lundi 9 décembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Caen |
| Section | Tribunal Administratif de Caen |
| N° Dossier | TA14-2300394 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1ère chambre JU |
| Avocat requérant | DE CAUMONT |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 15 février et 19 septembre 2023, M. A B, représenté par Me De Caumont, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision référencée 48 SI en date du 7 janvier 2023 par laquelle le ministre de l'intérieur a constaté l'invalidité de son permis de conduire pour solde de points nul, ainsi que l'ensemble des décisions de retrait de points qu'elle récapitule ;
2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de reconstituer le solde affecté à son permis de conduire et de lui restituer son titre dans un délai d'un mois à compter du jugement à intervenir ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;
4°) de rejeter toutes conclusions relatives aux frais de l'instance présentées par le ministre de l'intérieur.
Il soutient que :
- la décision portant invalidation du permis de conduire se fonde sur des décisions de retrait de points illégales ;
- les décisions de retrait de points méconnaissent les dispositions des articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route ;
- la simple mention sur le relevé d'information intégral de l'émission d'une amende forfaitaire ou d'une amende forfaitaire majorée ne saurait démontrer qu'il a bien reçu l'information prévue aux articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route ;
- l'attestation du trésorier des contrôles automatisés ne permet pas d'établir qu'il aurait reçu cette information dès lors que l'amende a pu être recouvrée par exécution forcée ;
- le ministre de l'intérieur n'établit pas qu'il aurait reçu cette information concernant l'infraction du 31 mars 2022, faute de justifier qu'il aurait reçu cette information à l'occasion d'une infraction identique suffisamment récente ;
- l'attestation de paiement établie par le Trésor public ne permet pas d'établir qu'il aurait reçu cette information dès lors que ce paiement peut résulter d'un recouvrement forcé ;
- le ministre n'établit pas avoir satisfait à son obligation d'information concernant les infractions des 10 septembre et 29 décembre 2020 dès lors que, d'une part, les procès-verbaux électroniques n'ont été signés que par l'agent verbalisateur et que, d'autre part, les amendes forfaitaires majorées émises en raison de ces infractions ont fait l'objet d'un recouvrement forcé.
Par un mémoire en défense, enregistré le 14 septembre 2023, le ministre de l'intérieur conclut au non-lieu à statuer sur les conclusions aux fins d'annulation de la décision référencée 48 SI et au rejet du surplus des conclusions de la requête.
Il soutient que :
- il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions en annulation de la décision référencée 48 SI, qui a été retirée postérieurement à l'introduction de la requête ;
- aucun des moyens de la requête n'est fondé.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la route ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné M. C en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.
Le magistrat statuant seul a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. C a été entendu au cours de l'audience publique, les parties n'étant ni présentes, ni représentées.
Considérant ce qui suit :
1. M. A B a fait l'objet de plusieurs décisions de retrait de points de son permis de conduire consécutives à des infractions commises entre le 10 septembre 2020 et le 25 octobre 2022. Le ministre de l'intérieur, par une décision référencée 48 SI du 7 janvier 2023, a prononcé l'invalidation de son permis de conduire pour solde de points nul. Par sa requête, M. B demande l'annulation de cette décision et des retraits de points qu'elle mentionne.
Sur l'étendue du litige :
2. D'une part, il résulte de l'instruction, notamment du relevé d'information intégral produit par le ministre de l'intérieur, que les points retirés à la suite de l'infraction relevée le 6 octobre 2020 ont fait l'objet d'une restitution en application des dispositions de l'article L. 223-6 du code de la route. Cette restitution de points étant intervenue antérieurement à l'introduction de la requête, les conclusions aux fins d'annulation et d'injonction dirigées contre cette décision sont sans objet et doivent être rejetées comme étant irrecevables.
3. D'autre part, les mentions relatives à la décision référencée 48 SI en litige n'apparaissent plus sur le relevé d'information intégral du permis de conduire du requérant édité le 14 septembre 2023. Par suite, le ministre de l'intérieur doit être regardé comme ayant procédé, postérieurement à l'introduction de la requête, au retrait de la décision portant invalidation du permis de conduire. En outre, l'infraction relevée le 25 octobre 2022 a fait l'objet d'une restitution de points postérieurement à l'introduction de la requête, en application des dispositions de l'article L. 223-6 du code de la route. Dès lors, les conclusions aux fins d'annulation et d'injonction dirigées contre ces décisions ont perdu leur objet. Il n'y a plus lieu d'y statuer.
Sur les autres conclusions aux fins d'annulation :
En ce qui concerne le moyen tiré du défaut d'information préalable :
4. La délivrance, au titulaire du permis de conduire à l'encontre duquel est relevée une infraction donnant lieu à retrait de points, de l'information prévue aux articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route constitue une garantie essentielle donnée à l'auteur de l'infraction pour lui permettre, avant d'en reconnaître la réalité par le paiement d'une amende forfaitaire ou l'exécution d'une composition pénale, d'en mesurer les conséquences sur la validité de son permis et éventuellement d'en contester la réalité devant le juge pénal. Elle revêt le caractère d'une formalité substantielle et conditionne la régularité de la procédure au terme de laquelle le retrait de points est décidé.
S'agissant des infractions relevées le 10 septembre 2020, le 23 septembre 2020, le 11 décembre 2020, le 26 février 2022, le 4 juillet 2022 :
5. Lorsqu'une infraction entraînant un retrait de points est constatée au moyen d'un appareil conforme aux dispositions citées ci-dessus, l'agent verbalisateur invite le contrevenant à apposer sa signature sur une page écran où figure l'ensemble des informations exigées par la loi. Dès lors, la signature apposée par l'intéressé et conservée par voie électronique établit que ces informations lui ont été délivrées. La mention certifiée par l'agent selon laquelle le contrevenant a refusé d'apposer sa signature sur la page qui lui était présentée possède la même valeur probante. Enfin, la mention " N/A " possède également la même valeur probante durant toute la période d'application des règles sanitaires alors applicables pour lutter contre la covid-19, dès lors qu'elle permet d'attester que le contrevenant a pu prendre connaissance de ces informations sans avoir à apposer sa signature sur le document.
6. Pour contester la légalité des retraits de points consécutifs aux infractions des 10 septembre 2020, 23 septembre 2020, 11 décembre 2020, 26 février 2022 et 4 juillet 2022, le requérant soutient qu'il n'a pas reçu l'information préalable exigée par les articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route. Toutefois, il résulte de l'instruction que ces infractions ont été constatées au moyen d'un procès-verbal électronique d'infraction dressé après interception du véhicule. Les procès-verbaux ainsi établis comportaient l'ensemble des informations devant être portées à la connaissance de la personne verbalisée. En outre, il résulte de l'instruction que les procès-verbaux établis lors des infractions relevées le 23 septembre 2020, le 26 février 2022 et le 4 juillet 2022 ont été signés par le requérant. Si les procès-verbaux électroniques dressés le 10 septembre 2020 et le 11 décembre 2020 ne comportent pas la signature du requérant, ils ont été établis dans le respect des règles sanitaires visant à lutter contre l'épidémie de covid-19 et présentent la mention " N/A " pour " non-apposée ", qui a la même valeur probante que la mention " refus de signer ". Dès lors, le moyen tiré du vice de procédure doit être écarté.
S'agissant des infractions relevées le 25 septembre 2020, le 29 décembre 2020 et le 8 décembre 2021 :
7. En application du second alinéa de l'article 529-2 du code de procédure pénale, en l'absence de paiement ou de requête en exonération dans le délai de quarante-cinq jours suivant, selon les cas, la date de constatation de l'infraction ou la date d'envoi de l'avis de contravention, l'amende forfaitaire est majorée de plein droit et recouvrée en vertu d'un titre rendu exécutoire par le ministère. Le paiement de l'amende forfaitaire majorée établit que le contrevenant a reçu un avis d'amende forfaitaire majorée. Avant même que ces mentions ne soient rendues obligatoires par un arrêté du 13 mai 2011 introduisant dans le code de procédure pénale un article A. 37-28, le formulaire d'avis d'amende forfaitaire majorée utilisé par l'administration rappelait la qualification de l'infraction au code de la route et précisait que l'émission de l'amende forfaitaire majorée pouvait entraîner un retrait de points du permis de conduire, que cette amende pouvait être contestée dans un délai de trois mois, que les retraits et reconstitutions de points faisaient l'objet d'un traitement automatisé et que le titulaire du permis pouvait accéder à ces informations. Ces indications mettent le contrevenant en mesure de comprendre qu'en l'absence de contestation de l'amende, il sera procédé au retrait de points et portent à sa connaissance l'ensemble des informations requises par les articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route. Dans ces conditions, lorsqu'il est établi que le titulaire du permis de conduire a payé l'amende forfaitaire majorée, il découle de cette seule constatation qu'il doit être regardé comme établi que l'administration s'est acquittée envers lui de son obligation de lui délivrer, préalablement au paiement de l'amende, les informations requises, à moins que l'intéressé, à qui il appartient à cette fin de produire l'avis qu'il a nécessairement reçu, démontre avoir été destinataire d'un avis inexact ou incomplet ou que cet avis a fait l'objet d'un recouvrement forcé.
8. Il résulte de l'instruction, notamment de deux attestations de paiement établies par la trésorerie du contrôle automatisé de Rennes le 28 février 2023, ainsi que du bordereau de situation établi par la trésorerie de Caen-Amendes le 27 février 2023, que M. B a payé les amendes forfaitaires majorées correspondant aux infractions relevées le 25 septembre 2020, le 29 décembre 2020 et le 8 décembre 2021. Alors que le requérant ne produit pas d'éléments de nature à mettre en doute l'exactitude des informations contenues dans ce document ou à établir que le paiement de l'amende forfaitaire majorée serait intervenu par la voie du recouvrement forcé engagée par le comptable public à son encontre, ou qu'il aurait reçu un titre exécutoire incomplet ou inexact, il découle de ces seules constatations que l'administration doit être regardée comme s'étant acquittée envers lui de son obligation de lui délivrer, préalablement au paiement de cette amende, les informations requises. Il s'ensuit que le requérant n'est pas fondé à soutenir que les retrait de points consécutifs à ces infractions seraient intervenus au terme d'une procédure irrégulière.
S'agissant de l'infraction relevée le 31 mars 2022 :
9. L'information prévue aux articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route doit porter, d'une part, sur l'existence d'un traitement automatisé des points et la possibilité d'exercer le droit d'accès et, d'autre part, sur le fait que le paiement de l'amende établit la réalité de l'infraction dont la qualification est précisée et entraîne un retrait de points correspondant à cette infraction. Ni l'article L. 223-3, ni l'article R. 223-3 du code de la route n'exigent que le conducteur soit informé du nombre exact de points susceptibles de lui être retirés, dès lors que la qualification de l'infraction qui lui est reprochée est dûment portée à sa connaissance.
10. Si le ministre de l'intérieur fait valoir que le requérant a déjà bénéficié de l'information prévue aux articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route lors de précédentes infractions, il ne résulte pas de l'instruction que M. B ait été informé de la nature de l'infraction relevée à son encontre le 31 mars 2022. Par suite, M. B est fondé à soutenir que la décision par laquelle le ministre de l'intérieur a prononcé le retrait d'un point de son permis de conduire en raison de l'infraction relevée à son encontre le 31 mars 2022 a été adoptée à l'issue d'une procédure irrégulière.
11. Il résulte de tout ce qui précède qu'il y a lieu d'annuler la décision prononçant un retrait d'un point à la suite de l'infraction constatée le 31 mars 2022.
Sur les conclusions aux fins d'injonction :
12. Le présent jugement implique nécessairement que l'administration procède à la reconstitution du capital de points de M. B. Par suite, il y a lieu, en application des dispositions de l'article L. 911-1 du code de justice administrative, d'enjoindre au ministre de l'intérieur de reconnaître à M. B le bénéfice d'un point illégalement retiré et de procéder à la reconstitution du capital de points du requérant, en tenant compte des éventuels retraits ou restitutions de points ayant pu intervenir entretemps et ce, dans le délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.
Sur les frais liés à l'instance :
13. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : Il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions aux fins d'annulation et d'injonction présentées contre la décision de retrait de point consécutive à l'infraction du 25 octobre 2022, ni sur celles présentées contre la décision 48 SI du 7 janvier 2023.
Article 2 : Les conclusions aux fins d'annulation et d'injonction présentées contre la décision de retrait de point consécutive à l'infraction du 6 octobre 2020, sont rejetées comme étant irrecevables.
Article 3 : La décision de retrait de point consécutive à l'infraction relevée le 31 mars 2022 est annulée.
Article 4 : Il est enjoint au ministre de l'intérieur, dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement, de reconnaître à M. B le bénéfice d'un point illégalement retiré et de procéder au réexamen de sa situation pour en tirer les conséquences sur son capital de points et son permis de conduire.
Article 5 : L'Etat versera la somme de 1 000 euros à M. B sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 6 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 7 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au ministre de l'intérieur.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 décembre 2024.
Le magistrat désigné,
signé
F. CLa greffière,
signé
F. LEBOSSE
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.
Pour expédition conforme,
La greffière,
C. Bénis
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026