vendredi 8 novembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Caen |
| Section | Tribunal Administratif de Caen |
| N° Dossier | TA14-2300997 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 1ère chambre |
| Avocat requérant | SCP ADJUDICIA |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 18 avril 2023, et un mémoire enregistré le 5 mars 2024, M. A C, représenté par Me Lunven, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 21 février 2023 par lequel le préfet de la Manche a ordonné la remise immédiate de ses armes, munitions et de leurs éléments de toutes catégories, a prononcé une interdiction d'acquisition et de détention des armes de toutes catégories et des munitions, l'a inscrit au fichier national des interdits d'acquisition et de détention d'armes (FINIADA), et a retiré la validation de son permis de chasser ;
2°) d'annuler la décision du 27 février 2023 par laquelle le préfet de la Manche lui a interdit d'acquérir ou de détenir des armes de toutes catégorie et l'a inscrit au fichier national des interdits d'acquisition et de détention d'armes (FINIADA) ;
3°) de condamner l'Etat à lui verser une somme de 2 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- les deux actes attaqués sont entachés d'incompétence de leur signataire ;
- l'arrêté du 21 février 2023 est entaché d'un défaut de motivation ;
- il est entaché d'une erreur de droit ;
- il se fonde sur des faits matériellement inexacts ;
- le préfet a commis une erreur d'appréciation des faits.
Par un mémoire en défense enregistré le 26 janvier 2024, le préfet de la Manche conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par M. C ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de la sécurité intérieure ;
- le code de l'environnement ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Groch,
- les conclusions de M. Bonneu, rapporteur public.
Les parties n'étaient ni présentes ni représentées.
Considérant ce qui suit :
1. M. A C, né le 28 novembre 1973 à Birmingham (Royaume-Uni), est détenteur de trois carabines et deux fusils déclarés, et de trois carabines et six fusils non déclarés. Par un arrêté du 21 février 2023, le préfet de la Manche lui a ordonné de remettre immédiatement l'ensemble de ses armes, munitions et éléments de toute catégorie, lui a interdit d'en acquérir ou d'en détenir, l'a inscrit au fichier national des interdits d'acquisition et de détention d'armes (FINIADA), et a retiré la validité de son permis de chasse. Par une décision du 27 février 2023, le préfet de la Manche l'a informé qu'il lui était interdit d'acquérir et de détenir des armes quelle que soit leur catégorie et qu'il était inscrit au FINIADA. Par le présent recours, M. C demande l'annulation des deux actes.
Sur les conclusions aux fins d'annulation de l'arrêté du 21 février 2023 :
2. En premier lieu, par un arrêté n° 2021-53 du 22 novembre 2021, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture n° 1 du 24 novembre 2021 et consultable sur le site internet de la préfecture, le préfet de la Manche a donné délégation à M. Laurent Simplicien, secrétaire général de la préfecture, à l'effet de signer tous les arrêtés et décisions relevant des attributions de l'Etat dans le département de la Manche, à l'exception de certains actes dont ne font pas partie les décisions relatives aux armes. Le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté doit, par suite, être écarté.
3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. À cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / () 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".
4. L'arrêté attaqué du 21 février 2023 vise le code des relations entre le public et l'administration, ainsi que le code de la sécurité intérieure, et notamment les dispositions sur le fondement desquelles il a été édicté, en particulier ses articles L. 312-7 et L. 312-10, et mentionne les armes visées par la mesure de saisie. Cet arrêté mentionne également le rapport des services de gendarmerie établi suite au signalement du requérant voulant mettre fin à ses jours et précise que ce comportement présente un danger grave pour lui-même ou pour autrui et s'avère donc incompatible avec la détention d'armes et de munitions. L'arrêté conclut qu'il y a lieu de prononcer la saisie immédiate des armes et des munitions de l'intéressé et que cette saisie d'armes et de munitions lui interdit d'acquérir ou de détenir des armes et des munitions de toute catégorie. Il précise également que l'interdiction prononcée à son encontre est enregistrée au FINIADA, et que la validation de son permis de chasse est retirée. Ainsi, l'arrêté litigieux comporte un énoncé suffisamment précis des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de l'arrêté doit être écarté.
5. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 312-7 du code de la sécurité intérieure : " Si le comportement ou l'état de santé d'une personne détentrice d'armes, de munitions et de leurs éléments présente un danger grave pour elle-même ou pour autrui, le représentant de l'Etat dans le département peut lui ordonner, sans formalité préalable ni procédure contradictoire, de les remettre à l'autorité administrative, quelle que soit leur catégorie ". Il résulte de ces dispositions que pour décider, sur le fondement de l'article L. 312-9 du code de la sécurité intérieure, la saisie définitive d'armes ou de munitions initialement saisies sur le fondement de l'article L. 312-7 du même code, ou leur restitution, le préfet doit apprécier si le comportement ou l'état de santé de l'intéressé présente toujours un danger grave pour lui-même ou pour autrui. Il incombe au juge de l'excès de pouvoir d'exercer un entier contrôle sur les décisions prises par l'autorité préfectorale en application de ces dispositions législatives.
6. Par ailleurs, l'article L. 312-10 du même code dispose que : " Il est interdit aux personnes dont l'arme, les munitions et leurs éléments ont été saisis en application de l'article L. 312-7 ou de l'article L. 312-9 d'acquérir ou de détenir des armes, munitions et leurs éléments, quelle que soit leur catégorie. () ". Aux termes de l'article R. 312-67 du même code : " Le préfet ordonne la remise ou le dessaisissement de l'arme ou de ses éléments dans les conditions prévues aux articles L. 312-7 ou L. 312-11 lorsque : 1° Le demandeur ou le déclarant est inscrit au fichier national des interdits d'acquisition et de détention d'armes ; / 2° Le demandeur ou le déclarant a été condamné pour l'une des infractions mentionnées au 1° de l'article L. 312-3 figurant au bulletin n° 2 de son casier judiciaire ou dans un document équivalent pour les ressortissants d'un Etat membre de l'Union européenne ou d'un autre Etat partie à l'accord sur l'Espace économique européen ; / 3° Il résulte de l'enquête diligentée par le préfet que le comportement du demandeur ou du déclarant est incompatible avec la détention d'une arme ; cette enquête peut donner lieu à la consultation des traitements automatisés de données personnelles mentionnés à l'article 26 de la loi n° 78-17 du 6 janvier 1978 ; / 4° Le certificat médical prévu au premier alinéa de l'article L. 312-6 établit que l'état de santé du demandeur ou du déclarant est incompatible avec la détention d'une arme. ". Aux termes de l'article L. 312-16 de ce code : " Un fichier national automatisé nominatif recense : / 1° Les personnes interdites d'acquisition et de détention d'armes, de munitions et de leurs éléments en application des articles L. 312-10 et L. 312-13 ; () ". Il résulte de la lecture combinée de ces dispositions et du premier alinéa de l'article L. 312-10 du même code, que les personnes dont les armes et les munitions ont été saisies en application de l'article L. 312-7 du code de la sécurité intérieure sont recensées par le FINIADA. Par ailleurs, aux termes de l'article L. 423-15 du code de l'environnement : " Ne peuvent obtenir la validation de leur permis de chasser : () / 9° Ceux qui sont inscrits au fichier national automatisé nominatif des personnes interdites d'acquisition et de détention d'armes visé à l'article L. 312-16 du code de la sécurité intérieure () ". Aux termes de l'article R. 423-24 du même code : " Lorsque le préfet est informé du fait que le titulaire d'un permis de chasser revêtu de la validation annuelle ou temporaire se trouve dans l'un des cas prévus à l'article L. 423-15 ou à l'article L. 423-25, il procède au retrait de la validation. / Lorsque le préfet retire la validation du permis de chasser, le titulaire doit lui remettre son document de validation. / Le droit de timbre, les redevances cynégétiques, les cotisations, les contributions et les participations acquittés ne sont pas remboursés. ".
7. Les armes de M. C, hospitalisé le 11 février 2023, ont été provisoirement saisies par arrêté du préfet de la Manche du 21 février 2023 en application de l'article L. 312-7 du code de la sécurité intérieure. Le requérant fait valoir que l'arrêté se fonde sur des faits matériellement inexacts, puisqu'il n'est pas établi qu'il aurait tenté de mettre fin à ses jours et qu'il ne représente pas un danger pour lui et pour autrui. Il ressort toutefois des pièces du dossier, et notamment du procès-verbal administratif établi par l'officier de police judiciaire et relatant les faits, que le 10 février 2023, l'épouse de M. C, dont elle est séparée, a alerté le centre opérationnel de la gendarmerie de Saint-Lô sur la volonté de son mari, chasseur, de mettre fin à ses jours, après que ce dernier l'a appelée en état d'ébriété et sous l'emprise de médicaments, et qu'il lui a indiqué qu'il ouvrirait le feu sur quiconque entrerait chez lui. Suite à cet appel, un équipage de pompiers s'est rendu au domicile du requérant, où vivent également sa mère âgée de 70 ans et quatre chiens, qui a refusé toute prise en charge en menaçant d'ouvrir le feu sur quiconque entrerait chez lui. Il ressort des pièces du dossier que le fils du requérant a confirmé que son père avait des " idées noires " ainsi que l'état d'ébriété dans lequel il se trouvait. Enfin, suite à la mobilisation de douze militaires accompagnés par la cellule négociation du GIGN et à la sécurisation des alentours de la maison et des voies d'accès, M. C a été intercepté après plusieurs heures de négociations à bord de son véhicule alors qu'il tentait de quitter son domicile, et a fait l'objet d'une hospitalisation pour le reste de la nuit. Si le requérant se borne à contester avoir un comportement incompatible avec la détention d'armes et que les faits invoqués sont isolés et ne présentent pas de degré de gravité, il n'est pas contesté qu'il ne justifie d'aucune prise en charge pour ses problèmes d'alcool. Il n'établit pas bénéficier d'une aide ou d'une prise en charge psychologique en lien avec ses " idées noires " dont son fils et son épouse ont confirmé l'existence. Par suite, le requérant n'apportant pas d'élément précis et circonstancié de nature à infirmer ces constatations, le préfet de la Manche, qui ne s'est pas fondé sur des faits matériellement inexacts, n'a pas commis d'erreur de droit ni d'erreur d'appréciation en estimant que M. C présentait, à la date de l'arrêté, un risque pour lui-même ou pour autrui de nature à justifier la remise aux services de gendarmerie de ses armes.
Sur les conclusions aux fins d'annulation de la décision du 27 février 2023 :
8. Par un arrêté n° 2022-23 du 29 août 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture n° 13 du 29 août 2022 et consultable sur le site internet de la préfecture, le préfet de la Manche a donné délégation, en l'absence de M. B, sous-préfet et directeur de cabinet, à Mme D, directrice des sécurités de la préfecture, à l'effet de signer l'ensemble des actes mentionnés au C concernant les polices administratives relevant des attributions de l'Etat dans le département de la Manche, dont fait partie la décision en litige. Le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de la décision doit, par suite, être écarté.
9. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. C doit être rejetée dans l'ensemble de ses conclusions.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. C est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A C et au préfet de la Manche.
Délibéré après l'audience du 17 octobre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Cheylan, président,
M. Martinez, premier conseiller,
Mme Groch, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 novembre 2024.
La rapporteure,
Signé
N. GROCH
Le président,
Signé
F. CHEYLAN
La greffière,
Signé
C. BÉNIS
La République mande et ordonne au préfet de la Manche en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
C. Bénis
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026