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AccueilJurisprudence administrativeN° TA14-2300855

Tribunal Administratif de Caen — Décision N° TA14-2300855

mardi 9 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de Caen
SectionTribunal Administratif de Caen
N° DossierTA14-2300855
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationAutres délais-Etrangers-2
Avocat requérantBERNARD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 30 mars et 25 avril 2023, Mme N'dri Ernestine A, représentée par Me Bernard, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler l'arrêté du 28 février 2023 par lequel le préfet de la Manche l'a obligée à quitter le territoire dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement et lui a interdit le retour pour une durée d'un an ;

3°) d'enjoindre au préfet de réexaminer sa situation et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler dans le délai d'un mois à compter de la décision à intervenir sous astreinte de 50 euros par jour de retard et d'effacer son nom du système

Schengen ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

Sur les moyens communs à l'ensemble des décisions :

- l'auteur de l'arrêté est incompétent.

Sur l'obligation de quitter le territoire :

- la décision est insuffisamment motivée, en ce qu'elle ne mentionne ni qu'elle est mère d'un enfant né et vivant en France et dont elle a la charge ni qu'elle a des problèmes de santé ;

- la décision est entachée d'une erreur de fait ;

- le préfet n'a pas procédé à un examen complet de sa situation ;

- la décision méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Sur la décision fixant le pays de renvoi :

- la décision est illégale en raison de l'illégalité de la décision l'obligeant à quitter le territoire ;

- la décision est insuffisamment motivée ;

- la décision méconnait l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Sur la décision lui interdisant le retour en France pour une durée d'un an :

- la décision est illégale en raison de l'illégalité de la décision l'obligeant à quitter le territoire ;

- la décision est entachée d'une erreur de fait ;

- la décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 21 avril 2023, le préfet de la Manche conclut au rejet de la requête au motif qu'aucun des moyens n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Mme A a déposé une demande d'aide juridictionnelle le 31 mars 2023.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridictionnelle ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 24 avril 2023 à 9h30, le rapport de M. B et les observations de Me Bernard, représentant Mme A.

Le préfet de la Manche n'était ni présent ni représenté.

L'instruction a été close à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Mme N'dri Ernestine A, de nationalité ivoirienne, entrée en France le 21 septembre 2020, a vu sa demande d'asile rejetée par une décision du 24 novembre 2022 de la Cour nationale du droit d'asile. Elle demande l'annulation de l'arrêté du 28 février 2023 par lequel le préfet de la Manche l'a obligée à quitter le territoire dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement et lui a interdit le retour en France pour une durée d'un an.

Sur la demande d'admission à l'aide juridictionnelle :

2. En raison de l'urgence il y a lieu d'admettre Mme A au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire, sur le fondement de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne l'ensemble des décisions :

3. Par un arrêté n° 2021-53 du 22 novembre 2021, publié au recueil des actes administratifs de la préfecture et consultable sur le site internet de la préfecture, le préfet de la Manche a donné délégation à M. Laurent Simplicien, secrétaire général de la préfecture de la Manche, à l'effet de signer tous les arrêtés et décisions relevant des attributions de l'Etat dans le département de la Manche, à l'exception de certains actes dont ne font pas partie les décisions en litige. Le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'ensemble des décisions doit, par suite, être écarté.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire :

4. En premier lieu, si la requérante soutient que la décision est insuffisamment motivée, en ce qu'elle ne mentionne ni qu'elle est mère d'un enfant né et vivant en France et dont elle a la charge ni qu'elle a des problèmes de santé,, la circonstance que le préfet a en l'espèce commis une erreur de fait est sans incidence sur l'exigence de motivation de la décision contestée, qui a un caractère formel.

5. En deuxième si la requérante soutient que la décision est entachée d'une erreur de fait en tant que le préfet a retenu qu'elle est célibataire et sans famille, il ressort de la décision attaquée que le préfet, qui s'est fondé sur la circonstance que la demande d'asile de l'intéressée a été définitivement rejetée, n'aurait pas pris une décision différente au vu de la situation familiale exacte de Mme A, et dont au demeurant, contrairement à ce qui est soutenu en défense, il avait été suffisamment informé.

6. En troisième lieu, s'il résulte de ce qui précède que le préfet n'a pas procédé à un examen lacunaire de la situation de Mme A, au regard notamment des éléments fournis par cette dernière, cette circonstance, pour regrettable qu'elle soit, est en l'espèce, pour le motif déjà retenu au point 5, sans incidence.

7. En dernier lieu, si la requérante soutient que la décision méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, la décision susvisée n'a pas pour effet de la séparer de son fils, ni de la priver d'un traitement médical dont elle ne soutient d'ailleurs pas qu'il ne serait pas accessible dans son pays d'origine. Le moyen ainsi analysé doit être écarté, de même que celui tiré de l'erreur manifeste d'appréciation qu'aurait commise le préfet.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

8. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de ce que la décision est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire doit être écarté.

9. En deuxième lieu, la décision susvisée expose la situation de la requérante au regard du droit d'asile et notamment la décision du 24 novembre 2022 de la Cour nationale du droit d'asile. Elle est suffisamment motivée.

10. En dernier lieu, la requérante n'établit la réalité des risques qu'elle invoque en cas de retour dans son pays d'origine. Le moyen tiré de ce que la décision méconnait l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

En ce qui concerne la décision interdisant le retour en France pour une durée d'un an :

11. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de ce que la décision est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire doit être écarté.

12. En deuxième, si la requérante soutient que la décision est entachée d'une erreur de fait en tant que le préfet a retenu qu'elle est célibataire et sans famille, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet aurait pris une décision différente au vu de la situation familiale exacte de Mme A, dès lors notamment que cette décision ne fait pas obstacle à ce que la cellule familiale reste unie.

13. En dernier lieu, les circonstances que Mme A n'a pas déjà fait l'objet d'une mesure d'éloignement et qu'elle ne constitue pas une menace pour l'ordre public, dont le préfet doit tenir compte pour fixer la durée de l'interdiction de retour, ne sont pas à elles seules de nature à établir que la décision susvisée est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

14. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation, n'implique aucune mesure d'exécution. Les conclusions à fin d'injonction sont donc rejetées.

Sur les frais liés au litige :

15. Les dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 font obstacle à ce qu'une somme soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance.

D E C I D E :

Article 1er : Mme A est admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme N'dri Ernestine A, à Me Bernard, et au préfet de la Manche.

Copie pour information sera transmise au bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Caen.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 mai 2023.

Le président du tribunal,

Signé

H. BLa greffière,

Signé

A. LAPERSONNE

La République mande et ordonne au préfet de la Manche en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

la greffière,

A. Lapersonne

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