mardi 28 novembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Caen |
| Section | Tribunal Administratif de Caen |
| N° Dossier | TA14-2300656 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 3ème Chambre |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 10 mars 2023 et le 24 août 2023, M. B A, représenté par Me Balouka, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 13 janvier 2023 par lequel le préfet du Calvados a refusé de lui délivrer un titre de séjour ;
2°) d'enjoindre au préfet du Calvados de lui délivrer un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son conseil au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 ou à lui verser directement s'il ne bénéficie pas de l'aide juridictionnelle.
Il soutient que :
- il ne résulte pas de l'arrêté attaqué que l'avis du collège des médecins de l'OFII a été rendu conformément aux articles R. 425-11, R. 425-12 et R. 425-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; en outre, l'avis du collège des médecins de l'OFII a été rendu plus de trois mois après la transmission de son certificat médical, entachant la décision d'irrégularité ;
- le préfet a méconnu les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- la décision attaquée méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le préfet a méconnu les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Par un mémoire enregistré le 20 mars 2023, le préfet du Calvados conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
- le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant est inopérant ;
- les autres moyens soulevés ne sont pas fondés.
M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle partielle, à hauteur de 55 %, par une décision du 21 mars 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- l'arrêté du 27 décembre 2016 relatif aux conditions d'établissement et de transmission des certificats médicaux, rapports médicaux et avis mentionnés aux articles R. 313-22, R. 313-23 et R. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de Mme Macaud.
Considérant ce qui suit :
1. M. B A, ressortissant congolais né le 22 juin 1976 qui déclare être entré en France en juin 2011, a demandé, le 6 octobre 2015, un titre de séjour pour raison médicale. Il a été mis en possession de récépissés du 21 octobre 2016 au 8 août 2018 puis a bénéficié d'une carte de séjour valable du 8 juillet 2018 au 7 juillet 2019 et d'une carte de séjour pluriannuelle pour raison médicale valable du 29 août 2019 au 28 août 2021. Il a sollicité le renouvellement de sa carte de séjour pour raison médicale le 29 mai 2021. Après un premier avis défavorable du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration émis le 30 août 2021, les services de la préfecture, eu égard au délai d'instruction de la demande, ont invité M. A à se présenter le 11 août 2022 afin de solliciter un avis actualisé du collège des médecins. Au vu d'un nouvel avis défavorable émis le 27 septembre 2022, le préfet du Calvados a, par la décision attaquée du 13 janvier 2023, refusé de délivrer un titre de séjour à M. A.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".
3. Il ressort des pièces du dossier que M. A, ressortissant congolais, est en situation régulière en France depuis le 21 octobre 2016, sa présence sur le territoire français depuis 2011 n'étant, par ailleurs, pas contestée par le préfet du Calvados. En outre, il est père d'une fille née le 8 juin 2021, dont la mère vit en France sous couvert d'une carte de résident valable jusqu'en 2031, et a la garde de son fils, né d'une précédente union en 2010, qui vit également chez la mère de sa fille, à Epinay sous Sénart (91), la mère de son fils résidant au Congo. Si M. A a son domicile fixé à Caen, il soutient, sans être sérieusement contredit, qu'il vit, la semaine, avec ses deux enfants chez la mère de sa fille, M. A, qui produit ses bulletins de salaire, son contrat de travail et une attestation d'assurance scolaire sur lesquels son adresse est celle de la mère de sa fille, exerçant son activité professionnelle dans la région parisienne. Enfin, il ressort également des pièces du dossier, et n'est d'ailleurs pas contesté par le préfet du Calvados, que M. A participe à l'entretien et l'éducation de ses deux enfants. Dans ces conditions, le moyen tiré de ce que la décision refusant de délivrer un titre de séjour à M. A porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale doit être accueilli.
4. Il résulte de tout ce qui précède que M. A est fondé à demander l'annulation de l'arrêté du préfet du Calvados du 13 janvier 2023 refusant de lui délivrer un titre de séjour.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
5. Eu égard au motif d'annulation retenu par le présent jugement, l'exécution du présent jugement n'implique pas le renouvellement du titre de séjour sur le fondement de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le moyen tiré de la méconnaissance de cet article ayant été implicitement écarté. Il y a lieu, en revanche, d'enjoindre au préfet du Calvados de réexaminer la situation de M. A en tenant compte des motifs exposés au point 3 du présent jugement. Un délai d'un mois à compter de la notification du jugement est imparti au préfet pour y procéder.
Sur les frais de l'instance :
6. M. A a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle partielle au taux de 55 %. Par suite, son avocate peut se prévaloir des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme totale de 1 200 euros, dont 660 euros à verser Me Balouka, avocate de M. A, sous réserve que Me Balouka renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, et 540 euros à verser à M. A eu égard aux frais qu'il a personnellement exposés, autres que ceux partiellement pris en charge au titre de l'aide juridictionnelle.
D E C I D E :
Article 1er : L'arrêté du 13 janvier 2023 est annulé.
Article 2 : Il est enjoint au préfet du Calvados de réexaminer la situation de M. A dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement.
Article 3 : L'Etat versera à Me Balouka la somme de 660 euros en application des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que Me Balouka renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.
Article 4 : L'Etat versera à M. A la somme de 540 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 6 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à Me Balouka et au préfet du Calvados.
Copie en sera adressée pour information au bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Caen.
Délibéré après l'audience du 14 novembre 2023 à laquelle siégeaient :
- Mme Macaud, présidente,
- Mme Créantor, conseillère,
- Mme Remigy, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 novembre 2023.
La présidente-rapporteure,
SIGNÉ
A. MACAUD
L'assesseure la plus ancienne,
SIGNÉ
V. CREANTOR
La greffière,
SIGNÉ
E. BLOYET
La République mande et ordonne au préfet du Calvados en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
E. BLOYET
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