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AccueilJurisprudence administrativeN° TA14-2300927

Tribunal Administratif de Caen — Décision N° TA14-2300927

mercredi 24 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de Caen
SectionTribunal Administratif de Caen
N° DossierTA14-2300927
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationAutres délais-Etrangers-1
Avocat requérantAARPI CONCORDANCE AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 7 avril 2023, Mme C D, représentée par Me Balouka, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 23 mars 2023 par lequel le préfet du Calvados a refusé de l'admettre au séjour, l'a obligée à quitter le territoire dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée d'un an ;

2°) d'enjoindre au préfet de lui délivrer un titre de séjour sans délai sur le fondement de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

Sur l'ensemble des décisions :

- sa situation personnelle n'a pas fait l'objet d'un examen particulier ;

- les décisions méconnaissent l'article 3-1 de la convention relative aux droits de l'enfant ;

- les décisions méconnaissent l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Sur le refus d'admission au séjour :

- la procédure suivie est irrégulière, l'avis du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration a été rendu au terme d'un délai supérieur à celui prévu par l'article R. 425-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Sur l'obligation de quitter le territoire :

- la décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Sur la décision accordant un délai de départ volontaire :

- la décision est illégale en conséquence de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire.

Sur la décision fixant le pays de renvoi :

- la décision est illégale en conséquence de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire.

Sur l'interdiction de retour :

- la décision est illégale en conséquence de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire.

- la décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 27 avril 2023, le préfet du Calvados conclut au rejet de la requête au motif qu'aucun des moyens n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique, M. A a présenté son rapport et entendu les observations de Me Balouka, représentant Mme B.

Le préfet du Calvados n'était ni présent, ni représenté.

Une note en délibéré produite par Mme B a été enregistrée au greffe du tribunal le 10 mai 2023.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C D, de nationalité indienne, dont la demande d'asile a été rejetée par une décision du 21 janvier 2022 de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, confirmée par une décision du 6 février 2023 de la Cour nationale du droit d'asile, et qui a demandé concomitamment à sa demande d'asile un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, conteste l'arrêté du 23 mars 2023 par lequel le préfet du Calvados a refusé de l'admettre au séjour, l'a obligée à quitter le territoire dans un délai de trente jours sur le fondement de l'article L. 611-1 3° et 4°, a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée d'un an.

Sur l'admission provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle :

2. L'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique dispose : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ".

3. Eu égard aux délais dans lesquels le tribunal doit se prononcer, il y a lieu de prononcer, en application des dispositions précitées, l'admission provisoire de Mme B au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur l'étendue du litige :

4. Les dispositions de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne font pas obstacle, dans l'hypothèse où un étranger, à qui a été refusée la reconnaissance de la qualité de réfugié ou la protection subsidiaire et qui a fait l'objet d'une ou, le cas échéant, de plusieurs obligations de quitter le territoire français fondées sur le 4° de cet article, a présenté une demande tendant à la délivrance ou au renouvellement d'un titre de séjour, à ce que l'autorité administrative assortisse le refus qu'elle est susceptible d'opposer à cette demande d'une obligation de quitter le territoire français fondée sur le 4° de cet article.

5. Dans une telle hypothèse, la décision relative au séjour et l'obligation de quitter le territoire français dont elle est assortie doivent être regardées comme intervenues concomitamment au sens du dernier alinéa de l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Dès lors, la contestation de la décision relative au séjour à l'occasion d'un recours contre l'obligation de quitter le territoire français suit le régime contentieux applicable à l'obligation de quitter le territoire prévu par cet article alors même que cette dernière a pu être prise également sur le fondement du 3° de l'article L. 611-1 du même code.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

En ce qui concerne l'ensemble des décisions :

6. En premier lieu, il ressort de l'arrêté contesté que l'autorité administrative s'est fondée sur les conditions et la durée du séjour en France de Mme B, sur sa situation au regard du droit d'asile et au regard de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et sur sa situation personnelle familiale. Mme B n'est ainsi pas fondée à soutenir que sa situation n'a pas fait l'objet d'un examen particulier.

7. En deuxième lieu, l'arrêté contesté n'a pas pour effet de séparer Mme B de ses enfants, et, eu égard à la durée du séjour de ces derniers en France, cet arrêté ne méconnait pas l'article 3-1 de la convention relative aux droits de l'enfant.

8. En dernier lieu l'arrêté contesté ne fait pas obstacle à ce Mme B, son, époux, qui fait également l'objet d'une mesure d'éloignement, et ses enfants, poursuivent une vie familiale. Les décisions contestées ne méconnaissent pas les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

En ce qui concerne le refus d'admission au séjour :

9. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier que l'avis du collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration a été rendu dans le délai fixé par l'article prévu par l'article R. 425-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le moyen tiré de ce que la procédure suivie est irrégulière doit être rejeté. Par ailleurs, si Mme B soutient qu'un délai de plus de six mois s'est écoulé entre l'avis ainsi rendu et la décision susvisée, elle ne précise pas en quoi sa situation médicale a évolué au cours de cette période.

10. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat. / () Si le collège de médecins estime dans son avis que les conditions précitées sont réunies, l'autorité administrative ne peut refuser la délivrance du titre de séjour que par une décision spécialement motivée () ".

11. Sous réserve des cas où la loi attribue la charge de la preuve à l'une des parties, il appartient au juge administratif, au vu des pièces du dossier, et compte-tenu, le cas échéant, de l'abstention d'une des parties à produire les éléments qu'elle est seule en mesure d'apporter et qui ne sauraient être réclamés qu'à elle-même, d'apprécier si l'état de santé d'un étranger nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. La partie qui justifie d'un avis du collège de médecins du service médical de l'OFII qui lui est favorable doit être regardée comme apportant des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence ou l'absence d'un état de santé de nature à justifier la délivrance ou le refus d'un titre de séjour. Dans ce cas, il appartient à l'autre partie, dans le respect des règles relatives au secret médical, de produire tous éléments permettant d'apprécier l'état de santé de l'étranger et, le cas échéant, si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, il pourrait ou non y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si l'état de santé d'un étranger justifie la délivrance d'un titre de séjour dans les conditions ci-dessus rappelées, se détermine au vu de ces échanges contradictoires. En cas de doute, il lui appartient de compléter ces échanges en ordonnant toute mesure d'instruction utile.

12. Il ressort des pièces du dossier que, pour refuser de renouveler un titre de séjour à Mme B en raison de son état de santé, le préfet du Calvados s'est fondé sur l'avis du 14 juin 2022 du collège de médecins du service médical de l'OFII qui a estimé que si l'état de santé de Mme B nécessitait une prise en charge médicale dont le défaut pouvait entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, elle pouvait effectivement bénéficier d'un traitement approprié dans son pays d'origine et voyager sans risque.

13. Il ressort des pièces du dossier que Mme B est prise en charge médicalement en France. Toutefois, il ne ressort pas des éléments médicaux produits par Mme B que l'intéressée ne pourrait accéder dans son pays d'origine aux traitements appropriés aux pathologies dont elle est affectée.

14. Par suite, les éléments apportés par Mme B ne permettent pas de remettre en cause utilement l'avis émis par le collège des médecins de l'OFII.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire :

15. Il ne ressort pas de ce qui a été dit aux points 7, 8 et 13 que la décision susvisée serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

En ce qui concerne la décision accordant un délai de départ volontaire :

16. Il ne ressort pas de ce qui précède que l'obligation de quitter le territoire serait illégale. Le moyen tiré, par la voie de l'exception, d'une telle illégalité, doit être écarté.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

17. Il ne ressort pas de ce qui précède que l'obligation de quitter le territoire serait illégale. Le moyen tiré, par la voie de l'exception, d'une telle illégalité, doit être écarté.

En ce qui concerne l'interdiction de retour :

18. Il ne ressort pas de ce qui précède que l'obligation de quitter le territoire serait illégale. Le moyen tiré, par la voie de l'exception, d'une telle illégalité, doit être écarté.

19. Il ne ressort pas de ce qui a été dit aux points 7, 8 et 13 que la décision susvisée serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Sur le surplus des conclusions :

20. Il n'y a pas lieu de mettre à la charge de l'Etat, qui n'est pas en l'espèce partie perdante, une quelconque somme au titre des frais d'instance. D'autre part la présente décision n'appelle aucune mesure d'exécution.

D E C I D E :

Article 1er : Mme B est admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme C D, à Me Balouka et au préfet du Calvados.

Copie en sera transmise pour information au bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Caen.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 mai 2023.

Le président,

Signé

H. ALa greffière,

Signé

C. BENIS

La République mande et ordonne au préfet du Calvados en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

le greffier en chef,

D. Dubost

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