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AccueilJurisprudence administrativeN° TA14-2301062

Tribunal Administratif de Caen — Décision N° TA14-2301062

vendredi 23 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Caen
SectionTribunal Administratif de Caen
N° DossierTA14-2301062
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantCAVELIER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 25 avril et 1er juin 2023, M. B C, représenté par Me Cavelier, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 23 mars 2023 par lequel le préfet du Calvados a refusé de lui délivrer un titre de séjour et l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours ;

2°) d'enjoindre au préfet du Calvados de lui délivrer un titre de séjour d'un an, ou de réexaminer sa demande, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 100 euros par jour de retard ; d'enjoindre au préfet de lui délivrer sans délai une autorisation provisoire de séjour avec autorisation de travailler ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 200 euros à verser à son conseil en application de l'article 37 la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la signataire de la décision attaquée ne justifie pas d'une délégation de signature régulièrement publiée ;

- la décision portant refus de séjour méconnaît l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît l'article L. 611-3, 9° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, compte tenu de ses problèmes de santé.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 22 mai et 2 juin 2023, le préfet du Calvados conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'aucun des moyens invoqués par le requérant n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Cheylan ;

- les observations de Me Cavelier, représentant M. C.

Le préfet du Calvados n'était ni présent, ni représenté.

Considérant ce qui suit :

1. M. B C, ressortissant de la République démocratique du Congo, est entré en France le 13 février 2012 selon ses déclarations. Il a déposé une demande d'asile, qui a été rejetée le 28 septembre 2012 par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) et le 30 avril 2013 par la Cour nationale du droit d'asile (CNDA). Sa demande de réexamen a été rejetée par l'OFPRA le 26 septembre 2013 et par la CNDA le 4 juillet 2014. Le préfet du Calvados a pris le 12 juillet 2013 un arrêté portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours. Le recours contre cet arrêté a été rejeté par un jugement du présent tribunal du 26 décembre 2013 devenu définitif. M. C a déposé en 2017 une demande de titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ". Par un arrêté du 6 décembre 2017, le préfet du Calvados a rejeté la demande de titre de séjour de M. C et lui a notifié une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours. Le recours contre cet arrêté a été rejeté par un jugement du tribunal du 5 juillet 2018 devenu définitif. M. C s'est maintenu sur le territoire français et a sollicité le 2 mars 2022 la régularisation de son séjour au titre de la vie privée et familiale sur le fondement des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 23 mars 2023, le préfet du Calvados a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé son pays de renvoi. Le requérant demande l'annulation des décisions que contient cet arrêté, à l'exception de la décision fixant le pays de destination de la mesure d'éloignement.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne le moyen commun aux décisions attaquées :

2. Par un arrêté du 19 janvier 2023, publié au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture n° 14-2023-012 du même jour et consultable sur le site internet de la préfecture, le préfet du Calvados a donné délégation à Mme A D, cheffe du bureau du séjour, à l'effet de signer tous les arrêtés et décisions relevant des attributions de ce bureau. Celles-ci comprennent, en application de l'article 3-4-1 de l'arrêté préfectoral du 30 août 2021 portant organisation des services de la préfecture du Calvados, publié au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture n° 14-2021-158 du 31 août 2021 et consultable sur le site internet de la préfecture, la rédaction et la notification des décisions de refus de séjour avec ou sans obligation de quitter le territoire français. Le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de l'acte doit, par suite, être écarté.

En ce qui concerne les autres moyens invoqués à l'encontre de la décision refusant la délivrance d'un titre de séjour :

3. En premier lieu, aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ".

4. M. C expose qu'il justifie de plus de dix années de présence en France, qu'il a été inquiété en 2012 par les services de renseignements congolais alors qu'il se trouvait en Angola, que sa fille, qui dispose d'un titre de séjour en tant qu'étudiante, poursuit ses études en France, que son ex-épouse est décédée en Angola, qu'il vit en concubinage avec une compatriote et qu'un enfant est né en France de cette union le 11 août 2021. Toutefois, la durée de présence dont il se prévaut est en grande partie liée à la circonstance qu'il n'a pas exécuté les mesures d'éloignement notifiées en 2013 et en 2017, dont la légalité a pourtant été confirmée par des jugements du présent tribunal devenus définitifs. S'il a obtenu un diplôme de cariste et produit une promesse d'embauche datée du 17 avril 2023, ces éléments ne sont pas de nature à démontrer une intégration professionnelle particulière. Il conserve des attaches familiales en dehors du territoire français, en Angola, où vivent deux de ses enfants et en République démocratique du Congo, où vit sa sœur. Le requérant, dont la demande d'asile a d'ailleurs été rejetée, n'apporte aucun élément probant à l'appui de son allégation selon laquelle sa vie serait menacée en cas de retour en Angola, pays dans lequel il résidait jusqu'en 2012, ou dans son pays d'origine. Enfin, le préfet fait valoir, sans être contredit sur ce point, que la concubine de M. C n'est pas en situation régulière en France. Dès lors, compte tenu des conditions du séjour en France du requérant, le préfet du Calvados n'a pas porté à son droit au respect de la vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels l'arrêté a été pris. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées doit être écarté. Pour les mêmes motifs, le requérant n'est pas fondé à soutenir que le préfet aurait commis une erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences de l'arrêté attaqué sur sa situation personnelle et familiale.

5. En second lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger ne vivant pas en état de polygamie dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 () ".

6. Le requérant se prévaut de sa présence en France depuis 2012. Toutefois, sa seule durée de présence en France, qui résulte d'ailleurs du défaut d'exécution des mesures d'éloignement prises à son égard, ne constitue pas un motif exceptionnel au séjour. Les autres éléments dont fait état M. C, à savoir la présence de sa fille majeure qui poursuit des études en France, l'obtention d'un diplôme de cariste, son concubinage avec une compatriote et la naissance d'un enfant issu de cette union, ne peuvent pas être regardées, compte tenu de ce qui a été exposé au point 4 du présent jugement, comme des circonstances humanitaires ou des motifs exceptionnels au sens des dispositions précitées. Dès lors, le préfet du Calvados n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation en estimant que M. C ne justifiait pas de considérations humanitaires ou de motifs exceptionnels permettant la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

En ce qui concerne les autres moyens invoqués à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

7. En premier lieu, aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : / () 9° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié () ".

8. Le requérant soutient qu'il présente une hypertension artérielle et que les médicaments qu'il prend quotidiennement ne sont pas disponibles en République démocratique du Congo. Toutefois, le requérant, qui ne fournit aucun certificat médical circonstancié, n'établit pas l'exceptionnelle gravité d'un défaut de prise en charge médicale. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées de l'article L. 611-3 ne peut qu'être écarté.

9. En second lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés dans le cadre de l'examen de la légalité du refus de titre de séjour, le moyen tiré d'une méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

10. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. C doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, celles aux fins d'injonction sous astreinte et celles au titre des frais liés au litige.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B C, à Me Cavelier et au préfet du Calvados.

Délibéré après l'audience du 8 juin 2023, à laquelle siégeaient :

M. Cheylan, président,

M. Martinez, premier conseiller,

Mme Arniaud, conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 juin 2023.

Le président-rapporteur,

Signé

F. CHEYLAN

L'assesseur le plus ancien,

Signé

P. MARTINEZ

La greffière,

Signé

C. BÉNIS

La République mande et ordonne au préfet du Calvados, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

la greffière,

A. Lapersonne

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