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AccueilJurisprudence administrativeN° TA14-2300432

Tribunal Administratif de Caen — Décision N° TA14-2300432

mercredi 13 novembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Caen
SectionTribunal Administratif de Caen
N° DossierTA14-2300432
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation2ème chambre

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 20 février 2023 et le 27 juin 2024, Mme B A doit être regardée comme demandant au tribunal :

1°) d'annuler la décision par laquelle le ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse a fixé à 0,85 son coefficient de modulation individuel (CMI) de l'indemnité spécifique de service (ISS), au titre de l'année 2020 et la décision implicite de rejet de son recours gracieux ;

2°) d'enjoindre au ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse de fixer la valeur du CMI de son ISS au titre de l'année 2020 à 1 et sa dotation finale à 22 293 euros et de verser les sommes lui restant dues dans un délai n'excédant pas deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir.

Elle soutient que :

- les décisions attaquées sont illégales dès lors que la notification de son CMI de l'ISS au titre de l'année 2020 est tardive ;

- elles sont illégales dès lors que la fixation de son CMI à un niveau inférieur à la moyenne de son grade et sans rapport avec l'appréciation portée à sa manière de servir est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elles sont illégales dès lors qu'en ne lui attribuant pas un CMI au moins égal à 1, le principe d'égalité de traitement avec les agents de son grade promus en 2021 est méconnu ;

- elle aurait dû bénéficier a minima d'un CMI égal à 1 portant son ISS au titre de l'année 2020 à 22 293 euros.

Par un mémoire en défense, enregistré le 10 mai 2024, le ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- le moyen tiré de la tardiveté de la notification du CMI est inopérant ;

- les autres moyens exposés dans la requête ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 10 mai 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au 28 juin 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le décret n°2003-799 du 25 août 2003,

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Pillais, première conseillère ;

- et les conclusions de M. Blondel, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, ingénieure en chef des travaux publics de l'Etat du deuxième groupe, responsable du département des affaires immobilières de l'académie de Normandie, s'est vue notifier par courriel du 16 septembre 2022 son coefficient de modulation individuel (CMI) de l'indemnité spécifique de service (ISS), au titre de l'année 2020. Elle a saisi le 19 octobre 2022 le ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse d'un recours contre cette décision. Par la présente requête, elle demande l'annulation de la décision qui a fixé le CMI de son ISS, au titre de l'année 2020, à 0,85 et de la décision implicite de rejet de son recours gracieux.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

2. D'une part, aux termes de l'article 1er du décret du 25 août 2003 relatif à l'indemnité spécifique de service allouée aux ingénieurs des ponts et chaussées et aux fonctionnaires des corps techniques de l'équipement, dans sa version applicable à l'espèce : " Les ingénieurs des ponts, des eaux et des forêts et les fonctionnaires des corps techniques de l'équipement, ingénieurs des travaux publics de l'Etat, techniciens supérieurs du développement durable, dessinateurs, experts techniques des services techniques bénéficient, dans la limite des crédits ouverts à cet effet, d'une indemnité spécifique de service. Cette indemnité leur est versée par leur administration d'emploi l'année civile suivant celle correspondant au service rendu par les agents concernés. () / L'année 2020 constitue la dernière année d'acquisition de droit à l'indemnité spécifique de service. / () Les droits à l'indemnité spécifique de service correspondant au service rendu par les agents concernés au titre de l'année 2020 sont versés intégralement au plus tard le 31 décembre 2022, déduction faite des montants déjà payés / ()".

3. D'autre part, l'article 7 du même décret, alors en vigueur, dispose que : " Les montants de l'indemnité spécifique de service susceptibles d'être servis peuvent faire l'objet de modulation pour tenir compte des fonctions exercées et de la qualité des services rendus dans des conditions fixées par arrêté conjoint du ministre chargé de l'équipement, du ministre chargé du budget et du ministre chargé de la fonction publique ". L'article 3 de l'arrêté du 25 août 2023 fixant les modalités d'application du décret n° 2003-799 du 25 août 2023 relatif à l'indemnité spécifique de service allouée aux ingénieurs des ponts, des eaux et des forêts et aux fonctionnaires des corps techniques de l'équipement, alors en vigueur, dispose que : " Les coefficients de modulation individuelle prévus à l'article 7 du décret du 25 août 2003 susvisé sont fixés dans les conditions suivantes : / Ingénieur divisionnaire des travaux publics de l'État détaché sur l'emploi fonctionnel d'ingénieur en chef des travaux publics de l'Etat du premier ou du deuxième groupe / Modulation individuelle par rapport au taux moyen entre 73,5 % et 122,5% ".

4. Il ressort du compte rendu d'entretien annuel d'évaluation de Mme A pour l'année 2020 que sa manière de servir est très positivement appréciée, que toutes ses compétences ont été évaluées au niveau maîtrise ou expert et que ses objectifs ont été atteints, sous réserve de circonstances extérieures dont elle n'avait pas la maîtrise. Il s'ensuit qu'en fixant son CMI à 85 %, c'est-à-dire dans la partie basse de la fourchette des taux moyens alloués aux agents de son grade, alors que l'évaluation annuelle de la manière de servir de l'intéressée montre qu'elle a donné entière satisfaction à son employeur, l'administration a entaché ses décisions d'une erreur manifeste d'appréciation.

5. Il résulte de tout ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que Mme A est fondée à demander l'annulation de la décision qui a fixé à 0,85 le CMI de son ISS, au titre de l'année 2020, et de la décision implicite de rejet de son recours gracieux.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

6. L'exécution du présent jugement implique que la détermination du CMI de l'ISS de Mme A, au titre de l'année 2020 soit réexaminée. Il y a lieu, par suite, d'enjoindre à la ministre de l'éducation nationale de procéder à ce réexamen dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

D E C I D E :

Article 1er : La décision par laquelle le ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse a fixé à 0,85 le coefficient de modulation individuel de l'indemnité spécifique de service de Mme A au titre de l'année 2020 et la décision implicite de rejet du recours gracieux exercé contre cette décision sont annulées.

Article 2 : Il est enjoint à la ministre de l'éducation nationale de procéder au réexamen du coefficient de modulation individuel de l'indemnité spécifique de service de Mme A, au titre de l'année 2020, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et à la ministre de l'éducation nationale.

.

Délibéré après l'audience du 22 octobre 2024 à laquelle siégeaient :

M. Marchand, président,

Mme Pillais, première conseillère,

Mme Absolon, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 novembre 2024.

La rapporteure,

Signé

M. PILLAIS

Le président,

Signé

A. MARCHANDLe greffier,

Signé

J. LOUNIS

La République mande et ordonne à la ministre de l'éducation nationale en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

C. Bénis

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