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AccueilJurisprudence administrativeN° TA14-2301156

Tribunal Administratif de Caen — Décision N° TA14-2301156

mardi 19 septembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Caen
SectionTribunal Administratif de Caen
N° DossierTA14-2301156
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème Chambre

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 6 mai et 1er juillet 2023, M. B A, représenté par Me Djeumain, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler l'arrêté du 17 avril 2023 par lequel le préfet de l'Orne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office ;

2°) d'enjoindre au préfet de l'Orne de lui délivrer un titre de séjour dans un délai de trente jours suivant la notification du jugement, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision portant refus de titre de séjour est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation ;

- elle méconnaît l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français est illégale du fait de l'illégalité de la décision de refus de titre de séjour ;

- elle est insuffisamment motivée et est entachée d'un défaut d'examen de sa situation ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation et méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision portant refus d'octroi d'un délai de départ volontaire est insuffisamment motivée au regard du risque de fuite et est entachée d'un défaut d'examen de sa situation ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 30 mai 2023, le préfet de l'Orne conclut au rejet de la requête au motif qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Remigy a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, ressortissant congolais né le 22 janvier 1957, est, selon ses déclarations, entré sur le territoire français sous couvert d'un visa court séjour le 30 août 2004. Sa demande d'asile a été rejetée par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides du 25 janvier 2005, confirmée par une décision de la Cour nationale du droit d'asile du 4 mars 2005. Ses demandes de réexamen ont également été rejetées. M. A a sollicité son admission exceptionnelle au séjour auprès des services de la préfecture de l'Orne le 1er septembre 2021. Par l'arrêté attaqué du 17 avril 2023, le préfet de l'Orne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai et a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être reconduit d'office.

Sur la légalité de la décision portant refus de titre de séjour :

2. En premier lieu, la décision attaquée vise les dispositions pertinentes du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, notamment son article L. 435-1, précise que l'intéressé ne justifie pas de liens intenses, stables et anciens en France alors que ses enfants résident toujours dans son pays d'origine et que s'il justifie travailler dans le cadre d'un contrat à durée déterminée pour l'association Aide Emploi Services, il ne dispose pas d'une insertion professionnelle particulière. Cette décision comporte ainsi les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Si elle comporte des mentions erronées, relatives au pays d'origine du requérant, né au Congo et non en République démocratique du Congo, et aux dates auxquelles il a formulé sa demande d'asile et a fait l'objet d'une mesure d'éloignement, ces erreurs de plume sont sans incidence tant sur la compréhension des motifs de la décision que sur sa légalité. Enfin, le préfet n'était pas tenu de faire état de l'ensemble des éléments de fait concernant la situation personnelle et administrative du requérant. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'insuffisante motivation doit être écarté.

3. En deuxième lieu, il ne ressort ni des pièces du dossier ni des termes de la décision attaquée que le préfet n'aurait pas procédé à un examen complet de la situation de M. A.

4. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. Lorsqu'elle envisage de refuser la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par un étranger qui justifie par tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans, l'autorité administrative est tenue de soumettre cette demande pour avis à la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-14. Les modalités d'application du présent article sont définies par décret en Conseil d'Etat. ".

5. En présence d'une demande de régularisation présentée sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile par un étranger qui ne serait pas en situation de polygamie et dont la présence en France ne présenterait pas une menace pour l'ordre public, il appartient à l'autorité administrative de vérifier, dans un premier temps, si l'admission exceptionnelle au séjour par la délivrance d'une carte portant la mention " vie privée et familiale " répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard de motifs exceptionnels et, à défaut, dans un second temps, s'il est fait état de motifs exceptionnels de nature à permettre la délivrance, dans ce cadre, d'une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " ou " travailleur temporaire ".

6. M. A se prévaut de la régularité de son entrée en France, de l'ancienneté et de la continuité de son séjour, de l'importance de sa vie sociale et de son insertion professionnelle. Au soutien de ses allégations, il produit une attestation du gérant de la société Omega Exotic auprès de qui il avait obtenu une promesse d'embauche en 2018, une attestation d'un membre de la communauté de l'Eglise Saint-Martin de l'Aigle où il est guitariste, faisant état de son implication au sein de l'Eglise, de ses qualités humaines et de sa volonté d'insertion, une attestation d'une responsable du secours catholique où il est bénévole et, enfin, une attestation d'une de ses voisines soulignant sa parfaite intégration. Toutefois, ces éléments ne permettent pas d'établir que l'intéressé aurait noué des liens stables et intenses en France ou qu'il y aurait fixé le centre de ses intérêts privés, alors qu'il est par ailleurs constant que ses trois enfants majeurs résident dans son pays d'origine, où il a lui-même vécu jusqu'à l'âge de 47 ans. En outre, M. A, qui produit trois attestations de compétences de fin de formation datées de 2022, une promesse d'embauche consentie en 2018 par la société Omega Exotic pour un contrat à durée indéterminée en qualité d'employé de magasin et un contrat de travail à durée déterminée d'usage conclu avec l'Association Emploi Services du 2 mai 2022 au 31 mai 2022, ne justifie d'aucune tentative ou de volonté d'intégration professionnelle avant l'année 2018, malgré l'ancienneté de sa présence en France. Il ne justifie pas davantage d'une qualification ou expérience professionnelle particulière ni de la stabilité de sa situation professionnelle actuelle. Dans ces conditions, M. A ne justifie d'aucune considération humanitaire ni d'un motif exceptionnel de nature à permettre la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers du droit d'asile.

7. Il résulte de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision refusant de lui délivrer un titre de séjour.

Sur la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

8. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit au point précédent que le moyen tiré de ce que l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour soulevé à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être écarté.

9. En deuxième lieu, en application de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la décision par laquelle le préfet de police a obligé M. A à quitter le territoire français n'avait pas à faire l'objet d'une motivation particulière, dès lors que la décision de refus de titre de séjour est elle-même motivée. Par suite, ce moyen doit être écarté.

10. En troisième lieu, il ressort des pièces du dossier que le préfet de l'Orne a procédé à l'examen particulier de la situation de M. A.

11. En dernier lieu, pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point 6, la décision portant obligation de quitter le territoire français ne peut être regardée comme ayant porté au droit de M. A au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée par rapport aux buts en vue desquels cette mesure a été prise. Il ne ressort pas davantage des pièces du dossier que la décision serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

12. Il résulte de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

Sur la légalité de la décision refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire :

13. En premier lieu, la décision attaquée vise les dispositions pertinentes du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et précise que l'intéressé s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire français, qu'il n'a pas déféré à la précédente mesure d'éloignement prononcée à son encontre et qu'il existe par conséquent un risque de soustraction à la présente mesure d'éloignement. Cette décision comporte dès lors les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision serait insuffisamment motivée doit être écarté.

14. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. ". Aux termes de l'article L. 612-3 de ce code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : () 3° L'étranger s'est maintenu sur le territoire français plus d'un mois après l'expiration de son titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de son autorisation provisoire de séjour, sans en avoir demandé le renouvellement ; ()5° L'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement ; () ".

15. En l'espèce, il est constant que M. A s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire français à la suite du rejet de ses demandes de titre de séjour en 2015 et qu'il s'est soustrait à une précédente mesure d'éloignement prononcée à son encontre. Dans ces conditions, le préfet a pu, conformément aux dispositions citées au point précédent et sans entacher sa décision d'aucune erreur d'appréciation, refuser d'accorder un délai de départ volontaire au requérant.

16. En dernier lieu, si M. A fait valoir que ses enfants sont majeurs et autonomes, que ses parents sont décédés et qu'il n'est pas retourné au Congo depuis 2004, il ne ressort pas des pièces du dossier que la décision refusant à M. A l'octroi d'un délai de départ volontaire porterait une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale. Dans ces conditions, et en tout état de cause, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

17. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 17 avril 2023 par lequel le préfet de l'Orne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire sans délai et a fixé le pays de renvoi. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction ainsi que celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent également être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet de l'Orne.

Délibéré après l'audience du 28 août 2023, à laquelle siégeaient :

- Mme Macaud, présidente,

- Mme Remigy, conseillère,

- Mme Sénécal, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 septembre 2023.

La rapporteure,

SIGNÉ

J. REMIGY La présidente,

SIGNÉ

A. MACAUD

La greffière,

SIGNÉ

N. BELLA

La République mande et ordonne au préfet de l'Orne en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

E. BLOYET

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