vendredi 20 octobre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Caen |
| Section | Tribunal Administratif de Caen |
| N° Dossier | TA14-2300830 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1ère chambre |
| Avocat requérant | SCP THEMIS AVOCATS ET ASSOCIES |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 28 mars 2023, M. B A, représenté par Me Ciaudo, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 16 février 2023 par laquelle le chef d'établissement a ordonné son placement à l'isolement au sein du centre de détention d'Argentan pour une durée de trois mois ;
2°) d'enjoindre au chef d'établissement d'ordonner la levée de son isolement dans un délai de quinze jours à compter du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard.
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991.
Il soutient que la décision :
- est entachée d'un vice de procédure pour violation des droits de la défense en ce qu'il n'a pas pu en obtenir une copie de son dossier et en ne lui permettant pas d'être assisté par un avocat ;
- est entachée d'une erreur d'appréciation;
- est entachée d'une inexactitude matérielle des faits.
Par un mémoire en défense, enregistré le 15 septembre 2023, le garde des sceaux, ministre de la justice conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.
M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 26 avril 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code pénitentiaire ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Martinez,
- et les conclusions de M. Bonneu, rapporteur public.
Les parties n'étaient ni présentes, ni représentées.
Considérant ce qui suit :
1. M. B A, écroué depuis le 22 juillet 2020, est incarcéré au centre de détention d'Argentan. Par une décision du 16 février 2023, dont le requérant demande l'annulation, son placement à l'isolement a été prononcé pour une durée de trois mois.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 213-8 du code pénitentiaire : " Toute personne détenue majeure peut être placée par l'autorité administrative, pour une durée maximale de trois mois, à l'isolement par mesure de protection ou de sécurité soit à sa demande, soit d'office. Cette mesure ne peut être renouvelée pour la même durée qu'après un débat contradictoire, au cours duquel la personne intéressée, qui peut être assistée de son avocat, présente ses observations orales ou écrites () ". Selon l'article R. 213-17 de ce code : " Les personnes prévenues peuvent être placées à l'isolement par l'autorité administrative () ". Aux termes de l'article R. 213-21 du même code : " Lorsqu'une décision d'isolement d'office initiale ou de prolongation est envisagée, la personne détenue est informée, par écrit, des motifs invoqués par l'administration, du déroulement de la procédure et du délai dont elle dispose pour préparer ses observations. Le délai dont elle dispose ne peut être inférieur à trois heures à partir du moment où elle est mise en mesure de consulter les éléments de la procédure, en présence de son avocat, si elle en fait la demande ().
3. M. A soutient qu'il n'a pu consulter ni conserver une copie de son dossier de placement à l'isolement et qu'il n'a pu obtenir l'assistance de son conseil, en méconnaissance des droits de la défense. Toutefois, si la consultation de son dossier par l'intéressé avant son audience en vue d'un placement en isolement constitue une garantie destinée à lui permettre de préparer sa défense, aucune disposition législative ou réglementaire ni aucun principe général n'impose à l'administration de permettre au détenu de conserver une copie de son dossier disciplinaire. Il ressort des pièces du dossier que M. A a été informé le 15 février 2023 de l'intention de l'administration pénitentiaire de prendre une mesure d'isolement. Par cette fiche, dont il a attesté avoir reçu notification par l'apposition de la mention " refuse de signer " le jour même, il a été informé qu'il pouvait présenter des observations orales ou écrites, qu'il pouvait se faire assister ou représenter par un avocat et qu'il pouvait consulter les pièces relatives à la procédure. Par ce même accusé de réception, M. A a fait savoir qu'il souhaitait se faire assister par un avocat désigné par le bâtonnier et présenter des observations orales. A la suite de ces demandes, il a été informé que ses observations orales seraient recueillies lors d'une audience du 16 février 2023 à 16 heures. Par ailleurs, une télécopie a été adressée dès le 15 février 2023 à 14 heures 13 à un avocat l'informant des motifs détaillés de la mesure envisagée, de la date de l'audience prévue le 16 février suivant et de la possibilité pour l'avocat de faire parvenir des observations écrites, de présenter des observations orales, de s'entretenir avec l'intéressé et enfin de consulter le dossier de la procédure. L'absence de l'avocat, qui n'a pas demandé de report d'audience, lors du débat contradictoire n'est pas imputable à l'administration pénitentiaire. En outre, tant M. A que l'avocat ont été informés de la possibilité de consulter le dossier et il ne ressort aucunement des pièces du dossier que l'administration se serait opposée à la consultation du dossier. Par suite, les moyens manquent en fait et doivent être écartés.
4. En second lieu, saisi d'un recours pour excès de pouvoir contre une décision de mise à l'isolement, le juge administratif ne peut censurer l'appréciation portée par l'administration pénitentiaire quant à la nécessité d'une telle mesure qu'en cas d'erreur manifeste.
5. Pour prendre la décision de placement à l'isolement de M. A, le chef d'établissement s'est fondé sur le comportement pénitentiaire du requérant, en particulier les rapports d'incidents dont il a fait l'objet pour détention de produits stupéfiants et de téléphones et violences contre des personnes détenues. Il s'est également fondé sur deux témoignages de codétenus le rendant responsable de la présence d'objets et de substance interdites dans la cellule le 5 janvier 2023. Ainsi, pour prendre la décision de placement à l'isolement, le chef d'établissement a pris en compte les nombreuses sanctions disciplinaires dont M. A a fait l'objet et son implication supposée dans un trafic de produits stupéfiants au sein de l'établissement. A cet égard, il ressort de la liste des antécédents disciplinaires versée au dossier que des stupéfiants ont été trouvés dans la cellule du requérant les 13 juillet 2021, 9, 16 et 29 mars 2022, 5 juillet 2022 et 22 novembre 2022. M. A a en outre frappé un détenu le 15 mai 2022 et proféré à deux reprises des insultes à l'encontre du personnel en juin 2022. Il a fait l'objet de plusieurs sanctions disciplinaires et rapports d'incidents, qui suffisent à eux seuls à démontrer l'incompatibilité du requérant avec un placement en détention ordinaire. Par suite, le placement en isolement de M. A, qui ne présente pas de contre-indication médicale, constituait bien l'unique moyen de prévenir une atteinte à la sécurité des personnes et de l'établissement. Le moyen tiré d'une erreur manifeste d'appréciation, tout comme celui tiré de ce que la décision se fonde sur des faits matériellement inexacts, doivent être écartés.
6. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. A doit être rejetée dans l'ensemble de ses conclusions.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. B A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à Me Ciaudo et au garde des sceaux, ministre de la justice.
Délibéré après l'audience du 5 octobre 2023, à laquelle siégeaient :
M. Cheylan, président,
M. Martinez, premier conseiller,
Mme Groch, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 octobre 2023.
Le rapporteur,
Signé
P. MARTINEZ
Le président,
Signé
F. CHEYLAN
La greffière,
Signé
C. BÉNIS
La République mande et ordonne au garde des sceaux, ministre de la justice en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
C. Bénis
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