vendredi 19 avril 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Caen |
| Section | Tribunal Administratif de Caen |
| N° Dossier | TA14-2300919 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 3ème Chambre |
| Avocat requérant | SCP HELLOT ROUSSELOT |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés le 7 avril 2023 et le 25 mars 2024, M. C A, représenté par Me Rousselot, demande au tribunal :
1°) d'annuler les arrêtés du 7 avril 2023 en tant qu'ils autorisent M. D à exploiter les parcelles n° ZH-37-36-32, ZI-12 et ZE-2, situées sur la commune de Montanel et qu'ils refusent l'autorisation d'exploiter ces mêmes parcelles à M. A ;
2°) d'enjoindre au préfet de la région Normandie de réexaminer les demandes d'autorisation d'exploiter présentées par MM. A et D ;
3°) de mettre à la charge de la région Normandie la somme de 2 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
M. A soutient que :
- les arrêtés attaqués ont été signés par une autorité incompétente ;
- ils sont entachés d'un vice de procédure dès lors que la décision portant le délai d'instruction de la demande de M. D à six mois n'a pas été motivée, en méconnaissance des dispositions de l'article R. 331-6 du code rural et de la pêche maritime ;
- ils sont entachés d'une erreur d'appréciation.
Par un mémoire enregistré le 23 octobre 2023 et un mémoire, non communiqué, enregistré le 5 avril 2024, M. E D, représenté par Me Gobbé, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 4 000 euros soit mise à la charge de M. A en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la requête de M. A est irrecevable dès lors qu'elle porte sur la contestation de deux décisions distinctes dans le cadre d'une requête unique ;
- les moyens soulevés dans la requête ne sont pas fondés.
Par un mémoire enregistré le 4 avril 2024, le préfet de la région Normandie conclut au rejet de la requête au motif qu'aucun des moyens soulevés par le requérant n'est fondé.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code rural et de la pêche maritime.
- le schéma directeur régional des exploitations agricoles de Normandie du 19 mars 2021 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Remigy,
- les conclusions de Mme B,
- et les observations de Me Aulombard, avocat substitué à Me Rousselot, représentant M. A.
Considérant ce qui suit :
1. M. C A, agriculteur et éleveur de bovins laitiers et de porcs en engraissement, exploite des parcelles à Montanel, dans le département de la Manche. M. E D, également agriculteur dans ce département, a déposé le 26 septembre 2022 une demande d'autorisation d'exploiter les parcelles cadastrées ZH-78-37-36-32, ZI-12 et ZE-2 sur la commune de Montanel, pour une superficie de 14,11 hectares. Le 5 octobre 2022, M. A déposait une demande d'autorisation partiellement concurrente portant sur les parcelles ZH-47-32-36-37-45, ZI-12, ZE-2 pour une surface de 12,45 hectares. Par les arrêtés attaqués du 7 février 2023, le préfet de la région Normandie a, d'une part, autorisé M. D à exploiter les parcelles ZH-78-37-36-32, ZI-12, ZE-2, d'autre part, autorisé M. A à exploiter les parcelles ZH-45-47 mais lui a refusé cette autorisation pour les parcelles ZH-37-36-32, ZI-12, ZE-2.
2. En premier lieu, l'arrêté attaqué a été signé par M. F, directeur régional adjoint de l'alimentation, de l'agriculture et de la forêt de Normandie, qui disposait d'une subdélégation consentie par arrêté du 31 janvier 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial n° R28-2023-018 le 1er février 2023, à l'effet de signer notamment, les décisions individuelles dans le domaine du contrôle des structures, à l'exception de certaines décisions dont ne font pas partie les décisions en litige. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'acte doit être écarté.
3. En deuxième lieu, aux termes de l'article R. 331-6 du code rural et de la pêche maritime : " I.- Le préfet de région dispose d'un délai de quatre mois à compter de la date d'enregistrement du dossier complet mentionnée dans l'accusé de réception pour statuer sur la demande d'autorisation. / Il peut, par décision motivée, fixer ce délai à six mois à compter de cette date, notamment en cas de candidatures multiples soumises à l'avis de la commission départementale d'orientation de l'agriculture ou de consultation du préfet d'une autre région. Il en avise alors les intéressés dans les meilleurs délais par lettre recommandée avec accusé de réception ou remise contre récépissé. () ". La circonstance que le délai d'instruction a été prolongé irrégulièrement entache d'illégalité la décision d'accorder ou de refuser l'autorisation lorsque, du fait d'une évolution des circonstances de droit ou de fait intervenue pendant la prolongation, celle-ci a eu une incidence sur le sens de la décision.
4. Si M. A soutient que la décision portant le délai d'instruction de la demande de M. D à six mois n'a pas été motivée, l'intéressé n'établit pas, ni même n'allègue, que cette décision aurait eu, du fait d'une évolution des circonstances de droit ou de fait intervenue durant la prolongation, une incidence sur le sens des décisions attaquées. Dans ces conditions, le moyen tiré de ce que les arrêtés attaqués seraient entachés d'un vice de procédure ne peut qu'être écarté.
5. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 312-1 du code rural et de la pêche maritime : " () III.- Le schéma directeur régional des exploitations agricoles établit, pour répondre à l'ensemble des objectifs et orientations mentionnés au I du présent article, l'ordre des priorités entre les différents types d'opérations concernées par une demande d'autorisation mentionnée à l'article L. 331-2, en prenant en compte l'intérêt économique et environnemental de l'opération. () Le schéma directeur régional des exploitations agricoles peut déterminer l'ordre des priorités en affectant une pondération aux différents éléments pris en compte. () ". Aux termes de l'article 3 du schéma directeur régional des exploitations agricoles de Normandie : " 3.1- Règles s'appliquant à toutes les priorités / Les autorisations d'exploiter sont délivrées, en application de l'article L. 312-1 du code rural et de la pêche maritime, selon un ordre de priorité établi en prenant en compte : / la nature de l'opération, au regard des objectifs du contrôle des structures et des orientations définies par le présent schéma / l'intérêt économique et environnemental de l'opération, selon les critères définis à l'article 5 () 3.2.2. En cas de demandes concurrentes de même rang de priorité, l'autorité administrative compétente tient compte des critères fixés à l'article 5 pour départager les demandes entre elles et dégager celles qui seront plus prioritaires () ". Enfin, aux termes de l'article 5 de ce schéma : " () 5.1 - Les critères d'appréciation de l'intérêt économique et environnemental d'une opération énoncés à l'article L. 312-1 sont : 1) La dimension économique et la viabilité des exploitations agricoles concernées ; / 2) La contribution de l'opération envisagée à la diversité des productions agricoles régionales, à la diversité des systèmes de production agricole et au développement des circuits de proximité ; / 3) La mise en œuvre par les exploitations concernées de systèmes de production agricole permettant de combiner performance économique et performance environnementale, dont ceux relevant du mode de production biologique au sens de l'article L. 641-13 ; / 4) Le degré de participation du demandeur ou, lorsque le demandeur est une personne morale, de ses associés à l'exploitation directe des biens objets de la demande au sens du premier alinéa de l'article L. 411-59, soit la participation sur les lieux aux travaux de façon effective et permanente, " selon les usages de la région " et en fonction de l'importance de l'exploitation, sans qu'elle se limite à la direction et à la surveillance de l'exploitation, mais sans exclure le recours à de la main d'œuvre salariée ou à la solidarité entre agriculteurs. Le demandeur doit également posséder le cheptel et le matériel nécessaires ou, à défaut, les moyens de les acquérir / 5) Le nombre d'emplois non salariés et salariés, permanents ou saisonniers, sur les exploitations agricoles concernées ; / 6) L'impact environnemental de l'opération envisagée ; / 7) La structure parcellaire des exploitations concernées ; / 8) La situation personnelle du demandeur, des autres candidats et du preneur en place / 5.2 - Pour l'application, notamment du 1° de l'article L. 331-1 du code rural et de la pêche maritime, la dimension économique viable d'une exploitation à encourager est définie pour l'ensemble de la région Normandie par un critère de surface de 70 hectares. () 5.3 - Critères / Pour chacun des 8 critères d'appréciation de l'intérêt économique et environnemental de l'opération, les situations et conditions de validation sont listées dans le tableau ci-dessous. / Un critère est considéré comme validé, pour un candidat, dès lors qu'une de ces situations ou conditions est remplie. () Le critère " dimension économique et viabilité de l'exploitation " est affecté d'un coefficient 3, le critère " structure parcellaire ", d'un coefficient 2. Les autres critères sont affectés d'un coefficient 1. / Au sein d'un même rang de priorité, les candidats sont classés en fonction de leur score (sommes de critères validés). () ".
6. Pour départager les candidatures de M. D et de M. A et après avoir estimé que leurs demandes relevaient du même rang de priorité n° 5, le préfet de la région Normandie a fait application des critères listés à l'article 5 du schéma directeur des exploitations agricoles de Normandie et décidé d'accorder sept points à M. D au titre des critères favorables, M. A n'ayant quant à lui obtenu que quatre points. D'une part, il ressort des termes de la décision attaquée que M. D a notamment obtenu trois points pour le critère n° 1 portant sur la dimension économique et la viabilité de l'exploitation, soit le nombre maximal de points, au motif que la marge brute de son concurrent est supérieure de plus de 20 % à la sienne et un point s'agissant du critère n° 4 relatif au " degré de participation du demandeur ". Si le requérant soutient que M. D n'aurait pas dû obtenir l'ensemble des points pour le critère n° 1 dès lors que son exploitation n'est pas économiquement viable et qu'il n'aurait dû obtenir aucun point pour le critère n° 4, étant par ailleurs salarié au sein d'une autre exploitation agricole et ne travaillant donc pas à temps complet sur sa propre exploitation, il n'apporte aucun élément au soutien de ses allégations. Au demeurant, il ressort des articles 5.2 et 5.3 du schéma précité que le critère n° 4 peut être regardé comme rempli lorsque le demandeur a la qualité d'exploitant à titre individuel, ce qui est le cas de M. D, et que la viabilité économique d'une exploitation est définie " par un critère de surface de 70 hectares ", la demande de M. D portant sur une surface de plus de 83 hectares après reprise. D'autre part, M. A considère qu'il aurait dû obtenir un point pour les critères 2 et 6 relatifs à la contribution de l'exploitation à la diversité des productions agricoles et à son impact environnemental. Cependant, l'intéressé ne peut utilement se prévaloir de sa qualité d'adhérent au sein d'une coopérative d'utilisation de matériel agricole (CUMA), cette adhésion n'étant pas au nombre des conditions listées au point 5.3 de l'article 5 du schéma permettant de regarder le critère n° 6 comme rempli. En tout état de cause, il ressort des pièces du dossier que M. D, qui n'a pas non plus obtenu de point au titre du critère n° 6, est également adhérent d'une telle structure, de sorte qu'en toute hypothèse un point aurait également dû lui être attribué à ce titre. Enfin, si M. A soutient qu'un point aurait dû lui être attribué au titre du critère n° 2 relatif à la contribution à la diversité des productions agricoles régionales, à la diversité des systèmes de production agricole et au développement des circuits de proximité, dès lors qu'il développe une activité agricole en polyculture élevage, en tout état de cause, compte tenu de l'écart de points entre les deux candidats, l'attribution de ce point ne lui aurait pas permis d'obtenir un nombre de point supérieur à celui de M. D. Par suite, le préfet de la région Normandie n'a entaché ses décisions d'aucune erreur d'appréciation.
7. En quatrième lieu, il résulte de ce qui a été dit au point précédent que le préfet ne pouvait accorder un point à M. A au titre du critère n° 6 relatif à l'impact environnemental de son exploitation dès lors qu'il ne remplissait pas les conditions fixées par le point 5.3 de l'article 5 du schéma directeur régional des exploitations agricoles. Dans ces conditions, le moyen tiré de ce que le préfet aurait méconnu les orientations de politiques générales listées à l'article 2 du même schéma, notamment celle visant à favoriser le travail en commun, ne peut qu'être écarté.
8. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la fin de non-recevoir soulevée par M. D, que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation des arrêtés du 7 avril 2023.
Sur les frais liés au litige :
9. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la région Normandie, qui n'est pas la partie perdante, la somme que M. A demande au titre des frais qu'il a exposés à l'instance. En revanche, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de M. A la somme de 1 200 euros à verser à M. D sur le fondement des mêmes dispositions.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : M. A versera la somme de 1 200 euros à M. D en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C A, à M. E D et au ministre de l'agriculture et de l'alimentation.
Copie en sera transmise au préfet de la région Normandie.
Délibéré après l'audience du 9 avril 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Rouland-Boyer, présidente,
Mme Créantor, conseillère,
Mme Remigy, conseillère,
Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 avril 2024.
La rapporteure,
Signé
J. REMIGY
La présidente,
Signé
H. ROULAND-BOYER La greffière,
Signé
E. BLOYET
La République mande et ordonne au ministre de l'agriculture et de l'alimentation en qui le concerne et à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
E. BLOYET
Tribunal Administratif de Bordeaux — N° TA33-2604347
Le Tribunal Administratif de Bordeaux a rejeté la requête en référé suspension de M. A..., ressortissant béninois, contre un arrêté préfectoral refusant le renouvellement de son titre de séjour étudiant et l'obligeant à quitter le territoire. Concernant l'obligation de quitter le territoire, le juge a jugé les conclusions irrecevables en raison de l'existence d'une procédure spéciale de recours suspensif prévue à l'article L. 722-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Sur le refus de séjour, la condition d'urgence n'étant pas contestée, le juge a estimé qu'aucun des moyens soulevés, notamment le défaut d'examen particulier et la méconnaissance de l'article L. 422-1 du même code, n'était propre à créer un doute sérieux sur la légalité de la décision. La requête a donc été rejetée dans son intégralité.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Bordeaux — N° TA33-2604358
Le Tribunal Administratif de Bordeaux, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de la décision de rupture de contrat de Mme B... prise par le maire de Léognan. Le juge a relevé que la requérante n'avait pas introduit de requête distincte en annulation, rendant ses conclusions à fin de suspension manifestement irrecevables. Par ailleurs, il a estimé que l'urgence n'était pas caractérisée, l'agent en période d'essai ne bénéficiant pas d'un droit à la poursuite de son contrat et son absence non justifiée à l'entretien préalable ne permettant pas de retenir un préjudice grave et immédiat.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Montpellier — N° TA34-2602937
Le Tribunal administratif de Montpellier, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la décision du ministre de l’intérieur du 26 mars 2026 informant M. A... de la perte de validité de son permis de conduire. La requête a été jugée irrecevable car M. A... n’avait pas déposé de recours en annulation parallèle, condition prévue à l’article L. 521-1 du code de justice administrative. À titre subsidiaire, le juge a estimé que le moyen tiré de ce que les infractions auraient été commises par son fils n’était pas de nature à créer un doute sérieux sur la légalité de la décision, la réalité des infractions étant établie par le paiement des amendes forfaitaires conformément à l’article L. 223-1 du code de la route.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Montpellier — N° TA34-2604046
Le Tribunal administratif de Montpellier, statuant en référé, a rejeté la demande de Mme B... qui sollicitait la suspension de saisies administratives à tiers détenteur émises pour le recouvrement de taxes foncières. La requérante invoquait l'urgence en raison de sa faible pension de retraite et un doute sérieux sur la légalité des saisies, notamment pour non-exigibilité d'une partie de la créance. Le juge a estimé que la condition d'urgence n'était pas remplie, faute pour Mme B... de justifier de conséquences graves liées à l'exécution des saisies. La requête a été rejetée sur le fondement de l'article L. 522-3 du code de justice administrative.
01/06/2026