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AccueilJurisprudence administrativeN° TA14-2300947

Tribunal Administratif de Caen — Décision N° TA14-2300947

vendredi 28 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de Caen
SectionTribunal Administratif de Caen
N° DossierTA14-2300947
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationURGENCE- Etrangers
Avocat requérantABDOU-SALEYE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, des pièces et un mémoire enregistrés les 12 et 25 avril 2023, M. C A, représenté par Me Abdou-Saleye, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 15 mars 2023, notifié le 30 mars 2023, par lequel le préfet de la Seine-Maritime a ordonné son transfert aux autorités espagnoles responsables de l'examen de sa demande d'asile ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Maritime de procéder au réexamen de sa situation dans un délai d'un mois à compter de la décision à intervenir et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 000 euros au bénéfice de son conseil, sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Il soutient que :

- la décision a été signée par une autorité incompétente et il appartient à l'autorité administrative de faire la démonstration de l'empêchement des supérieurs de la signataire de l'acte, conformément aux dispositions de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration ;

- il appartient à l'autorité administrative de faire la démonstration du respect des dispositions de l'article 4 du règlement (UE) n° 604-2013 du 26 juin 2013, relatives à la remise de la brochure d'information sur la procédure d'asile ;

- il appartient à l'autorité administrative de faire la démonstration du respect des dispositions du même règlement, relatives à la saisine effective des autorités destinataires du transfert ;

- la décision méconnait les dispositions de l'article 16.1 du même règlement sur les demandeurs d'asile dépendants de l'assistance d'un membre de leur famille ;

- la décision est entachée d'erreur manifeste d'appréciation quant à l'application des articles 17-1 et 17-2 du même règlement et de violation des dispositions de l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme.

Par des mémoires enregistrés les 21 et 25 avril 2023, le préfet de la Seine-Maritime conclut au rejet de la requête au motif que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Vu la demande d'aide juridictionnelle enregistrée auprès du bureau d'aide juridictionnelle du tribunal judiciaire de Caen le 11 avril 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

Vu la décision du 1er septembre 2022 par laquelle le président du tribunal a désigné M. D pour statuer sur les mesures prises par l'autorité préfectorale en application du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 26 avril à 10 h :

- le rapport de M. D,

- et les observations de Me Abdou-Saleye, en présence de M. A, qui abandonne les moyens de l'article 4 du règlement et de la saisine effective des autorités destinataires du transfert.

Le préfet de la Seine-Maritime n'était ni présent ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. C A, ressortissant ivoirien, a déposé une demande d'asile à la préfecture du Calvados le 3 février 2023. La consultation de la base Visabio a révélé que l'intéressé avait bénéficié d'un visa délivré par les autorités espagnoles le 20 décembre 2022. Par un arrêté du 15 mars 2023, dont le requérant demande l'annulation, le préfet de la Seine-Maritime a ordonné son transfert aux autorités espagnoles.

Sur l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président () ". Aux termes de l'article 61 du décret du 28 décembre 2020 : " () L'admission provisoire est accordée par le président du bureau ou de la section ou le président de la juridiction saisie, soit sur une demande présentée sans forme par l'intéressé, soit d'office si celui-ci a présenté une demande d'aide juridictionnelle ou d'aide à l'intervention de l'avocat sur laquelle il n'a pas encore été statué ".

3. M. A a déposé une demande d'aide juridictionnelle enregistrée auprès du bureau d'aide juridictionnelle du tribunal judiciaire de Caen le 11 avril 2023. Par suite, il y a lieu de lui accorder l'aide juridictionnelle provisoire.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

4. En premier lieu, par un arrêté n° 23-033 du 30 janvier 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture de la Seine-Maritime, le préfet de ce département a donné délégation à Mme E B, cheffe du pôle régional " Dublin ", à l'effet de signer, notamment, les arrêtés de transfert pris dans le cadre du règlement susvisé. Si le requérant soutient que cette délégation n'est prévue qu'en cas d'empêchement et/ou d'absence du directeur et de la directrice adjointe, le requérant n'établit pas, alors que c'est en cette matière sur lui que pèse la charge de la preuve, l'absence de telles circonstances. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision attaquée ou de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration doivent être écartés.

5. Aux termes de l'article 16 du règlement (UE) du 26 juin 2013 susvisé : " 1. Lorsque, du fait d'une grossesse, d'un enfant nouveau-né, d'une maladie grave, d'un handicap grave ou de la vieillesse, le demandeur est dépendant de l'assistance de son enfant, de ses frères ou sœurs, ou de son père ou de sa mère résidant légalement dans un des États membres, ou lorsque son enfant, son frère ou sa sœur, ou son père ou sa mère, qui réside légalement dans un État membre est dépendant de l'assistance du demandeur, les États membres laissent généralement ensemble ou rapprochent le demandeur et cet enfant, ce frère ou cette sœur, ou ce père ou cette mère, à condition que les liens familiaux aient existé dans le pays d'origine, que l'enfant, le frère ou la soeur, ou le père ou la mère ou le demandeur soit capable de prendre soin de la personne à charge et que les personnes concernées en aient exprimé le souhait par écrit. () ".

6. Il ressort des pièces du dossier que la sœur et la mère du requérant sont résidents réguliers en France. Toutefois et à supposer même que M. A puisse être regardé comme personne à charge au sens de ces dispositions, le soutien apporté par ces deux personnes à M. A ne saurait être regardé comme intervenant dans le champ d'application précisé au début des précédentes dispositions. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de ces dernières doit être écarté.

7. Enfin et aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance () ". Aux termes de l'article 17 du règlement du 26 juin 2013 : " 1. Par dérogation à l'article 3, paragraphe 1, chaque État membre peut décider d'examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans le présent règlement () ". La faculté laissée à chaque État membre, par le 1 de l'article 17 du règlement (UE) n° 604/2013, de décider d'examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans le présent règlement, est discrétionnaire et ne constitue pas un droit pour les demandeurs d'asile. Cette possibilité, qui s'exerce sous le contrôle du juge, lui est ouverte même en l'absence de raisons sérieuses de croire à l'existence de défaillances systémiques dans l'État membre responsable de l'examen de la demande d'asile.

8. Le requérant fait valoir qu'il a d'importants liens familiaux en France avec la présence de sa mère et sa sœur, et qu'il a trois enfants de deux précédentes unions. Toutefois, M. A est agé de 47 ans à la date de la décision attaquée. Il a vécu séparé de sa mère et de sa sœur qui vivent en France depuis plusieurs années, sa mère depuis 2010. Par ailleurs, si le requérant indique l'existence de trois enfants nés de deux précédentes unions, les pièces du dossier n'établissent ni leur existence, ni leur présence en France, ni même les liens qu'il aurait conservés avec eux. Dans ces conditions, le requérant ne justifie pas de l'ancienneté et de l'intensité de ses liens en France. Dans ces conditions, le préfet de la Seine-Maritime n'a pas porté une atteinte disproportionnée à sa vie privée et familiale, ni entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation en refusant d'examiner sa demande d'asile et en décidant son transfert aux autorités espagnoles. Ces moyens doivent, dès lors, être écartés.

9. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du préfet de la Seine-Maritime en litige.

Sur les autres conclusions :

10. Par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et aux fins d'application des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 doivent également être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : M. A est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C A, à Me Abdou-Saleye et au préfet de la Seine-Maritime.

Copie en sera transmise au bureau d'aide juridictionnelle du tribunal judiciaire de Caen.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 avril 2023.

Le magistrat désigné,

Signé

B. DLa greffière,

Signé

C. BENIS

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Maritime, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

la greffière,

A. Lapersonne

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