3ème Chambre |
| Avocat requérant | ALCYA-CONSEIL-ASSOCIATIONS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 28 janvier 2023, M. C D et Mme B A, représentés par Me D, demandent au tribunal :
1°) d'annuler les conclusions de la lettre de fin d'instruction de la direction départementale des territoires et de la mer (DDTM) du Calvados du 16 juin 2022 ainsi que la décision du 23 novembre 2022 par laquelle le ministre de l'agriculture et de la souveraineté alimentaire a rejeté leur recours administratif ;
2°) d'enjoindre au ministre de l'agriculture et de la souveraineté alimentaire de supprimer toutes pénalités qui leur ont été appliquées et de leur allouer la subvention de 21 euros par colonie pour les 389 colonies engagées, soit la somme de 8 169 euros ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;
4°) de condamner l'Etat aux entiers dépens.
Ils soutiennent que :
- la décision du 23 novembre 2022 a été signée par une autorité incompétente ;
- les décisions attaquées sont insuffisamment motivées en droit et en fait notamment en l'absence d'éléments d'information suffisants justifiant que seules 110 colonies ont été retenues sur les 500 engagées ;
- elles méconnaissent le principe du contradictoire, érigé en principe général du droit et en principe à valeur constitutionnelle et conforté par les dispositions de l'article 135 du règlement (UE) n° 966/2012 du 25 octobre 2012 et par l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ; ils ont été empêchés de contester utilement les motifs de la décision compte tenu de leur imprécision ; l'ensemble des éléments susceptibles de fonder la sanction ne leur a pas été communiqué ;
- elles sont entachées d'un défaut d'examen des éléments du dossier ;
- elles sont entachées d'une erreur de droit, l'administration ayant ajouté des conditions non exigées par la notice d'information de la mesure (BN_API) ; le cahier des charges se borne à imposer un minimum de seize colonies par emplacement, sans exiger que ce nombre soit maintenu en permanence ; la notice ne s'oppose pas à ce qu'une déclaration spontanée des pertes hivernales intervienne après un contrôle terrain mais se borne à imposer sa réalisation dans un délai de quinze jours suivant la constatation des pertes ;
- elles méconnaissent l'instruction technique DGPE/SDPAC/2020-376 du 17 juin 2020 ;
- la sanction prononcée est entachée de disproportion compte tenu des circonstances exceptionnelles attestées par la reconnaissance de la situation de calamité agricole liée au gel du 4 au 14 avril 2021 et eu égard à la déclaration spontanée des pertes hivernales transmise dans les délais ainsi que du rétablissement complet des colonies au 15 mai 2022.
Par un mémoire enregistré le 5 décembre 2023, le préfet du Calvados conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que :
- la requête est irrecevable faute d'avoir été introduite dans les délais ;
- aucun des moyens soulevés par les requérants n'est fondé.
Par un mémoire enregistré le 10 mai 2024, le ministre de l'agriculture et de la souveraineté alimentaire conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que :
- les vices propres de la décision de rejet d'un recours hiérarchique ne peuvent être utilement invoqués à l'appui d'une requête tendant à l'annulation de cette décision et de la décision initiale ; les moyens tirés de l'incompétence du signataire de l'acte et de l'insuffisante motivation sont inopérants en tant qu'ils sont dirigés contre la décision du 23 novembre 2022 ;
- il s'associe aux écritures du préfet du Calvados s'agissant des autres moyens soulevés.
Un mémoire présenté pour M. D et Mme A, enregistré le 7 mai 2024, n'a pas été communiqué.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- le règlement (UE) n° 1306/2013 ;
- le règlement (UE) n° 809/2014 ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code rural et de la pêche maritime ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Remigy,
- les conclusions de Mme Absolon, rapporteure publique,
- les observations de M. D.
Considérant ce qui suit :
1. M. C D et Mme B A, qui sont apiculteurs dans le Calvados, ont souscrit en 2017 un engagement pour une durée de cinq ans dans la mesure agroalimentaire environnementale et climatique (MAEC) " Amélioration du potentiel pollinisateur des abeilles domestiques pour la préservation de la biodiversité " (BN_API). Par un courrier du 25 mars 2022, ils ont été informés par l'Agence de services et de paiement de Normandie de la tenue d'un contrôle sur place de leur exploitation le 29 mars 2022. A la suite de ce contrôle, M. D et Mme A ont déclaré, par mail du 6 avril 2022, une diminution du nombre de leurs ruches à la date du 25 mars 2022, pour la campagne PAC 2021, résultant de mortalités hivernales importantes. La lettre de fin d'instruction du 16 juin 2022 les informait du retrait de leur aide pour la campagne 2021 et de ce qu'une pénalité financière supplémentaire serait appliquée à hauteur de 8 190 euros. M. D et Mme A ont formé un recours hiérarchique auprès du ministre de l'agriculture et de la souveraineté alimentaire le 16 août 2022. Le silence gardé par le ministre sur leur demande pendant plus de deux mois a donné lieu à une décision implicite de rejet, à la suite de laquelle le ministre a expressément rejeté leur recours par courrier du 23 novembre 2022. Les requérants demandent l'annulation de la lettre de fin d'instruction du 16 juin 2022 ainsi que de la décision du 23 novembre 2022 par laquelle le ministre a rejeté leur recours administratif.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne la fin de non-recevoir tirée de la tardiveté de la requête :
2. Il ressort des pièces du dossier que les requérants ont contesté la lettre de fin d'instruction du 16 juin 2022 auprès du ministre de l'agriculture et de la souveraineté alimentaire par un courrier du 16 août 2022, dont la date d'envoi n'est pas connue. En tout état de cause, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'un accusé-réception comportant la mention des voies et délais de recours aurait été adressé aux requérants de sorte que la décision implicite de rejet n'était pas devenue définitive à la date à laquelle le ministre a expressément rejeté leur demande, par courrier du 23 novembre 2022. Par suite, la requête des requérants, introduite dans les deux mois suivant cette décision expresse, dont la date de notification ne figure pas davantage au dossier, a nécessairement été introduite dans les délais. La fin de non-recevoir opposée par le préfet du Calvados ne peut, dès lors, qu'être écartée.
En ce qui concerne la légalité des décisions attaquées :
3. Aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : () 2° Infligent une sanction ; () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision. ".
4. Il ressort des pièces du dossier que la lettre de fin d'instruction du 16 juin 2022 précisait que le contrôle de l'exploitation des requérants avait permis de constater que " certains points de contrôle du cahier des charges n'étaient pas respectés " et notamment que 390 colonies avaient été constatées en situation d'anomalie, soit un taux d'écart de 78 %, et informait les requérants du retrait de l'aide pour la campagne correspondante et de l'application d'une pénalité de 8 190 euros. Toutefois, cette décision ne comporte aucune précision sur les raisons pour lesquelles ces colonies ont été considérées comme étant en situation d'anomalie au regard du cahier des charges fixé par la notice d'information de la mesure (BN_API) et ne permettait donc pas aux requérants d'en contester utilement le bien-fondé. Par ailleurs, la décision du ministre de l'agriculture et de la souveraineté alimentaire du 23 novembre 2022 n'apporte pas de précisions complémentaires sur ce point en se bornant à indiquer aux requérants que leur déclaration de perte hivernale, intervenue postérieurement au contrôle réalisé le 29 mars 2022, ne pouvait pas être prise en compte en application de l'article 3 du règlement d'exécution (UE) n°809/2014. Si cette décision fait référence au rapport du contrôle sur place établi le 6 avril 2022, dont il est constant qu'il a été signé par M. D et notifié aux requérants via Télépac le 12 avril suivant, ce rapport se borne à mentionner que seules 110 colonies sur six emplacements éligibles ont été retenues sans préciser davantage les raisons ayant conduit à déclarer les autres emplacements inéligibles. Or, dès lors que la lettre de fin d'instruction était insuffisamment motivée, la décision du ministre était elle-même soumise à l'obligation de motivation imposée par les dispositions citées au point précédent. Par suite, le moyen tiré de ce que les décisions attaquées sont insuffisamment motivées doit être accueilli.
5. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que M. D et Mme A sont fondés à demander l'annulation de la lettre de fin d'instruction du 16 juin 2022 ainsi que de la décision du 23 novembre 2022 rejetant leur recours hiérarchique.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
6. Eu égard au motif qui la fonde, l'annulation des décisions attaquées implique seulement qu'il soit enjoint au préfet du Calvados de réexaminer la situation de M. D et de Mme A. Il y a lieu de lui enjoindre d'y procéder dans un délai de deux mois suivant la notification du présent jugement.
Sur les frais liés aux litiges :
7. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à M. D et Mme A en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D É C I D E :
Article 1er : La lettre de fin d'instruction de la direction départementale des territoires et de la mer (DDTM) du Calvados du 16 juin 2022 et la décision du 23 novembre 2022 du ministre de l'agriculture et de la souveraineté alimentaire sont annulées.
Article 2 : Il est enjoint au préfet du Calvados de réexaminer la situation de M. D et de Mme A dans un délai deux mois suivant la notification du présent jugement.
Article 3 : L'Etat versera la somme de 1 500 euros à M. D et Mme A en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions présentées par M. D et Mme A est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. C D et Mme B A, au préfet du Calvados et au ministre de l'agriculture et de la souveraineté alimentaire.
Délibéré après l'audience du 14 mai 2024, à laquelle siégeaient :
- Mme Rouland-Boyer, présidente,
- Mme Créantor, conseillère,
- Mme Remigy, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 juin 2024.
La rapporteure,
SIGNÉ
J. REMIGY
La présidente,
SIGNÉ
H. ROULAND-BOYER La greffière,
SIGNÉ
E. BLOYET
La République mande et ordonne au ministre de l'agriculture et de la souveraineté alimentaire en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
E. Bloyet
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026