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AccueilJurisprudence administrativeN° TA14-2301143

Tribunal Administratif de Caen — Décision N° TA14-2301143

mardi 20 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Caen
SectionTribunal Administratif de Caen
N° DossierTA14-2301143
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationAutres délais-Etrangers-1
Avocat requérantBARA CARRE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 4 mai 2023, Mme B A, représentée par Me Bara Carré, demande au tribunal :

1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 6 avril 2023 par lequel le préfet du Calvados l'a obligée à quitter le territoire dans le délai de trente jours, a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement et lui a interdit le retour pour une durée d'un an ;

3°) d'enjoindre au préfet de lui délivrer un titre de séjour, subsidiairement une autorisation provisoire de séjour, dans le délai de quinze jours à compter de la décision à intervenir à défaut de réexaminer sa situation ;

4°) à titre subsidiaire de suspendre l'arrêté du 6 avril 2023 par lequel le préfet du Calvados l'a obligée à quitter le territoire dans le délai de trente jours, a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement et lui a interdit le retour pour une durée d'un an ;

5°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

Sur l'ensemble des décisions :

- l'auteur de l'arrêté est incompétent.

Sur l'obligation de quitter le territoire :

- la décision méconnaît l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration car la motivation est stéréotypée, d'une part Mme A est présente en France depuis plus de dix ans, le préfet ne peut pas qualifier de " récente " son arrivée, d'autre part ni son dépôt de plainte ni ses problèmes de santé n'ont été mentionnés ;

- la décision est contraire à l'article L. 611-1 et aux articles L. 542-1 et L. 542-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et au droit au maintien qu'ils instaurent ;

- la décision méconnait l'article R. 425-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Sur la décision fixant le pays de renvoi :

- la décision méconnaît l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration ;

- elle méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Sur la décision interdisant le retour sur le territoire pour une durée d'un an :

- la décision est insuffisamment motivée et il n'a pas été procédé à un examen particulier de sa situation en méconnaissance de l'article L. 613-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision est illégale en conséquence de l'illégalité de la décision l'obligeant à quitter le territoire ;

- la décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elle est privée du droit à un recours effectif les articles L. 733-2 et R. 733-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile sont contraires à l'article 39 de la directive 2005/85/CE. Ils contreviennent également à l'article 47 et 52 § 3 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne. Ils méconnaissent les articles 3 et 13 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 17 mai 2023, le préfet du Calvados conclut au rejet de la requête au motif qu'aucun des moyens n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendu au cours de l'audience publique tenue le 12 juin 2023 à 14 heures le rapport de M. C et les observations de Me Bara Carré représentant Mme A.

L'instruction a été close à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B A, de nationalité nigériane, demande l'annulation de l'arrêté du 6 avril 2023 par lequel le préfet du Calvados l'a obligée à quitter le territoire dans le délai de trente jours, a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement et lui a interdit le retour pour une durée d'un an.

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'admettre la requérante au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire en application de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

3. Aux termes de l'article L. 425-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui dépose plainte contre une personne qu'il accuse d'avoir commis à son encontre des faits constitutifs des infractions de traite des êtres humains ou de proxénétisme, visées aux articles 225-4-1 à 225-4-6 et 225-5 à 225-10 du code pénal, ou témoigne dans une procédure pénale concernant une personne poursuivie pour ces mêmes infractions, se voit délivrer, sous réserve qu'il ait rompu tout lien avec cette personne, une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / Elle est renouvelée pendant toute la durée de la procédure pénale, sous réserve que les conditions prévues pour sa délivrance continuent d'être satisfaites. ". Aux termes de l'article R. 425-5 du même code : " Une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " est délivrée par le préfet territorialement compétent à l'étranger qui satisfait aux conditions définies à l'article L. 425-1. () / La demande de carte de séjour temporaire est accompagnée du récépissé du dépôt de plainte de l'étranger ou fait référence à la procédure pénale comportant son témoignage ".

4. Il ressort des pièces du dossier que Mme A a déposé une plainte le 18 juillet 2022 auprès du commissariat central de police de Caen contre une personne qu'elle accuse d'avoir commis à son encontre l'infraction de proxénétisme telle que définie à l'article 225-5 du code pénal et que l'instruction de cette plainte est en cours. Il ne ressort pas des pièces du dossier que Mme A n'aurait pas rompu tout lien avec cette personne. Par conséquent Mme A est dans le cas dans lequel un titre de séjour temporaire est délivré de plein droit à l'étranger sur le fondement de l'article R. 425-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il suit de là que la mesure d'éloignement contestée doit être annulée, ainsi que la décision fixant le pays de destination de cette mesure d'éloignement et l'interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

5. Eu égard au motif d'annulation ci-dessus retenu, le présent jugement implique nécessairement qu'il soit enjoint au préfet du Calvados de délivrer à Mme A un titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article R. 425-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans un délai d'un mois.

Sur les frais liés au procès :

6. Mme A a été admise provisoirement à l'aide juridictionnelle. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, sous réserve que Me Bara Carré, avocat du requérant, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État et sous réserve de l'admission définitive de son client à l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'État le versement à Me Bara Carré de la somme de 1 000 euros. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à Mme A par le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 1 000 euros lui sera versée.

D E C I D E :

Article 1er : Mme B A est admise à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : L'arrêté du 6 avril 2023 par lequel le préfet du Calvados a obligé Mme A à quitter le territoire dans le délai de trente jours, a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement et lui a interdit le retour pour une durée d'un an est annulé.

Article 3 : Il est enjoint au préfet du Calvados de délivrer à Mme A un titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article R. 425-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans un délai d'un mois.

Article 4 : L'Etat versera à Me Bara Carré une somme de 1 000 euros au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que Me Bara Carré renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée par le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 1 000 euros sera versée à Mme A.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et au préfet du Calvados.

Copie en sera transmise pour information au bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Caen.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 juin 2023.

Le président du tribunal,

Signé

H. CLa greffière,

Signé

A. Godey

La République mande et ordonne au préfet du Calvados en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme

la greffière,

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