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AccueilJurisprudence administrativeN° TA14-2300872

Tribunal Administratif de Caen — Décision N° TA14-2300872

vendredi 3 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de Caen
SectionTribunal Administratif de Caen
N° DossierTA14-2300872
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation2ème chambre
Avocat requérantBOUTHORS-NEVEU

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés les 3 avril 2023, 21 septembre 2023 et 14 novembre 2023, ce dernier mémoire n'ayant pas été communiqué, M. A C, représenté par Me Le Brouder demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 16 mars 2023 par laquelle la section disciplinaire du conseil académique de l'université de Caen Normandie a prononcé son exclusion de l'établissement pour une durée de trois ans ;

2°) de mettre à la charge de l'université de Caen Normandie une somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. C soutient que :

- la décision prononçant à son encontre la sanction d'exclusion de l'établissement est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'illégalité en raison de l'irrégularité de la composition de la commission de discipline ;

- elle est illégale dès lors que la sanction prononcée est entachée de disproportion.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 23 août 2023, 21 septembre 2023, 3 octobre 2023 et 5 décembre 2023, ce dernier mémoire n'ayant pas été communiqué, l'université de Caen Normandie, représentée par Me Bouthors-Neveu, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 1 500 euros soit mise à la charge de M. C en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que les moyens exposés dans la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration,

- le code de l'éducation,

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Pillais ;

- les conclusions de Mme B ;

- les observations de Me Le Brouder, avocate de M. C ;

- et les observations de Me Bouthors-Neveu, avocate de l'université de Caen Normandie.

Une note en délibéré, présentée par M. C, a été enregistrée le 11 avril 2024.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, étudiant en première année de licence de droit à l'université de Caen Normandie au cours de l'année universitaire 2022-2023, a été informé par courrier du 9 décembre 2022 de l'engagement contre lui d'une poursuite disciplinaire pour " harcèlement moral à l'égard d'étudiantes, harcèlement sexuel à l'égard d'une étudiante et comportements persécutants violents et/ou à connotation sexuelle à l'égard d'étudiantes ". Le 7 février 2023, le doyen de l'UFR de droit, deux étudiantes, un étudiant et M. C ont été auditionnés. La commission de discipline, qui s'est réunie le 7 mars 2023, a décidé de prononcer la sanction d'exclusion de l'université de Caen Normandie pour une durée de trois ans. Par la présente requête M. C en demande l'annulation.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes de l'article R. 811-39 du code de l'éducation, " La décision [de la commission de discipline] doit être motivée. ". Il en résulte que le législateur a entendu imposer à l'autorité qui prononce une sanction l'obligation de préciser elle-même dans sa décision les griefs qu'elle entend retenir à l'encontre de la personne intéressée, de sorte que cette dernière puisse à la seule lecture de la décision qui lui est notifiée connaître les motifs de la sanction qui la frappe.

3. Il ressort de la décision attaquée que sont énoncés les dispositions de l'article R. 811-36 du code de l'éducation sur lesquelles est fondée la sanction prononcée ainsi que les actes reprochés à M. C et les griefs retenus à son encontre. Il s'ensuit que le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

4. En deuxième lieu, selon les dispositions combinées des articles R. 811-20 et R. 811-14 du code de l'éducation, la commission de discipline comprend huit membres, dont deux membres appartenant au collège des professeurs des universités ou personnels assimilés, deux membres appartenant à celui des maîtres de conférence ou personnels assimilés, et quatre membres appartenant au collège des usagers.

5. Il ressort des pièces du dossier que la composition de la commission de discipline chargée de l'examen de l'affaire de M. C été fixée par un arrêté du 9 janvier 2023 pris par la présidente de la section disciplinaire du conseil académique dont il ressort qu'elle est composée de huit membres conformément aux dispositions de l'article R. 811-20 du code de l'éducation. Il s'ensuit que le moyen tiré de l'irrégularité de la composition de la commission de discipline manque en fait et doit par suite être écarté.

6. En troisième lieu, aux termes de l'article R. 811-11 du code de l'éducation : " Relève du régime disciplinaire prévu aux articles R. 811-10 à R. 811-42 tout usager de l'université lorsqu'il est auteur ou complice, notamment : () 2° De tout fait de nature à porter atteinte à l'ordre, au bon fonctionnement ou à la réputation de l'université () ". Aux termes de l'article R. 811-36 du code de l'éducation : " I. - Les sanctions disciplinaires applicables aux usagers des établissements publics d'enseignement supérieur sont () : 1° L'avertissement ; 2° Le blâme ; 3° La mesure de responsabilisation définie au II ; 4° L'exclusion de l'établissement pour une durée maximum de cinq ans. Cette sanction peut être prononcée avec sursis si l'exclusion n'excède pas deux ans ; 5° L'exclusion définitive de l'établissement ; 6° L'exclusion de tout établissement public d'enseignement supérieur pour une durée maximum de cinq ans ; 7° L'exclusion définitive de tout établissement public d'enseignement supérieur. () / Les sanctions prévues au 4° du présent article sans être assorties du sursis ainsi qu'aux 5°, 6° et 7° entraînent en outre l'interdiction de prendre toute inscription dans le ou les établissements publics dispensant des formations post-baccalauréat, de subir des examens sanctionnant ces formations ainsi que de subir tout examen conduisant à un diplôme national. () / II. - La mesure de responsabilisation prévue au 3° du I consiste à participer bénévolement, en dehors des heures d'enseignement, à des activités de solidarité, culturelles ou de formation à des fins éducatives. Sa durée ne peut excéder quarante heures. () La mise en place d'une mesure de responsabilisation est subordonnée à la signature, par l'usager, d'un engagement à la réaliser. / La commission de discipline détermine la sanction applicable en cas de refus de signer l'engagement prévu ci-dessus ou en cas d'inexécution de la mesure de responsabilisation. / III. - La commission de discipline peut, lorsqu'elle envisage de prononcer une sanction d'exclusion, proposer à l'usager une mesure alternative consistant à participer bénévolement, en dehors des heures d'enseignement, à des activités de solidarité, culturelles ou de formation à des fins éducatives, d'une durée maximale de quarante heures, dans les mêmes conditions que celles prévues au II. Si l'usager accepte et respecte l'engagement écrit mentionné à l'avant-dernier alinéa du II, seule cette mesure alternative est inscrite dans son dossier et elle est effacée au bout de trois ans ".

7. Il ressort de la décision contestée que M. C a été sanctionné pour avoir eu un comportement inadapté depuis le 2 septembre 2022 à l'égard d'un groupe d'étudiants de sa promotion. Il n'est pas contesté que M. C a imposé sa présence, eu des gestes répétés et déplacés en recherchant des contacts physiques avec ses camarades féminines et en portant des regards appuyés sur les décolletés. Il ressort des pièces du dossier que M. C a plus particulièrement poursuivie l'une des étudiantes de ses assiduités, l'a suivie, a tenu des propos et eu des gestes déplacés générant pour cette jeune femme une situation angoissante. Il ressort également des pièces du dossier qu'est établi un comportement général de M. C consistant à créer un climat oppressant ressenti par les étudiants et les agents des services administratifs qui le côtoient, avec plus d'acuité encore par les femmes. En outre, le 27 janvier 2023, devant la commission d'instruction de la section disciplinaire, M. C a déclaré " avoir des difficultés à résister à un décolleté " et a qualifié les propos misogynes qui lui étaient reprochés de " féministo-réalistes " ou de " féministo-lucides ". Il ne ressort pas des pièces du dossier que le handicap dont souffre M. C a été de nature à altérer son discernement et à le placer ainsi dans l'incapacité de comprendre la portée de ses actes et de se conformer aux injonctions qui lui ont été faites en vue d'y mettre un terme.

8. La sanction d'exclusion de l'établissement pour la durée de trois ans, sans sursis, prononcée à l'encontre de M. C, emporte interdiction de s'inscrire et de passer des examens dans cet établissement pendant cette période, avec effet immédiat et publication de la décision avec mention de son nom. En prenant cette sanction, qui n'est pas la plus lourde de l'échelle des sanctions, la section disciplinaire du conseil académique de l'université de Caen Normandie n'a pas commis d'erreur d'appréciation dès lors que les faits reprochés à M. C sont graves par leur nature, leur caractère répété, par leurs répercussions sur les étudiantes qui en ont été victimes et l'atteinte qu'ils ont porté à l'ordre public et au bon fonctionnement de l'université. Par suite, le moyen tiré de ce que cette sanction serait disproportionnée au regard de la gravité des faits doit être écarté.

9. Il résulte de ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 16 mars 2023 de la section disciplinaire du conseil académique de l'université de Caen Normandie.

Sur les frais liés à l'instance :

10. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que l'université de Caen Normandie, qui n'est par la partie perdante, verse à M. C une somme au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de M. C le versement à l'université de Caen Normandie d'une somme de 1 500 euros en application des mêmes dispositions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : M. C versera à l'université de Caen Normandie une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A C et à l'université de Caen Normandie.

Délibéré après l'audience du 11 avril 2024, à laquelle siégeaient :

M. Marchand, président,

Mme Pillais, première conseillère,

M. Rivière, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 mai 2024.

La rapporteure,

Signé

M. PILLAIS

Le président,

Signé

A. MarchandLe greffier,

Signé

J. LOUNIS

La République mande et ordonne à la ministre de l'enseignement supérieur et de la recherche en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

J. Lounis

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