mercredi 5 février 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de Caen |
| Section | Tribunal Administratif de Caen |
| N° Dossier | TA14-2300904 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 2ème chambre |
| Avocat requérant | LEBEY |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 6 avril 2023 et le 25 septembre 2024, Mme A B, représentée par Me Lebey, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 8 avril 2022 par laquelle la directrice académique des services de l'éducation nationale du Calvados a refusé de la placer en congé de longue maladie à compter du 17 mars 2021 ;
2°) d'enjoindre à la rectrice de l'académie de Normandie de la placer en congé de longue maladie à compter du 17 mars 2021 dans un délai de dix jours à compter de la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 50 euros par jour de retard et à défaut, de réexaminer sa demande aux mêmes conditions de délais et d'astreinte ;
3°) de mettre à la charge de l'État, une somme de 2 000 euros à verser à Mme B au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ou, en cas de bénéfice de l'aide juridictionnelle totale, à verser à son conseil, Me Lebey, sur le fondement de ces dispositions et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que Me Lebey renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État au titre de l'aide juridictionnelle.
Elle soutient que :
- sa requête est recevable ;
- la décision attaquée est entachée d'incompétence ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d'un vice de procédure faute pour elle d'avoir été destinataire de l'avis émis par le conseil médical dont la régularité de la composition et le respect de la condition de quorum ne sont pas établis ;
- elle est entachée d'un vice de procédure dès lors que le médecin du travail n'a pas été informé du passage en conseil médical de son dossier ;
- elle est irrégulière dès lors qu'elle n'a pas été mise à même de présenter ses observations écrites et de fournir des certificats médicaux au conseil médical, ce qui l'a privée d'une garantie ;
- elle est entachée d'incompétence négative dès lors que l'autorité administrative, s'étant estimée liée par l'avis du conseil médical, n'a pas porté d'appréciation sur sa situation ;
- elle est entachée d'une erreur d'appréciation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 18 septembre 2024, la rectrice de l'académie de Normandie conclut au rejet de la requête.
Elle fait valoir que
- la requête est irrecevable dès lors que l'acte attaqué ne fait pas grief ;
- les moyens exposés dans la requête ne sont pas fondés.
Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle partielle à hauteur de 25 % par une décision du 19 septembre 2023.
Par une ordonnance du 26 septembre 2024 la clôture de l'instruction a été fixée au 29 novembre 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général de la fonction publique
- le code des relations entre le public et l'administration,
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le décret n°86-442 du 14 mars 1986,
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Pillais, première conseillère ;
- les conclusions de M. Blondel, rapporteur public ;
- et les observations de Me Lebey, avocate de Mme B.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B, professeure des écoles de classe normale et directrice d'école, a été placée en congé de maladie le 17 mars 2021. Le 13 octobre 2021, elle a sollicité l'octroi d'un congé de longue maladie à compter du 17 mars 2021. Le 6 avril 2022, le conseil médical a émis un avis défavorable à l'octroi du congé de longue maladie demandé et un avis favorable à la poursuite de son congé de maladie ordinaire à compter du 17 septembre 2021. Par un courrier du 8 avril 2022, dont Mme B demande l'annulation, la directrice académique des services de l'éducation nationale du Calvados l'a informée de ces avis.
Sur la fin de non-recevoir soulevée par la rectrice de l'académie de Normandie :
2. Aux termes de l'article L. 821-1 du code général de la fonction publique : " Un conseil médical est saisi pour avis à l'occasion de l'octroi d'un congé mentionné au chapitre II dans les cas déterminés par un décret en Conseil d'Etat. / Ce décret fixe également les modalités d'organisation et de fonctionnement du conseil médical ". Aux termes de l'article L. 822-6 du même code : " Le fonctionnaire en activité a droit à des congés de longue maladie, dans les cas où il est constaté que la maladie met l'intéressé dans l'impossibilité d'exercer ses fonctions, rend nécessaire un traitement et des soins prolongés et présente un caractère invalidant et de gravité confirmée ". Aux termes du 1° du I de l'article 7 du décret du 14 mars 1986 relatif à la désignation des médecins agréés, à l'organisation des conseils médicaux, aux conditions d'aptitude physique pour l'admission aux emplois publics et au régime de congés de maladie des fonctionnaires, dans sa version applicable à l'espèce : " Les conseils médicaux en formation restreinte sont consultés pour avis sur l'octroi d'une première période de congé de longue maladie ou de congé de longue durée ".
3. Il résulte des dispositions citées au point précédent que les avis des comités médicaux ne constituent pas des décisions administratives faisant grief mais sont de simples mesures préparatoires. Toutefois, dans les circonstances de l'espèce, alors que la rectrice de l'académie de Normandie, saisie d'une demande de congé de longue maladie au bénéfice de Mme B ne s'est pas prononcée expressément sur cette demande, le courrier du 8 avril 2022 de la directrice académique des services de l'éducation nationale du Calvados informant Mme B des avis du comité médical doit être regardé comme révélant une décision de refus d'octroi d'un congé de longue maladie. Il s'ensuit que la fin de non-recevoir opposée par la rectrice de l'académie de Normandie et tirée de l'absence de caractère décisoire de la décision attaquée doit être écartée.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
4. En premier lieu, aux termes de l'article 12 du décret du 14 mars 1986 relatif à la désignation des médecins agréés, à l'organisation des conseils médicaux, aux conditions d'aptitude physique pour l'admission aux emplois publics et au régime de congés de maladie des fonctionnaires, dans sa version applicable à l'espèce : " Au moins dix jours ouvrés avant la date à laquelle son dossier sera examiné, le secrétariat du conseil médical informe le fonctionnaire concerné de cette date et de son droit à : 1° Consulter son dossier ; 2° Présenter des observations écrites et fournir des certificats médicaux ; 3° Être accompagné ou représenté, s'il le souhaite, par une personne de son choix à toutes les étapes de la procédure. / En outre, lorsque sa situation fait l'objet d'un examen par un conseil médical réuni en formation restreinte, le secrétariat de ce conseil informe l'intéressé des voies de contestation possibles devant le conseil médical supérieur et, lorsque sa situation fait l'objet d'un examen par un conseil médical réuni en formation plénière, il l'informe de son droit à être entendu par le conseil médical. / Dans tous les cas, le fonctionnaire concerné et l'administration peuvent faire entendre le médecin de leur choix par le conseil médical. S'il le juge utile, le conseil médical entend le fonctionnaire concerné. "
5. Si les actes administratifs doivent être pris selon les formes et conformément aux procédures prévues par les lois et règlements, un vice affectant le déroulement d'une procédure administrative préalable, suivie à titre obligatoire ou facultatif, n'est de nature à entacher d'illégalité la décision prise que s'il ressort des pièces du dossier qu'il a été susceptible d'exercer, en l'espèce, une influence sur le sens de la décision prise ou qu'il a privé les intéressés d'une garantie.
6. Il ressort du courrier du secrétaire du comité médical du 23 mars 2022 par lequel Mme B a été informée de l'examen de son dossier en comité médical que si elle a été informée de la possibilité de faire entendre le médecin de son choix, il ne lui a pas été indiqué qu'elle pouvait présenter des observations écrites et fournir des certificats médicaux. Ainsi, faute d'avoir été régulièrement informée de ces modalités, la décision litigieuse est intervenue à l'issue d'une procédure irrégulière qui a privé Mme B de garanties.
7. En second lieu, aux termes de l'article 14 du décret du 14 mars 1986 relatif à la désignation des médecins agréés, à l'organisation des conseils médicaux, aux conditions d'aptitude physique pour l'admission aux emplois publics et au régime de congés de maladie des fonctionnaires, dans sa version applicable à l'espèce : " Le médecin du travail attaché au service auquel appartient le fonctionnaire dont le dossier est soumis au conseil médical est informé de la réunion et de son objet. Il peut obtenir, s'il le demande, communication du dossier de l'intéressé. Il peut présenter des observations écrites ou assister à titre consultatif à la réunion. Il remet un rapport écrit dans les cas prévus aux articles 34 et 47-7 du présent décret ".
8. Il ne ressort pas des pièces du dossier que le médecin du travail compétent a été informé de la réunion du conseil médical du 6 avril 2022, à l'issue de laquelle a été rendu l'avis défavorable à l'octroi d'un congé de longue maladie à Mme B. L'irrégularité de la consultation du comité médical au regard de l'article 14 du décret du 14 mars 1986 a été susceptible d'exercer une influence sur le sens de la décision prise et a privé l'intéressée d'une garantie.
9. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que Mme B est fondée à soutenir que la décision critiquée est intervenue aux termes d'une procédure irrégulière l'ayant privée de garanties. Par suite, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, elle est fondée à demander son annulation.
Sur les conclusions aux fins d'injonction :
10. L'exécution du présent jugement implique seulement que la demande de Mme B tendant à l'octroi d'un congé de longue maladie à compter du 17 mars 2021 soit réexaminée. Il y a lieu, par suite, d'enjoindre à la rectrice de procéder à ce réexamen dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction de l'astreinte demandée par Mme B.
Sur les frais liés à l'instance :
11. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat le versement à Mme B de la somme de 1 200 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La décision par laquelle la rectrice de l'académie de Normandie a refusé de placer Mme B en congé de longue maladie à compter du 17 mars 2021 est annulée.
Article 2 : Il est enjoint à la rectrice de l'académie de Normandie de procéder au réexamen de la demande de Mme B tendant à l'octroi d'un congé de longue maladie à compter du 17 mars 2021 dans le délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : L'État versera la somme de 1 200 euros à Mme B en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B, à Me Lebey et à la rectrice de l'académie de Normandie.
Délibéré après l'audience du 21 janvier 2025, à laquelle siégeaient :
Mme Rouland-Boyer, présidente,
Mme Pillais, première conseillère,
M. Pringault, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 février 2025.
La rapporteure,
Signé
M. PILLAIS
La présidente,
Signé
H. ROULAND-BOYERLe greffier,
Signé
J. LOUNIS
La République mande et ordonne à la ministre de l'éducation nationale, de l'enseignement supérieur et de la recherche en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier,
J. Lounis
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026