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AccueilJurisprudence administrativeN° TA14-2300819

Tribunal Administratif de Caen — Décision N° TA14-2300819

vendredi 23 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Caen
SectionTribunal Administratif de Caen
N° DossierTA14-2300819
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantEDEN AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 28 mars 2023, M. C B, représenté par Me Madeline, demande au tribunal :

1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 27 mars 2023 par lequel le préfet du Calvados l'a assigné à résidence pour une durée de six mois ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 000 euros à verser à la SELARL EDEN avocats sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Il soutient que :

- la décision portant assignation à résidence a été prise par une autorité incompétente ;

- elle est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle est dépourvue de base légale compte tenue de l'illégalité des décisions portant obligation de quitter le territoire français et interdiction de retour sur le territoire français prises à son encontre ;

- elle a été prise en méconnaissance du droit d'être entendu ;

- elle méconnaît l'article L. 731-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme et du citoyen et est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

Par deux mémoires, enregistrés les 19 avril et 3 mai 2023, le préfet du Calvados conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- le 18 avril 2023, l'assignation à résidence attaquée a été abrogée et une décision portant assignation à résidence pour une durée de quarante-cinq jours a été prise ;

- les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de Mme Arniaud.

Considérant ce qui suit :

1. M. C B, ressortissant de nationalité algérienne né le 7 juillet 1996, est entré en France, selon ses déclarations, en 2014. Sa demande d'asile a été rejetée par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) du 27 mai 2015. Incarcéré à la maison d'arrêt de Brest, il a fait l'objet d'un arrêté du 10 janvier 2022 par lequel le préfet du Finistère l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a refusé de lui accorder un délai de départ volontaire et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois ans. Il a également fait l'objet d'un arrêté du 10 janvier 2022 par lequel le préfet du Calvados a prononcé son assignation à résidence à Caen pour une durée de quarante-cinq jours à compter de sa levée d'écrou. Par un arrêté du 18 février 2022, le préfet du Calvados l'a assigné à résidence pour une durée de six mois. Les recours formés contre ces deux arrêtés ont été rejetés par jugement du magistrat désigné du présent tribunal du 21 janvier 2022. Un sauf-conduit pour se rendre au consulat de Pontoise afin d'obtenir un laissez-passer consulaire lui a été délivré le 9 mai 2022. Le 2 juin 2022, un procès-verbal de constat de non-respect de l'assignation à résidence et d'obstruction à une mesure d'éloignement a été rédigé par les services de la police nationale à Caen. A l'issue d'un contrôle routier du 24 mars 2023, le préfet du Calvados a pris, le même jour, une décision portant obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et a pris à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans. Par un jugement du 11 mai 2023, le recours de M. B contre cet arrêté a été rejeté par le magistrat désigné du présent tribunal. Par une décision du 27 mars 2023 le préfet du Calvados l'a assigné à résidence pour une durée de six mois. Par la présente requête, M. B sollicite l'annulation de cette décision.

Sur la demande d'aide juridictionnelle provisoire :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président () ". Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de prononcer l'admission provisoire de M. B au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. Un recours pour excès de pouvoir dirigé contre un acte administratif n'a d'autre objet que d'en faire prononcer l'annulation avec effet rétroactif. Si, avant que le juge n'ait statué, l'acte attaqué est rapporté par l'autorité compétente et si le retrait ainsi opéré acquiert un caractère définitif faute d'être critiqué dans le délai du recours contentieux, il emporte alors disparition rétroactive de l'ordonnancement juridique de l'acte contesté, ce qui conduit à ce qu'il n'y ait lieu pour le juge de la légalité de statuer sur le mérite du recours dont il était saisi. Il en va ainsi quand bien même l'acte rapporté aurait reçu exécution. Dans le cas où l'administration se borne à procéder à l'abrogation de l'acte attaqué, cette circonstance prive d'objet le recours formé à son encontre, à la double condition que cet acte n'ait reçu aucune exécution pendant la période où il était en vigueur et que la décision procédant à son abrogation soit devenue définitive.

4. Par une décision du 27 mars 2023 le préfet du Calvados a assigné à résidence M. B pour une durée de six mois. Le préfet du Calvados a informé le tribunal de l'abrogation en cours d'instance de sa décision du 27 mars 2023 par un arrêté du 18 avril 2023 portant également assignation à résidence pour une durée de 45 jours. Ainsi, la décision du 27 mars 2023 a reçu application durant la période où elle était en vigueur.

5. En premier lieu, par un arrêté du 19 janvier 2023, publié au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture n° 14-2023-012 du même jour et consultable sur le site internet de la préfecture, le préfet du Calvados a donné délégation à Mme A à l'effet de signer tous les arrêtés et décisions relevant des attributions du bureau du séjour, à l'exception de certains actes dont ne fait pas partie la décision attaquée. Le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'acte attaqué doit être écarté.

6. En deuxième lieu, la décision attaquée comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement avec une précision suffisante pour permettre à l'intéressé d'en comprendre les motifs. La circonstance que l'assignation à résidence ne serait pas fondée est sans incidence sur sa motivation formelle. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

7. En troisième lieu, le requérant se borne à soutenir que la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il a fait l'objet est illégale, sans assortir son moyen d'aucun élément permettant d'en apprécier le bien-fondé. Par suite, le moyen tiré de l'illégalité de la décision portant assignation à résidence compte tenue de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français, ne peut qu'être écarté.

8. En quatrième lieu, le requérant fait valoir que la décision portant assignation à résidence porte atteinte au droit d'être entendu en l'absence de procès-verbal d'audition antérieur à la mesure d'éloignement. Toutefois, il ressort des pièces transmises par le préfet en défense que l'intéressé a été entendu le 24 mars 2023 par les services de la gendarmerie nationale du Calvados, qu'il a été interrogé sur sa situation administrative en France, son parcours et ses conditions de vie. Par suite, le moyen tiré de la violation du droit d'être entendu résultant du principe général du droit de l'Union européenne de bonne administration doit être écarté.

9. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 731-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut autoriser l'étranger qui justifie être dans l'impossibilité de quitter le territoire français ou ne pouvoir ni regagner son pays d'origine ni se rendre dans aucun autre pays, à se maintenir provisoirement sur le territoire en l'assignant à résidence jusqu'à ce qu'existe une perspective raisonnable d'exécution de son obligation, dans les cas suivants : / 1°L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé () / ".

10. M. B a fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français sans délai le 24 mars 2023. L'intéressé a fait valoir lors de son audition que son passeport était en Algérie et qu'il n'en disposait pas pour voyager. Le préfet justifie, sans être utilement contesté, de l'impossibilité d'obtenir à cette date un laissez-passer consulaire à destination de l'Algérie. Par suite, en se bornant à soutenir que des vols entre la France et l'Algérie étaient prévus à cette période, le requérant n'établit pas qu'il existait, à la date de la décision en litige, des perspectives raisonnables d'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir que le préfet a méconnu l'article L. 731-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en l'assignant à résidence pour une durée de six mois.

11. En dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale (). / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

12. Si M. B fait valoir que l'obligation de se présenter deux fois par semaine à l'hôtel de police, qui se situe à quarante minutes de transport ou une heure à pied, est disproportionnée et emporte des conséquences graves sur sa vie privée et familiale, il n'apporte aucune précision ni aucun élément sur la réalité et l'ampleur des conséquences de la décision attaquée sur sa situation personnelle. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance de stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation, doivent être écartés.

13. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation présentées par M. B doivent être rejetées.

Sur les autres conclusions :

14. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme sollicitée par M. B au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : M. B est admis à l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : Le surplus de la requête de M. B est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C B, à Me Madeline et au préfet du Calvados.

Copie en sera transmis pour information au bureau d'aide juridictionnelle.

Délibéré après l'audience du 8 juin 2023, à laquelle siégeaient :

M. Cheylan, président,

M. Martinez, premier conseiller,

Mme Arniaud, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 juin 2023.

La rapporteure,

Signé

C. ARNIAUD

Le président,

Signé

F. CHEYLAN

La greffière,

Signé

C. BÉNIS

La République mande et ordonne au préfet du Calvados en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

la greffière,

A. Lapersonne

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