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AccueilJurisprudence administrativeN° TA14-2301017

Tribunal Administratif de Caen — Décision N° TA14-2301017

mercredi 9 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Caen
SectionTribunal Administratif de Caen
N° DossierTA14-2301017
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation2ème chambre
Avocat requérantBLACHE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 20 avril 2023, Mme A B, représentée par Me Blache, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 1er février 2023 par lequel le préfet du Calvados a refusé de lui délivrer un titre de séjour ;

2°) d'enjoindre au préfet du Calvados de lui délivrer un certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " ou, à défaut, de réexaminer sa situation, dans le délai de quinze jours à compter de la date de notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'État, en faveur de son avocat, Me Blache, une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que Me Blache renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État au titre de l'aide juridictionnelle.

Mme B soutient que la décision attaquée :

- est entachée d'incompétence ;

- méconnait le 7) de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- est entachée d'une erreur d'appréciation dès lors qu'en Algérie les possibilités de traitement de son cancer du sein ne lui seraient pas accessibles ;

- méconnaît les stipulations du 5) de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- est entachée d'erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 2 mai 2023 et le 20 septembre 2024, ce dernier mémoire n'ayant pas été communiqué, le préfet du Calvados conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens exposés dans la requête ne sont pas fondés.

Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 18 juillet 2023.

Par une ordonnance du 23 mai 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au 14 juin 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968,

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991,

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Pillais, première conseillère,

- et les observations de Me Blache, avocate de Mme B.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, ressortissante algérienne, a demandé le 7 avril 2021 la délivrance d'un certificat de résidence portant la mention " vie privée et familiale " sur le fondement des stipulations du 7) de l'article 6 de l'accord franco-algérien. Par un arrêté du 1er février 2023, le préfet du Calvados a rejeté sa demande. Mme B demande l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

2. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

3. Il ressort des pièces du dossier que Mme B, est veuve depuis 1981 et n'a plus ni parents ni enfants dans son pays d'origine, qu'en revanche sa sœur, de nationalité française, et ses deux enfants vivent en France, sa fille ayant acquis la nationalité française. Il ressort du jugement de tutelle du 2 avril 2024 du tribunal judiciaire de Caen que l'altération des facultés de Mme B la met dans l'impossibilité de pourvoir seule à ses intérêts, ce qui a justifié la mise en place d'une mesure de tutelle habilitant sa fille, chez qui elle réside depuis le mois de novembre 2019, à la représenter dans les actes de la vie civile. Dans ces conditions, et compte tenu de ce que la situation de dépendance de Mme B, quoique médicalement constatée le 24 juillet 2023, doit être regardée comme antérieure à la décision attaquée, l'intéressée est fondée à soutenir que le préfet du Calvados a porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts en vue desquels a été prise la décision attaquée et qu'il a, dès lors, méconnu l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

4. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que Mme B est fondée à demander l'annulation de la décision du 1er février 2023 par laquelle le préfet du Calvados a refusé de l'admettre au séjour.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

5. Il y a lieu, en application de l'article L. 911-1 du code de justice administrative, d'enjoindre au préfet du Calvados de délivrer à Mme B un certificat de résidence portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai d'un mois à compter de la date de notification du présent jugement, sans qu'il y ait lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés à l'instance :

6. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'État le versement à Me Blache, avocat de Mme B, d'une somme de 1 200 euros sur le fondement des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que Me Blache renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du préfet du Calvados du 1er février 2023 est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet du Calvados de délivrer à Mme B un certificat de résidence portant la mention " vie privée et familiale " dans le délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'État versera une somme de 1 200 euros à Me Blache, en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que Me Blache renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État au titre de l'aide juridictionnelle.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B, à Me Blache et au préfet du Calvados.

Délibéré après l'audience du 24 septembre 2024 à laquelle siégeaient :

M. Marchand, président,

Mme Pillais, première conseillère,

Mme Absolon, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 octobre 2024.

La rapporteure,

Signé

M. PILLAIS

Le président,

Signé

A. MARCHANDLa greffière,

Signé

A. D'OLIF

La République mande et ordonne au préfet du Calvados en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

J. Lounis

Signé

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