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AccueilJurisprudence administrativeN° TA14-2300600

Tribunal Administratif de Caen — Décision N° TA14-2300600

jeudi 20 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de Caen
SectionTribunal Administratif de Caen
N° DossierTA14-2300600
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationAutres délais-Etrangers-2
Avocat requérantBIDAULT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

D une requête enregistrée le 6 mars 2023, M. C A, représenté D Me Bidault, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 28 février 2023 D lequel le préfet du Calvados l'a obligé à quitter le territoire dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement et lui a interdit le retour en France durant un an ;

3°) d'enjoindre au préfet territorialement compétent de réexaminer sa situation dans le délai d'un mois et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour ;

4°) à titre subsidiaire de sursoir à l'exécution de l'arrêté contesté jusqu'à la date de lecture en audience publique de la décision rendue D la Cour nationale du droit d'asile sur sa demande d'asile ;

5°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, à défaut d'admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

Sur l'obligation de quitter le territoire :

- son droit d'être entendu a été méconnu;

- la décision est insuffisamment motivée ;

- la décision méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision méconnait l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- la décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Sur la décision fixant les pays de destination :

- la décision est illégale du fait de l'illégalité de la décision l'obligeant à quitter le territoire.

Sur l'interdiction de retour :

- la décision est insuffisamment motivée ;

- la décision méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Sur la demande de suspension :

- il a à faire valoir des éléments sérieux devant la Cour nationale du droit d'asile.

D un mémoire en défense, enregistré le 20 mars 2023, le préfet du Calvados soutient que le tribunal administratif de Caen n'est pas territorialement compétent et conclut au fond au rejet de la requête au motif qu'aucun des moyens n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant signée à New York le 26 décembre 1990 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique,

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique, M. B a présenté son rapport.

Les parties n'étaient ni présentes, ni représentées.

L'instruction a été close à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. E A, de nationalité géorgienne, a vu sa demande d'asile rejetée D l'Office français des réfugiés et apatrides D une décision du 5 décembre 2022 intervenue au terme d'une procédure accélérée, la Géorgie étant considérée comme un pays sûr au sens de l'article L.531-25 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. M. A a introduit devant la Cour nationale de droit d'asile un recours contre cette décision enregistré le 16 février 2023. Il demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 28 février 2023 D lequel le préfet du Calvados l'a obligé à quitter le territoire dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement et lui a interdit le retour en France durant un an ou, à titre subsidiaire, de sursoir à l'exécution de l'arrêté contesté jusqu'à la date de lecture en audience publique de la décision rendue D la Cour nationale du droit d'asile sur sa demande d'asile sur son recours.

Sur l'admission à l'aide juridictionnelle à titre provisoire :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit D le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit D la juridiction compétente ou son président ". Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de prononcer, en application de ces dispositions, l'admission provisoire de M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

En ce qui concerne le moyen commun à l'ensemble des décisions :

3. L'arrêté contesté mentionne les motifs de fait et de droit sur lesquels il se fonde. Le moyen tiré de l'insuffisance de motivation des décisions attaquées doit être écarté.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire :

4. En premier lieu, aux termes du paragraphe 1 de l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " Toute personne a le droit de voir ses affaires traitées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable D les institutions et organes de l'Union ". Il résulte de la jurisprudence de la Cour de justice de l'Union européenne que si les stipulations de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ne s'adressent pas aux Etats membres mais uniquement aux institutions, organes et organismes de l'Union et que le moyen tiré de leur violation D une autorité d'un Etat membres est ainsi inopérant, le droit d'être entendu fait partie intégrante du respect des droits de la défense, principe général du droit de l'Union. Il appartient aux Etats membre, dans le cadre de leur autonomie procédurale, de déterminer les conditions dans lesquelles le respect de ce droit est assuré. Ce droit se définit comme celui de toute personne de faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue au cours d'une procédure administrative avant l'adoption de toute décision susceptible d'affecter de manière défavorable ses intérêts. Il ne saurait cependant être interprété en ce sens que l'administration est tenue, dans tous les cas, d'entendre l'intéressé lorsque celui-ci a déjà eu la possibilité de présenter, de manière utile et effective, son point de vue sur la décision en cause.

5. En l'espèce, le requérant a demandé l'asile et, dans le cadre d'une procédure accélérée, l'Office français pour la protection des réfugiés et apatrides a rejeté sa demande. Il ne pouvait ainsi ignorer, après notification de cette décision, qu'il était susceptible de faire l'objet d'une obligation de quitter le territoire français. Il n'établit pas ni même n'allègue avoir sollicité en vain un entretien avec les services préfectoraux, ni avoir été empêché de s'exprimer avant que ne soit prise l'obligation de quitter le territoire français contestée et, en tout état de cause, ne fait pas état, dans le cadre de la présente instance, d'éléments qui, s'ils avaient été connus du préfet, auraient pu le conduire à prendre une décision différente. D suite, le moyen tiré de la violation D l'arrêté attaqué du droit de M. A à être entendu doit être écarté.

6. En secondlieu, s'il est exact que la fille majeure de M. A réside en France et bénéficie du statut de réfugié, rien ne fait obstacle, sous réserve de ce qui est dit au point 9, à ce que le requérant, et le cas échéant son autre fille mineure, lui rende visite sous couvert d'un visa de court séjour. Les moyens tirés de ce que la décision contestée méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doivent être écarté.

En ce qui concerne la décision fixant les pays de destination :

7. Il résulte de ce qui précède que le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision susvisée est illégale du fait de l'illégalité de la décision l'obligeant à quitter le territoire.

En ce qui concerne l'interdiction de retour :

8. Aux termes de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée D l'autorité administrative, qui ne peut excéder deux ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 621-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11 ".

9. Eu égard à la résidence en France de la fille de l'intéressé et aux circonstances particulières de l'espèce, M. A est fondé à soutenir que la décision susvisée méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Il y a lieu de l'annuler pour ce motif.

Sur la demande de suspension :

10. Aux termes de l'article L. 542-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque le droit de se maintenir sur le territoire a pris fin en application des b, c ou d du 1° de l'article L. 542-2, l'étranger peut demander la suspension de l'exécution de la décision d'éloignement. Cette demande est présentée dans les conditions et selon les modalités prévues aux articles L. 752-5 à L. 752-12 lorsque le droit de se maintenir sur le territoire a pris fin en application des b ou d du 1° de l'article L. 542-2. Elle est présentée dans les conditions et selon les modalités prévues aux articles L. 753-7 à L. 753-11 lorsque le droit de se maintenir sur le territoire a pris fin en application du c du 1° de l'article L. 542-2 ".

11. Si M. A sollicite, à titre subsidiaire, l'application des dispositions de l'article L. 542-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et la suspension de l'exécution de la mesure d'éloignement prise à son encontre, il n'invoque pas de circonstances qui n'auraient pas été portées à la connaissance de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides. Il ne fait donc pas état d'éléments sérieux de nature à justifier la suspension de la mesure d'éloignement contestée. Il suit de là que ses conclusions doivent être rejetées.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

12. Le présent jugement n'appelle aucune mesure d'exécution.

Sur les frais liés au litige :

13. M. A a été admis provisoirement à l'aide juridictionnelle. D suite, son avocate peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, sous réserve que Me Bidault, avocate du requérant, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État et sous réserve de l'admission définitive de son client à l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'État le versement à Me Bidault de la somme de 1 000 euros. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à M. A D le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 1 000 euros lui sera versée.

D E C I D E :

Article 1er : M. A est admis au benefice de l'aide juridictionnelle à titre proviso ire.

Article 2 : La decision du 28 février 2023 D laquelle le préfet du Calvados a interdit à M. A le retour en France durant un an est annulée.

Article 3 : Sous réserve de l'admission définitive de M. A à l'aide juridictionnelle et sous réserve que Me Bidault renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, ce dernier versera à Me Bidault une somme de 1 000 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée au requérant D le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 1 000 euros sera versée à M. A.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. E A, à Me Bidault et au préfet du Calvados.

Copie en sera transmise pour information, au bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Caen.

Rendu public D mise à disposition au greffe le 20 avril 2023.

Le président,

Signé

H. BLa greffière,

Signé

A. D'OLIF

La République mande et ordonne au préfet du Calvados en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

la greffière,

A. Lapersonne

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