mardi 25 avril 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Caen |
| Section | Tribunal Administratif de Caen |
| N° Dossier | TA14-2300226 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 3ème Chambre |
| Avocat requérant | CAVELIER |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistré le 30 janvier 2023, Mme B F, représentée par Me Cavelier, demande au tribunal :
1°) de lui accorder l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 28 décembre 2022 par lequel le préfet de l'Orne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;
3°) d'enjoindre au préfet de réexaminer sa situation et de délivrer une autorisation provisoire de séjour à M. F ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros à verser à son avocat en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative relative à l'aide juridique ou à lui verser directement si elle ne bénéficie pas de l'aide juridictionnelle.
Elle soutient que :
- le signataire de la décision de refus de titre de séjour ne justifie pas d'une délégation de signature régulièrement publiée ;
- la décision de refus de titre de séjour est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen complet de sa demande ; la décision ne répond pas à sa demande de titre de séjour formulée sur le fondement de l'article L. 425-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; en outre, elle n'a pas formulé de demande sur le fondement de l'article L. 435-1 du code précité ;
- elle méconnaît l'article L. 425-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;
- la décision portant obligation de quitter le territoire méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- la décision fixant le pays de destination méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire en défense, enregistré le 14 février 2023, le préfet de l'Orne conclut au rejet de la requête au motif que les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme D,
- et les observations de Me Cavelier, représentant Mme F.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B F, ressortissante kirghize d'origine ouïghoure née le 7 novembre 1980, a déclaré être entrée régulièrement en France le 24 septembre 2019 munie d'un visa de court séjour. Elle a déposé une demande d'asile qui a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides le 30 mars 2021, décision confirmée par la Cour nationale du droit d'asile le 23 août 2021. Elle a sollicité, le 9 août 2021, son admission au séjour en qualité de parent d'enfant malade. Par l'arrêté attaqué du 28 décembre 2022, le préfet de l'Orne a refusé de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination.
Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
2. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu, en application de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, d'admettre provisoirement la requérante au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne la décision de refus d'autorisation provisoire de séjour :
3. En premier lieu, par un arrêté n° 1122-2022-10062 du 7 novembre 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture du 8 novembre 2022, le préfet de l'Orne a donné délégation à M. A G, directeur de cabinet, à l'effet de signer, toutes décisions relevant des attributions de l'Etat dans le département de l'Orne, en cas d'absence ou d'empêchement de M. E, sous-préfet de Mortagne-au-Perche. Le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision doit, par suite, être écarté.
4. En deuxième lieu, la décision vise les textes dont le préfet de l'Orne a fait application et cite l'article L. 425-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers, sur le fondement duquel Mme F a demandé un titre de séjour. La décision rappelle en outre le sens de l'avis émis par le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration du 23 mai 2020, selon lequel l'état de santé de l'enfant C F nécessite une prise en charge médicale dont le défaut ne devrait pas entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qu'au vu des éléments du dossier, son état de santé lui permet un voyage sans risque vers son pays d'origine. L'arrêté indique également que Mme F est mariée avec deux enfants à charge, qu'elle ne justifie pas suffisamment de liens intenses, stables et anciens en France et que son époux et elle sont sans emploi ni ressources. Ainsi, l'arrêté attaqué, qui n'avait pas à mentionner tous les éléments de fait relatifs à la situation de l'intéressée, énonce les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement de manière suffisamment circonstanciée pour mettre la requérante en mesure d'en discuter les motifs. Dès lors, ce moyen doit être écarté.
5. En troisième lieu, si la décision attaquée, qui cite les dispositions de l'article L. 425-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et examine la situation de la requérante au regard de celles-ci, indique, en son article 1er, que " la demande de carte de séjour temporaire sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile formulée par Mme B F est refusée ", cette erreur purement matérielle est sans incidence sur la légalité de la décision attaquée. Par suite, le moyen tiré de ce que le préfet a entaché l'arrêté attaqué d'un défaut d'examen complet de la demande du requérant doit être écarté.
6. En quatrième lieu, aux termes de l'article aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. () ". Aux termes de l'article L. 425-10 du même code : " Les parents étrangers de l'étranger mineur qui remplit les conditions prévues à l'article L. 425-9 () se voient délivrer, sous réserve qu'ils justifient résider habituellement en France avec lui et subvenir à son entretien et à son éducation, une autorisation provisoire de séjour d'une durée maximale de six mois. / () Elle est renouvelée pendant toute la durée de la prise en charge médicale de l'étranger mineur, sous réserve que les conditions prévues pour sa délivrance continuent d'être satisfaites. / Elle est délivrée par l'autorité administrative, après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans les conditions prévues à l'article L. 425-9 ". Enfin, pour déterminer si un étranger peut bénéficier effectivement dans le pays dont il est originaire d'un traitement médical approprié, au sens de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il convient de s'assurer, eu égard à la pathologie de l'intéressé, de l'existence d'un traitement approprié et de sa disponibilité dans des conditions permettant d'y avoir accès, et non de rechercher si les soins dans le pays d'origine sont équivalents à ceux offerts en France ou en Europe.
7. Dans son avis du 23 mai 2022, le collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration a estimé que l'état de santé de l'enfant C F nécessitait une prise en charge médicale dont le défaut ne devrait pas entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qu'au vu des éléments du dossier, et à la date de l'avis, son état de santé lui permet un voyage sans risque vers son pays d'origine. Il ressort des pièces du dossier qu'Amina F, né 25 décembre 2019 à Alençon, est suivie, depuis sa naissance, pour une fracture obstétricale droite avec une paralysie du plexus brachial. Pour contester cette analyse, la requérante fait valoir que sa fille présente un retard cognitif et de " très possibles troubles autistiques " et qu'elle ne pourra pas bénéficier de soins appropriés en cas de retour au Kirghizstan. Toutefois, il ne ressort pas des pièces du dossier, en particulier des certificats médicaux et des comptes rendus de consultation dans le service de centre hospitalier régional et universitaire (CHRU) de Tours, que la jeune C est suivie pour des troubles autistiques. S'il ressort des pièces du dossier, en particulier de son carnet de santé et du compte-rendu de l'équipe pédagogique de l'établissement scolaire, qu'elle présente un trouble du développement intellectuel, en particulier de communication sociale, ces documents ne précisent pas le degré de gravité des troubles, aucun diagnostic n'ayant été posé à ce jour en France. En outre, il est constant que ces troubles ne font l'objet d'aucun traitement spécifique ni d'aucune prise en charge spécialisée. De plus, le rapport de l'Organisation suisse d'aide aux réfugiés du 2 février 2022 dont se prévaut la requérante n'est pas de nature à remettre en cause l'avis du collège de médecins sur l'appréciation portée quant à l'absence de conséquences d'une exceptionnelle gravité que le défaut de prise en charge médicale pourrait entrainer. Enfin, il ressort des pièces du dossier, en particulier du certificat du chirurgien orthopédique du CHRU de Tours du 6 janvier 2023, que l'état de santé d'Amina, qui a été opérée d'une séquelle de paralysie du plexus brachial du membre supérieur droit le 29 avril 2022, évolue favorablement. Eu égard à l'ensemble de ces éléments, le préfet de l'Orne n'a pas commis d'erreur d'appréciation en refusant de délivrer à Mme F une autorisation provisoire de séjour sur le fondement de l'article L. 425-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire :
8. En premier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".
9. Il ressort des pièces du dossier que Mme F est entrée en France en 2019, qu'elle a deux enfants et est séparée de son époux. Elle ne justifie pas de l'existence, en France, de liens sociaux d'une particulière intensité ni d'une insertion professionnelle. Par ailleurs, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'Amina ne pourrait pas poursuivre, dans des conditions satisfaisantes, un suivi orthopédique dans son pays d'origine ni que la cellule familiale ne pourrait pas se reconstituer au Kirghizistan, où les enfants de la requérante pourront poursuivre leur scolarité. Dans ces conditions, le préfet de l'Orne n'a pas porté une atteinte disproportionnée au droit de Mme F au respect de sa vie privée et familiale. Il ne ressort pas davantage des pièces du dossier que le préfet de l'Orne aurait commis une erreur manifeste d'appréciation de la situation de la requérante.
10. En second lieu, aux termes du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. ". Ainsi qu'il a été dit au point 7 du présent jugement, il ne ressort pas des pièces du dossier que la présence d'Amina en France serait indispensable sur le plan médical. Par suite, le moyen tiré de la violation des stipulations précitées doit être écarté.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :
11. Mme F fait état de risques personnels graves en cas de retour dans son pays d'origine en raison de son origine ouïghour. Toutefois, les risques allégués ne sont pas établis, sa demande d'asile ayant, par ailleurs, été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides et la Cour nationale du droit d'asile. Dans ces conditions, ce moyen doit être écarté.
12. Il résulte de tout ce qui précède que Mme F n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté du préfet de l'Orne du 28 décembre 2022. Il y a lieu, par voie de conséquence, de rejeter ses conclusions à fin d'injonction ainsi que celles de Me Cavelier relatives aux frais de l'instance.
D E C I D E :
Article 1er : Mme F est admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.
Article 2 : La requête de Mme F est rejetée.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme B F, à Me Cavelier et au préfet de l'Orne.
Copie en sera transmise au bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judicaire de Caen.
Délibéré après l'audience du 11 avril 2023, à laquelle siégeaient :
- Mme Macaud, présidente,
- Mme Absolon, première conseillère,
- Mme Créantor, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 avril 2023.
La rapporteure,
Signé
V. CREANTOR
La présidente,
Signé
A. MACAUD
La greffière,
Signé
A. GODEY
La République mande et ordonne au préfet de l'Orne en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026