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AccueilJurisprudence administrativeN° TA14-2300539

Tribunal Administratif de Caen — Décision N° TA14-2300539

jeudi 20 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de Caen
SectionTribunal Administratif de Caen
N° DossierTA14-2300539
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationAutres délais-Etrangers-2
Avocat requérantSALIGARI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 24 février 2023, M. B E D A, représenté par Me Saligari, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 9 février 2023 par lequel le préfet du Calvados l'a obligé à quitter le territoire dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement et lui a interdit le retour pour une durée d'un an ;

2°) d'enjoindre au préfet de réexaminer sa situation dans un délai d'un mois à compter du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, à défaut d'admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle, en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

Sur l'obligation de quitter le territoire :

- la décision est insuffisamment motivée et sa situation n'a pas fait l'objet d'un examen sérieux ;

- son droit d'être entendu a été méconnu ;

- la décision méconnait les articles L. 541-1, L. 541-2, L. 611-1 et R. 532-54 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, son droit au maintien sur le territoire en tant que demandeur d'asile a été méconnu ;

- la décision méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

Sur la décision fixant les pays de destination :

- la décision méconnait l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article L. 513-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

Sur l'interdiction de retour :

- la décision est insuffisamment motivée ;

- la décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 20 mars 2023, le préfet du Calvados conclut au rejet de la requête au motif qu'aucun des moyens n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique M. C a présenté son rapport.

Les parties n'étaient ni présentes ni représentées.

L'instruction a été close à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. B E D A, de nationalité tchadienne, est entré en France le 17 décembre 2018 sous couvert d'un visa étudiant. Son titre de séjour en qualité d'étudiant n'a pas été renouvelé, et la demande d'asile de l'intéressé a été rejetée en définitive par une décision du 24 août 2022 de la Cour nationale du droit d'asile. La demande de réexamen présentée par l'intéressé a été rejetée comme irrecevable par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) le 12 janvier 2023. Par l'arrêté attaqué du 9 février 2023, le préfet du Calvados a obligé M. D A à quitter le territoire dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement et lui a interdit le retour pour une durée d'un an.

Sur l'admission à l'aide juridictionnelle à titre provisoire :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ". Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de prononcer, en application de ces dispositions, l'admission provisoire de M. D A au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

En ce qui concerne le moyen commun à l'ensemble des décisions :

3. L'arrêté attaqué, qui mentionne les conditions dans lesquelles le requérant a résidé en France depuis 2018, précise les motifs de droit et de fait sur lesquels sont fondées les décisions contestées. Il est, par suite, suffisamment motivé. Il ressort des termes de cet arrêté qu'il a été précédé d'un examen de la situation personnelle de l'intéressé.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire :

4. En premier lieu, dans le cas prévu au 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la décision portant obligation de quitter le territoire français fait suite au constat de ce que la reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou de ce que celui-ci ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français, à moins qu'il ne soit titulaire d'un titre de séjour en cours de validité. Le droit d'être entendu n'implique alors pas que l'administration ait l'obligation de mettre l'intéressé à même de présenter ses observations de façon spécifique sur la décision l'obligeant à quitter le territoire français, dès lors qu'il a été entendu dans le cadre du dépôt de sa demande d'asile à l'occasion de laquelle l'étranger est conduit à préciser à l'administration les motifs pour lesquels il demande que lui soit reconnue la qualité de réfugié et à produire tous les éléments susceptibles de venir au soutien de cette demande. Il lui appartient, lors du dépôt de cette demande, laquelle doit en principe faire l'objet d'une présentation personnelle du demandeur en préfecture, d'apporter à l'administration toutes les précisions qu'il juge utiles. Il lui est loisible, au cours de l'instruction de sa demande, de faire valoir toute observation complémentaire, au besoin en faisant état d'éléments nouveaux. En l'espèce, il ne ressort pas des pièces du dossier que le requérant ait sollicité en vain un entretien avec les services préfectoraux ni qu'il ait été empêché de présenter des observations avant que ne soit prise la décision contestée. Par suite, il n'est pas fondé à soutenir que les décisions seraient intervenues en méconnaissance du droit d'être entendu garanti par l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne.

5. En deuxième lieu, la décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides du 12 janvier 2023 mentionnée au point 1 ayant été régulièrement notifiée au requérant le 16 janvier 2023, celui-ci ne bénéficiait plus, à la date de l'arrêté contesté, en application de l'article L. 542-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, du droit de se maintenir sur le territoire français.

6. En dernier lieu, les circonstances que le requérant réside en France depuis plus de quatre ans et qu'il ne constitue pas une menace pour l'ordre public ne sont pas à elles seules de nature à établir que la décision contestée méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ou serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

En ce qui concerne la décision fixant les pays de destination :

7. Le requérant soutient qu'il risque de subir des traitements inhumains et dégradants en cas de retour au Tchad. Toutefois il n'établit pas, ni d'ailleurs n'évoque, des circonstances propres à sa situation et son histoire personnelle qui seraient de nature à étayer de telles craintes. Par suite le moyen tiré de ce que la décision méconnait l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article L. 513-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne peut qu'être écarté.

En ce qui concerne l'interdiction de retour :

8. Si M. D A fait valoir que des circonstances humanitaires font obstacle à ce qu'on lui interdise le retour en France, il ne précise pas lesquelles. Par suite le moyen ne peut qu'être écarté.

Sur le surplus des conclusions :

9. Il résulte de ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation de M. D A doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et celles relatives aux frais du procès.

D E C I D E :

Article 1er : M. D A est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B E D A, à Me Saligari et au préfet du Calvados.

Copie en sera transmise au bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Caen.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 avril 2023.

Le président du tribunal,

Signé

H. CLa greffière,

Signé

A. D'OLIF

La République mande et ordonne au préfet du Calvados en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

la greffière,

A. Lapersonne

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