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AccueilJurisprudence administrativeN° TA14-2300666

Tribunal Administratif de Caen — Décision N° TA14-2300666

vendredi 28 juillet 2023

JuridictionTribunal Administratif de Caen
SectionTribunal Administratif de Caen
N° DossierTA14-2300666
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation2ème chambre
Avocat requérantTSARANAZY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance en date du 13 mars 2023, le tribunal administratif de Rouen a transmis la requête de M. B A au tribunal administratif de Caen, en application de l'article R. 351-3 du code de justice administrative.

Par une requête enregistrée le 13 mars 2023, M. A demande au tribunal administratif de Caen :

1°) de l'admettre à l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 27 janvier 2023 par lequel le préfet du Calvados a fixé le pays à destination duquel il doit être reconduit en exécution de l'interdiction judiciaire du territoire prononcée à son encontre.

M. A soutient que :

- il a formulé une demande de reconnaissance de sa qualité d'apatride auprès de l'OFPRA ; il ne peut retourner en Somalie qui ne le reconnaît pas comme l'un de ses ressortissants et fera obstacle à son retour ;

- la décision en litige méconnaît l'article 3 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales compte tenu des risques de persécution qu'il encourt en cas de retour en Somalie.

Par un mémoire enregistré le 4 avril 2023, le préfet du Calvados conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

Vu :

- la lettre enregistrée le 14 mars 2023 par laquelle Me Tsaranazy se constitue pour la défense de M. A ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Silvani a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, né le 4 avril 1986, se déclarant de nationalité somalienne, indique être entré irrégulièrement sur le territoire français en 2014. Le 19 septembre 2014, il a présenté une demande d'asile qui a été définitivement rejetée par une décision de la Cour nationale du droit d'asile en date du 29 août 2018. Le 9 février 2019, le préfet de la Manche a prononcé à son encontre une obligation de quitter le territoire sans délai assortie d'une interdiction de retour pour une durée d'une année, à la suite de son interpellation par les services de police pour trafic de stupéfiants. Le 17 juin 2019, le tribunal correctionnel de Coutances a condamné l'intéressé à une peine de trois ans d'emprisonnement et de cinq ans d'interdiction du territoire français. Le 17 octobre 2022, il a été condamné par le tribunal correctionnel de Caen à une peine de douze mois d'emprisonnement, trois ans d'interdiction de séjour dans le département du Calvados assortie d'une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de dix ans. Par un arrêté du 27 janvier 2023, dont M. A demande l'annulation, le préfet du Calvados a pris à son encontre une décision fixant comme pays de destination la Somalie, pays dont il a déclaré avoir la nationalité.

Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président () ".

3. Dès lors que l'avocat du requérant, qui s'est constitué après l'introduction par M. A de sa requête, n'a pas produit d'observations, il n'y a pas lieu de faire droit à la demande d'admission à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

4. En premier lieu, aux termes de l'article L. 582-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La qualité d'apatride est reconnue à toute personne qui répond à la définition de l'article 1er de la convention de New York du 28 septembre 1954 relative au statut des apatrides. Ces personnes sont régies par les dispositions applicables aux apatrides en vertu de cette convention ".

5. M. A se prévaut de sa situation d'apatridie et soutient qu'il a présenté une demande auprès de l'Office Français de Protection et des Apatrides (OFPRA) le 18 janvier 2023 afin que lui soit reconnue cette qualité. Toutefois, le requérant n'apporte aucun élément de nature à établir qu'il a effectivement saisi l'OFPRA d'une telle demande, alors que le préfet du Calvados produit un courriel des services de l'OFPRA en date du 29 mars 2023 indiquant ne pas avoir connaissance d'une demande d'apatridie présentée au nom de l'intéressé. En outre, le requérant, qui est né et a vécu une partie de son existence en Somalie et qui s'est prévalu d'une telle nationalité à l'appui de sa demande d'asile, ne justifie pas se trouver dans une situation d'apatridie, la circonstance, à la supposer établie, selon laquelle l'ambassade de Somalie en Belgique aurait refusé de lui délivrer des papiers d'identité n'étant pas de nature à l'établir. Dans ces conditions, le requérant n'est pas fondé à soutenir qu'en ne tenant pas compte de sa situation d'apatridie, le préfet du Calvados a entaché sa décision d'illégalité.

6. En deuxième lieu, aux termes de l'article 3 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

7. Si M. A soutient qu'il encourt un risque en cas de retour en Somalie au motif qu'il est issu d'un clan minoritaire persécuté et qu'il présente des troubles psychologiques, il n'apporte aucun élément au soutien de ses allégations. Dans ces conditions, et alors que sa demande d'asile a été rejetée par la Cour nationale du droit d'asile, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 3 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

8. Il résulte de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 27 janvier 2023 par lequel le préfet du Calvados a décidé de la reconduction de l'intéressé à destination de la Somalie.

D E C I D E :

Article 1er : M. A n'est pas admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet du Calvados.

Copie en sera transmise pour information au bureau d'aide juridictionnelle.

Délibéré après l'audience du 15 juin 2023, à laquelle siégeaient :

M. Mondésert, président,

Mme Pillais, première conseillère,

Mme Silvani, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 juillet 2023.

La rapporteure,

Signé

C. SILVANI

Le président,

Signé

X. MONDESERTLa greffière,

Signé

A. LAPERSONNE

La République mande et ordonne au préfet du Calvados en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

la greffière,

A. Lapersonne

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