mardi 10 décembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Caen |
| Section | Tribunal Administratif de Caen |
| N° Dossier | TA14-2301157 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 3ème chambre JU |
Vu les procédures suivantes :
I°) Par une requête et un mémoire, enregistrés le 6 mai 2023 et le 5 juin 2023, sous le n° 2301157, M. C I et Mme G A demandent au tribunal d'annuler la décision du 24 avril 2023 par laquelle la caisse d'allocations familiales du Calvados a notifié à M. I un indu de prime exceptionnelle de fin d'année, dite prime de Noël, d'un montant de 320,14 euros au titre de l'année 2019 (ING/5).
Ils soutiennent que :
- ils n'ont pas reçu communication du rapport de l'agent de contrôle en méconnaissance des dispositions de l'article L. 311-1 et L. 300-2 du code des relations entre le public et l'administration ;
- le principe du contradictoire a été méconnu ;
- l'indu est infondé ; ils ne disposent d'aucun revenu de placement.
Par un mémoire enregistré le 22 février 2024, la caisse d'allocations familiales du Calvados conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de M. I et Mme A la somme de 400 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que les moyens soulevés par les requérants ne sont pas fondés.
II°) Par une requête et un mémoire, enregistrés le 27 mai 2023 et le 8 juin 2023, sous le n° 2301352, M. C I et Mme G A demandent au tribunal d'annuler la décision par laquelle la caisse d'allocations familiales du Calvados a rejeté leur recours administratif dirigé contre la notification d'un indu de prime exceptionnelle de fin d'année d'un montant de 320,14 euros au titre de l'année 2020 (ING/3).
Ils soutiennent que :
- cette dette ne leur a pas été notifiée et ils n'ont jamais fait de recours contre cet indu ;
- il n'ont pas reçu communication du rapport de l'agent de contrôle en dépit de leurs demandes ;
- l'indu est infondé ; ils ne disposent d'aucun revenu.
Par un mémoire enregistré le 22 février 2024, la caisse d'allocations familiales du Calvados conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de M. I et Mme A la somme de 400 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que les moyens soulevés par les requérants ne sont pas fondés.
III°) Par une requête et un mémoire enregistrés le 18 juillet 2023 et le 27 janvier 2024, sous le n° 2301932, M. C I et Mme G A doivent être regardés, dans le dernier état de leurs écritures, comme demandant au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 5 juillet 2023 par laquelle le président du conseil départemental du Calvados a rejeté le recours administratif, formé le 6 mai 2023, dirigé contre la décision du 16 mars 2023 notifiant à M. I le maintien d'un indu de revenu de solidarité active au titre de la période du 1er mars 2020 au 28 février 2022 et l'informant qu'un indu supplémentaire sera généré au titre de la période du 1er mars 2019 au 29 février 2020 ;
2°) d'annuler la notification d'indu du 26 décembre 2023 annulant celle du 1er juin 2022.
Ils soutiennent que :
- le principe du contradictoire a été méconnu ; ils n'ont pas eu accès à leur dossier ni communication du rapport de l'agent de contrôle ;
- il ne connait pas les sommes prises en compte pour procéder au calcul de leurs droits et n'a jamais été contacté pour justifier de l'origine de ces sommes ; la caisse d'allocations familiales a intégré indistinctement toutes les sommes présentes sur son compte pour procéder au calcul de ses droits ;
- leurs droits ont été suspendus pendant quatre mois sans information préalable ;
- le département du Calvados a notifié un indu supplémentaire sur la période du 1er mars 2019 au 29 février 2020 en retenant la fraude, alors que la caisse d'allocations familiales lui avait précédemment indiqué que l'oubli de déclaration ne présentait pas de caractère volontaire ;
- les indus sont infondés dès lors que la séparation de fait n'entraine pas la séparation de biens et que les sommes sur son compte, qui correspondent à la vente de véhicules et à un emprunt, ne doivent pas être prises en compte pour le calcul des droits à l'allocation ;
- l'organisme social procède à des retenues mensuelles de 370,60 euros pour recouvrer la dette.
Par un mémoire enregistré le 27 décembre 2023, le département du Calvados conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
- la requête est irrecevable au regard des dispositions de l'article R. 411-1 du code de justice administrative ;
- le requérant est forclos pour contester la décision du 6 juillet 2022 lui notifiant l'indu d'un montant de 10 603,50 euros ; il aurait dû saisir le tribunal avant le 18 septembre 2022 ; en outre, en application de la jurisprudence Czabaj, le délai raisonnable était échu le 17 juillet 2023 ;
- l'indu de revenu de solidarité active est légalement fondé ;
- le requérant a commis des manœuvres frauduleuses qui font obstacle à toute possibilité d'obtenir une remise gracieuse de dette ; au surplus, il ne justifie pas de sa situation de précarité.
IV°) Par une requête enregistrée le 17 novembre 2023, sous le n° 2302992, M. C I, représenté par Me Desfarges, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 16 mars 2023 par laquelle le département du Calvados retient la fraude à son encontre ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros à verser à son conseil au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- il n'a pas fraudé ; il n'a jamais été informé de la base de calcul et de l'allocation ;
- la caisse d'allocations familiales et le département du Calvados se sont abstenus de tenir à jour ses droits et ont manqué à leur devoir d'information ;
- la caisse d'allocations familiales a commis une erreur de droit et d'appréciation en s'abstenant d'examiner la réalité de sa situation.
Par un mémoire enregistré le 23 octobre 2024, le département du Calvados conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
- le recours est irrecevable, la décision contestée étant insusceptible de recours devant le juge administratif ;
- les moyens soulevés ne sont pas fondés.
V°) Par une requête enregistrée le 17 novembre 2023, sous le n° 2302993, M. C I, représenté par Me Desfarges, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 16 mars 2023 par laquelle le département du Calvados confirme la décision d'indu de revenu de solidarité active au titre de la période du 1er mars 2020 au 28 février 2022 et l'informe qu'un indu supplémentaire sera généré au titre de la période du 1er mars 2019 au 29 février 2020 ;
2°) de le décharger du paiement de la somme de 10 603,50 euros ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros à verser à son conseil au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- la décision attaquée a été prise sur le fondement d'un traitement algorithmique et ne comporte aucune des informations exigées par les articles L. 311-3-1 et R. 311-3-1-2 du code des relations entre le public et l'administration ;
- la décision a été prise par une autorité incompétente ;
- la caisse d'allocations familiales ne justifie pas de l'assermentation de l'agent chargé du contrôle ;
- il n'a pas été informé de l'usage du droit de communication de l'article L. 114-21 du code de la sécurité sociale ;
- la commission de recours amiable n'a pas été saisie et ce, en méconnaissance des articles L. 262-47 et R. 262-90 du code de l'action sociale et des familles ; il a été privé de la garantie de la collégialité ;
- des retenues ont été pratiquées en méconnaissance du caractère suspensif du recours prévu par l'article L. 262-46 alinéa 2 du code de l'action sociale et des familles ;
- la caisse d'allocations familiales du Calvados a méconnu les droits de la défense et l'article 6 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ; la décision n'est pas motivée en fait et en droit, il n'a pu utilement faire valoir ses observations ; il n'a pas reçu communication du rapport de l'agent contrôleur ; le recours administratif préalable n'a pas permis de remédier à l'absence d'une procédure contradictoire préalable ;
- la caisse d'allocations familiales a commis une erreur de droit et d'appréciation en s'abstenant d'examiner la réalité de sa situation ;
- compte tenu de sa bonne foi et de sa situation précaire, une remise totale de la dette doit lui être accordée.
Par un mémoire enregistré le 23 octobre 2024, le département du Calvados conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
- le recours est tardive, la décision attaquée du 16 mars 2023 étant une décision confirmative de la décision du 6 juillet 2022 qui est définitive ;
- les moyens soulevés ne sont pas fondés.
VI°) Par une requête enregistrée le 17 novembre 2023, sous le n° 2302996, M. C I, représenté par Me Desfarges, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 24 avril 2023 par laquelle la caisse d'allocations familiales du Calvados demande le remboursement d'un indu d'aide exceptionnelle de solidarité, dite prime de solidarité active, d'un montant de 50 euros au titre de novembre 2020 (INQ/3) ;
2°) de le décharger du paiement de la somme de 50 euros ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros à verser à son conseil au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- la notification d'indu du 1er juin 2022 méconnait les dispositions de l'article R. 133-9-2 du code de la sécurité sociale dès lors qu'elle ne lui permet pas de comprendre la motivation exacte de la réclamation, de connaître le montant exact de la somme réclamée et l'existence du délai de deux mois imparti au débiteur pour s'acquitter de la somme réclamée ; la décision ne mentionne pas le droit d'option prévu par l'article L. 553-2 du même code ; au surplus, celle-ci ne comporte ni le nom ni le prénom de celui qui a signé pour ordre en méconnaissance de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration ;
- la décision viole les dispositions de l'article L. 262-46 du code de l'action sociale et des familles ;
- la décision n'est pas motivée en fait et en droit ;
- le retrait d'une décision d'attribution d'aide exceptionnelle ne peut intervenir qu'à l'issue d'une procédure contradictoire préalable en application des articles L. 121-1 et L. 122-1 du code des relations entre le public et l'administration ;
- la caisse d'allocations familiales a commis une erreur de droit et d'appréciation en s'abstenant d'examiner la réalité de sa situation ;
- compte tenu de sa bonne foi et de sa situation précaire, une remise totale de la dette doit lui être accordée.
Par un mémoire enregistré le 22 février 2024, la caisse d'allocations familiales du Calvados conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de M. I et Mme A la somme de 400 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que le trop-perçu INQ/3 n'a pas été notifié puisqu'il a fait l'objet d'une régularisation le 3 juin 2022 ; qu'il a été évoqué par erreur dans le courrier du 24 avril 2023.
VII°) Par une requête enregistrée le 17 novembre 2023, sous le n° 2302998, M. C I, représenté par Me Desfarges, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 24 avril 2023 par laquelle la caisse d'allocations familiales du Calvados lui notifie un indu de prime exceptionnelle de fin d'année d'un montant de 320,14 euros au titre de l'année 2020 (ING/3) ;
2°) de le décharger du paiement de la somme de 320,14 euros ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros à verser à son conseil au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- la notification d'indu du 1er juin 2022 méconnait les dispositions de l'article R. 133-9-2 du code de la sécurité sociale dès lors qu'elle ne lui permet pas de comprendre la motivation exacte de la réclamation, de connaître le montant exact de la somme réclamée et l'existence du délai de deux mois imparti au débiteur pour s'acquitter de la somme réclamée ; la décision ne mentionne pas le droit d'option prévu par l'article L. 553-2 du même code ; au surplus, celle-ci ne comporte ni le nom ni le prénom de celui qui a signé pour ordre en méconnaissance de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration ;
- la décision viole les dispositions de l'article L. 262-6 du code de l'action sociale et des familles ;
- la décision n'est pas motivée en fait et en droit ;
- le retrait d'une décision d'attribution de prime exceptionnelle ne peut intervenir qu'à l'issue d'une procédure contradictoire préalable ;
- la décision de la commission de recours amiable ne comporte pas de signature ;
- la caisse d'allocations familiales a commis une erreur de droit et d'appréciation en s'abstenant d'examiner la réalité de sa situation ;
- compte tenu de sa bonne foi et de sa situation précaire, une remise totale de la dette doit lui être accordée.
Par un mémoire enregistré le 22 février 2024, la caisse d'allocations familiales du Calvados conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de M. I et Mme A la somme de 400 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que l'indu n'a pas été notifié car il a été soldé après une retenue sur un rappel de prestations lié à la régularisation du dossier le 3 juin 2022.
VIII°) Par une requête enregistrée le 12 avril 2024, sous le n° 2400971, M. C I, représenté par Me Desfarges, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 5 juillet 2023 par laquelle le président du conseil départemental du Calvados a rejeté son recours administratif formé contre la décision de la caisse d'allocations familiales du Calvados du 24 avril 2023 lui notifiant un indu de revenu de solidarité active (INK/4) d'un montant de 6 720,33 euros au titre de la période du 1er mars 2019 au 29 février 2020 ;
2°) de le décharger du paiement de la somme de 6 720,33 euros ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros à verser à son conseil au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- la décision a été prise par une autorité incompétente ;
- la caisse d'allocations familiales ne justifie pas de l'assermentation de l'agent chargé du contrôle ;
- il n'a pas été informé de l'usage du droit de communication de l'article L. 114-21 du code de la sécurité sociale ;
- la commission de recours amiable n'a pas été saisie et ce, en méconnaissance des articles L. 262-47 et R. 262-90 du code de l'action sociale et des familles ; il a été privé de la garantie de la collégialité ;
- la caisse d'allocations familiales du Calvados méconnaît les droits de la défense et l'article 6 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ; la décision n'est pas motivée en fait et en droit, il n'a pu utilement faire valoir ses observations ; il n'a pas reçu communication du rapport de l'agent contrôleur ; le recours administratif préalable n'a pas permis de remédier à l'absence d'une procédure contradictoire préalable ;
- la caisse d'allocations familiales a commis une erreur de droit et d'appréciation en s'abstenant d'examiner la réalité de sa situation ;
- compte tenu de sa bonne foi et de sa situation précaire, une remise totale de la dette doit lui être accordée.
Par un mémoire enregistré le 23 octobre 2024, le département du Calvados conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
- le recours est irrecevable du fait de sa tardiveté ;
- les moyens doivent être écartés dans la mesure où ils sont invoqués au-delà du délai de recours contentieux et concernent des causes juridiques différentes de celles invoquées dans le recours enregistré sous le n° 2301932 ;
- les moyens soulevés ne sont pas fondés.
M. C I a été admis, pour les instances n° 2302992, 2302993, 2302996, 2302998, par ordonnance du 18 décembre 2023 du président de la Cour administrative d'appel de Nantes, et pour l'instance n° 2400971, par décision du 19 mars 2024 du président du tribunal judiciaire de Caen, au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.
Vu les autres pièces des dossiers.
Vu :
- le code de l'action sociale et des familles ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de la sécurité sociale ;
- le décret n° 2019-1323 du 10 décembre 2019 ;
- le décret n° 2020-1453 du 27 novembre 2020 ;
- le décret n° 2020-1746 du 29 décembre 2020 ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné Mme Macaud, vice-présidente, en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.
La magistrate désignée a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Macaud,
- et les observations de M. E, représentant le département du Calvados.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. C I perçoit le revenu de solidarité active depuis le 1er juillet 2018. A la suite d'une enquête réalisée par un agent de contrôle, la caisse d'allocations familiales du Calvados a considéré que M. C I, qui avait déclaré une séparation de fait à la date du 18 juin 2018, avait commis une fausse déclaration et qu'il vivait toujours maritalement avec Mme G A. L'organisme social a procédé à la régularisation des droits de l'intéressé en retenant une vie commune sur la période du 1er juin 2018 au 1er septembre 2019 et en intégrant des sommes, relevées par l'agent de contrôle, qui apparaissaient sur ses différents comptes bancaires. Par courrier du 1er juin 2022, la caisse d'allocations familiales lui a notifié un indu de revenu de solidarité active (INK/3) d'un montant de 10 603,50 euros pour la période du 1er mars 2020 au 31 décembre 2021. Par courrier du 23 juin 2022, M. I et Mme A ont formé un recours administratif. Par décision du 16 mars 2023, le département du Calvados a confirmé l'indu de revenu de solidarité activé et informé l'intéressé qu'un indu supplémentaire sera généré. La caisse d'allocations familiales du Calvados a ainsi notifié le 24 avril 2023 un nouvel indu de revenu de solidarité active (INK/4) d'un montant de 6 720,33 euros pour la période allant du 1er mars 2019 au 29 février 2020. Par deux autres courriers datés du même jour, la caisse d'allocations familiales lui a notifié un indu de prime exceptionnelle de fin d'année au titre de l'année 2019 (ING/5) et lui a indiqué qu'il restait redevable d'un indu de revenu de solidarité active de 10 603,80 euros pour la période de mars 2020 à décembre 2021, d'un indu de prime exceptionnelle de fin d'année de l'année 2020 de 320,14 euros (ING/3), d'un indu de prime d'aide exceptionnelle de solidarité de 350 euros du mois de mai 2020 (INQ/4) et d'un indu d'aide exceptionnelle de solidarité de 50 euros au titre du mois de novembre 2020 (INQ/3). Par courrier du 15 mai 2023, la caisse d'allocations familiales a communiqué à Mme A les décisions rendues par la commission de recours amiable à la suite de sa contestation du 23 juin 2022. Par décision du 5 juillet 2023, le département du Calvados a rejeté le recours de M. I à l'encontre de la décision du 16 mars 2023 et de la notification d'indu du revenu de solidarité active du 24 avril 2023. Par ces requêtes, qu'il y a lieu de joindre pour statuer par un seul jugement, M. I et Mme A demandent au tribunal d'annuler les décisions prises les 16 mars 2023, 24 avril 2023 et 5 juillet 2023 par la caisse d'allocations familiales et le département du Calvados portant sur les deux indus de revenus de solidarité active, sur la prime exceptionnelle de fin d'année 2019 et 2020, sur la qualification de fraude, sur l'indu de prime de solidarité active et de les décharger du paiement des sommes qui leur sont réclamées.
Sur l'aide juridictionnelle :
2. En vertu de l'article 92 du décret du 28 décembre 2020 portant application de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et relatif à l'aide juridictionnelle et à l'aide à l'intervention de l'avocat dans les procédures non juridictionnelles, la part contributive versée par l'État à l'avocat choisi ou désigné pour assister plusieurs personnes dans un litige reposant sur les mêmes faits et comportant des prétentions ayant un objet similaire est réduite par le juge de 30 % pour la deuxième affaire, de 40 % pour la troisième affaire, de 50 % pour la quatrième affaire et de 60 % pour la cinquième et s'il y a lieu pour les affaires supplémentaires. La réduction de la part contributive de l'État à la rétribution des missions d'aide juridictionnelle assurées par l'avocat devant la juridiction administrative s'applique lorsque celui-ci assiste un même bénéficiaire de l'aide juridictionnelle et que le juge est conduit à trancher des litiges reposant sur les mêmes faits et comportant des prétentions ayant un objet similaire. Tel est le cas en l'espèce pour les requêtes n° 2302992, 2302993, 2302996, 2302998 et 2400971 présentées par M. C I. Par suite, l'instance n° 2302993 donnera lieu à une réduction de 30 % appliquée à la part contributive de l'État au titre de l'aide juridictionnelle, l'instance n° 2302996 à une réduction de 40 %, l'instance n° 2302998 à une réduction de 50 % et l'instance n° 2400971 à une réduction de 60 %.
Sur le courrier du président du conseil départemental du 16 mars 2023 :
3. Dans sa requête, enregistrée sous le n° 2302992, M. I conteste le courrier du 16 mars 2023 du président du conseil départemental du Calvados en tant qu'il l'informe qu'il a décidé de déposer plainte auprès du Procureur de la République, le courrier confirmant, par ailleurs, l'indu de revenu de solidarité active généré par la caisse d'allocations familiales. Si M. I fait valoir qu'il n'a commis aucune fraude, le courrier du 16 mars 2023, qui l'informe du dépôt d'une plainte, ne constitue pas une décision faisant grief susceptible de faire l'objet d'un recours. Dans ces conditions, et ainsi que le fait valoir le département du Calvados, les conclusions de M. I dirigées contre le courrier du 16 mars 2023, en tant qu'il porte sur le caractère frauduleux des agissements du requérant, sont irrecevables.
Sur l'indu d'aide exceptionnelle de solidarité INQ/3 :
4. Il résulte de l'instruction, en particulier de la notification d'indu du 26 décembre 2023 qui annule et remplace la notification d'indu du 1er juin 2022, qu'après régularisation du dossier de M. I, il a été constaté que certaines prestations étaient dues au regard de sa situation familiale et de ses revenus et que des créances devaient donc être annulées, notamment celles relatives aux aides exceptionnelles de solidarité versées en 2020 (INQ/3 et INQ/4). Dans ces conditions, la requête n° 2302996 dirigée contre l'indu d'aide exceptionnelle de solidarité d'un montant de 50 euros (INQ/3) est dépourvue d'objet. Par suite, il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions relatives à cet indu.
Sur les indus de revenu de solidarité active :
5. Lorsque le recours est dirigé contre une décision qui, remettant en cause des paiements déjà effectués, ordonne la récupération de montants d'allocation de revenu de solidarité active que l'administration estime avoir été indûment versés, il entre dans l'office du juge d'apprécier, au regard de l'argumentation du requérant, le cas échéant, de celle développée par le défendeur et, enfin, des moyens d'ordre public, en tenant compte de l'ensemble des circonstances de fait qui résultent de l'instruction, la régularité comme le bien-fondé de la décision de récupération d'indu. Il lui appartient, s'il y a lieu, d'annuler ou de réformer la décision ainsi attaquée, pour le motif qui lui paraît, compte tenu des éléments qui lui sont soumis, le mieux à même, dans l'exercice de son office, de régler le litige.
En ce qui concerne l'indu de revenu de solidarité active de 10 603,50 euros (INK/3) :
S'agissant de l'étendue du litige :
6. Par courrier du 1er juin 2022, la caisse d'allocations familiales a notifié à M. I un indu de revenu de solidarité active (INK/3) d'un montant de 10 603,50 euros pour la période du 1er mars 2020 au 31 décembre 2021. Par courrier du 23 juin 2022, M. I et Mme A ont formé un recours administratif. Par décision du 16 mars 2023, le département du Calvados a rejeté le recours administratif formé par les requérants, décision qui est venue se substituer à la précédente notification du 1er juin 2022, et qui est seule susceptible d'être attaquée.
S'agissant de la régularité de la décision du 16 mars 2023 relative à l'indu de revenu de solidarité active (INK/3) :
7. En premier lieu, aux termes du premier alinéa de l'article L. 262-47 du code de l'action sociale et des familles : " Toute réclamation dirigée contre une décision relative au revenu de solidarité active fait l'objet, préalablement à l'exercice d'un recours contentieux, d'un recours administratif auprès du président du conseil départemental. Ce recours est, dans les conditions et limites prévues par la convention mentionnée à l'article L. 262-25, soumis pour avis à la commission de recours amiable qui connaît des réclamations relevant de l'article L. 242-1 du code de la sécurité sociale. Les modalités d'examen du recours sont définies par décret en Conseil d'Etat ". La convention de gestion du revenu de solidarité active conclue le 17 juin 2009 entre le département du Calvados et la caisse d'allocations familiales du Calvados prévoit, en son article 4.3, que le conseil général examine les recours administratifs des allocataires sans soumettre au préalable les dossiers pour avis à la caisse d'allocations familiales. Dans ces conditions, la consultation de cette commission n'était pas obligatoire et le président du conseil départemental pouvait, sans priver l'intéressé d'une garantie, statuer sur le recours de M. I sans le soumettre pour avis à la commission de recours amiable.
8. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 262-40 du code de l'action sociale et des familles : " () Les organismes chargés de son versement réalisent les contrôles relatifs au revenu de solidarité active selon les règles, procédures et moyens d'investigation applicables aux prestations de sécurité sociale. () ". Selon le premier alinéa de l'article L. 114-10 du code de la sécurité sociale : " Les directeurs des organismes chargés de la gestion d'un régime obligatoire de sécurité sociale ou du service des allocations et prestations mentionnées au présent code confient à des agents chargés du contrôle, assermentés et agréés dans des conditions définies par arrêté du ministre chargé de la sécurité sociale ou par arrêté du ministre chargé de l'agriculture, le soin de procéder à toutes vérifications ou enquêtes administratives concernant l'attribution des prestations, le contrôle du respect des conditions de résidence et la tarification des accidents du travail et des maladies professionnelles. () Les constatations établies à cette occasion par ces agents font foi jusqu'à preuve du contraire. ".
9. Il résulte de l'instruction que Mme B, agente de la caisse d'allocations familiales du Calvados ayant procédé au contrôle de situation de M. I et Mme A, et dont les nom et prénom sont apposés en fin du rapport d'enquête du 23 juillet 2021, a prêté serment le 13 février 2018 et a été agréée par une décision du 3 septembre 20218. Par suite, cette agente était habilitée pour effectuer un contrôle de la situation des requérants. Ce moyen doit, dès lors, être écarté.
10. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 311-3-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Sous réserve de l'application du 2° de l'article L. 311-5, une décision individuelle prise sur le fondement d'un traitement algorithmique comporte une mention explicite en informant l'intéressé. Les règles définissant ce traitement ainsi que les principales caractéristiques de sa mise en œuvre sont communiquées par l'administration à l'intéressé s'il en fait la demande () ". Il résulte de l'instruction que la décision de récupération de l'indu de revenu de solidarité active en litige n'a pas été prise sur le fondement d'un traitement algorithmique. Le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées ne peut, dès lors, qu'être écarté.
11. En quatrième lieu, la décision du 16 mars 2023 a été signée par M. H F, adjoint à la directrice de l'insertion et du logement, qui disposait d'une délégation de signature, en date du 25 octobre 2021, régulièrement publiée, à l'effet notamment de signer, dans les domaines relevant de sa compétence, les décisions relatives aux recours administratifs préalables obligatoires. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'acte doit être écarté.
12. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 114-19 du code de la sécurité sociale : " Le droit de communication permet d'obtenir, sans que s'y oppose le secret professionnel, les documents et informations nécessaires : / 1° Aux agents des organismes chargés de la gestion d'un régime obligatoire de sécurité sociale pour contrôler la sincérité et l'exactitude des déclarations souscrites ou l'authenticité des pièces produites en vue de l'attribution et du paiement des prestations servies par lesdits organismes ; () ". Aux termes de l'article L. 114-21 du même code : " L'organisme ayant usé du droit de communication en application de l'article L. 114-19 est tenu d'informer la personne physique ou morale à l'encontre de laquelle est prise la décision de supprimer le service d'une prestation ou de mettre des sommes en recouvrement, de la teneur et de l'origine des informations et documents obtenus auprès de tiers sur lesquels il s'est fondé pour prendre cette décision. Il communique, avant la mise en recouvrement ou la suppression du service de la prestation, une copie des documents susmentionnés à la personne qui en fait la demande ".
13. Il résulte de ces dispositions que les caisses d'allocations familiales peuvent faire usage, pour contrôler la sincérité et l'exactitude des déclarations souscrites ou l'authenticité des pièces produites en vue de l'attribution et du paiement de ces prestations, du droit de communication instauré par l'article L. 114-19 du code de la sécurité sociale, en respectant les garanties procédurales qui s'attachent, en vertu de l'article L. 114-21 du même code, à l'exercice de ce droit par un organisme de sécurité sociale. Il incombe ainsi à l'organisme ayant usé du droit de communication, avant la suppression du service de la prestation ou la mise en recouvrement, d'informer l'allocataire à l'encontre duquel est prise la décision de supprimer le droit au revenu de solidarité active ou de récupérer un indu de ces prestations, tant de la teneur que de l'origine des renseignements qu'il a obtenus de tiers par l'exercice de son droit de communication et sur lesquels il s'est fondé pour prendre sa décision. Cette obligation a pour objet de permettre à l'allocataire, notamment, de discuter utilement leur provenance ou de demander que les documents qui, le cas échéant, contiennent ces renseignements soient mis à sa disposition avant la récupération de l'indu ou la suppression du service de la prestation, afin qu'il puisse vérifier l'authenticité de ces documents et en discuter la teneur ou la portée.
14. Enfin, les dispositions de l'article L. 114-21 du code de la sécurité sociale instituent une garantie au profit de l'intéressé. Toutefois, leur méconnaissance par l'organisme demeure sans conséquence sur le bien-fondé de la décision prise s'il est établi qu'eu égard à la teneur du renseignement, nécessairement connu de l'allocataire, celui-ci n'a pas été privé, du seul fait de l'absence d'information sur l'origine du renseignement, de cette garantie.
15. En l'espèce, il ressort du rapport de contrôle, rédigé le 23 juillet 2021, que Mme A a été informée oralement, par la contrôleuse assermentée, de son droit d'apporter toutes précisions, modifications ou rectifications par tous moyens ou de contester le rapport ainsi que de la faculté pour la caisse d'allocations familiales de mettre en œuvre le droit de communication, prévu aux articles L.114-19 et suivants du code de la sécurité sociale, et de son droit à obtenir la communication des documents obtenus des tiers, si le contrôle aboutit à un recouvrement ou à la suppression de la prestation. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de ces dispositions doit être écarté.
16. En sixième lieu, la décision du 16 mars 2023 mentionne le fondement juridique dont il a été fait application et les éléments de fait qui la fondent. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation de cette décision doit être écarté.
17. En septième lieu, à supposer établi que la caisse d'allocations familiales du Calvados a procédé au recouvrement de l'indu de revenu de solidarité active par des retenues pratiquées en méconnaissance de l'effet suspensif du recours, cette circonstance est toutefois sans incidence sur le bien-fondé de l'indu de revenu de solidarité active. Ce moyen doit, dès lors, être écarté.
18. En huitième lieu, si les requérants ont sollicité à plusieurs reprises la communication du rapport d'enquête, il ne résulte pas de l'instruction qu'ils auraient accompagné leurs demandes du formalisme nécessaire à cette communication tel que leur avait indiqué le service médiation de la caisse d'allocations familiales du Calvados le 12 avril 2022, le 17 juin 2022 et le 28 octobre 2022, l'organisme social soutenant en particulier que les demandes n'étaient pas accompagnées d'une pièce d'identité ou étaient adressées au mauvais interlocuteur. En outre, aucune disposition législative ou réglementaire n'impose à la caisse d'allocations familiales de communiquer à l'allocataire le rapport d'enquête établi par l'agent assermenté à l'issue du contrôle qu'il a effectué. Par suite, M. I n'est pas fondé à invoquer l'irrégularité de la procédure faute d'avoir pu présenter des observations orales préalablement à l'intervention de la décision attaquée et faute d'avoir eu communication du rapport d'enquête de l'agent assermenté de la caisse d'allocations familiales du Calvados. En tout état de cause, il résulte du recours administratif préalable exercé par les requérants le 23 juin 2022 auprès du conseil départemental du Calvados qu'ils ont eu connaissance des motifs de la décision leur notifiant l'indu de revenu de solidarité active. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des droits de la défense doit être écarté.
19. En dernier lieu, la caisse d'allocations familiales du Calvados n'étant pas une juridiction au sens des stipulations de l'article 6 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et la décision attaquée de récupération d'un indu de revenu de solidarité active n'étant pas une sanction, le moyen tiré de ce que la décision attaquée serait intervenue au terme d'une procédure de contrôle méconnaissant les droits de la défense dont le respect est garanti par les stipulations de cet article 6 est inopérant.
S'agissant du bien-fondé de l'indu de revenu de solidarité active (INK/3) :
20. Aux termes de l'article L. 262-2 du code de l'action sociale et des familles : " Toute personne résidant en France de manière stable et effective, dont le foyer dispose de ressources inférieures à un montant forfaitaire, a droit au revenu de solidarité active () ". Aux termes du deuxième alinéa de l'article L. 262-3 du même code : " L'ensemble des ressources du foyer, y compris celles qui sont mentionnées à l'article L. 132-1, est pris en compte pour le calcul du revenu de solidarité active () ". Aux termes de l'article R. 262-37 de ce code : " Le bénéficiaire de l'allocation de revenu de solidarité active est tenu de faire connaître à l'organisme chargé du service de la prestation toutes informations relatives à sa résidence, à sa situation de famille, aux activités, aux ressources et aux biens des membres du foyer ; il doit faire connaître à cet organisme tout changement intervenu dans l'un ou l'autre de ces éléments ". Aux termes de l'article L. 262-9 du même code : " / () Est considérée comme isolée une personne veuve, divorcée, séparée ou célibataire, qui ne vit pas en couple de manière notoire et permanente et qui notamment ne met pas en commun avec un conjoint, concubin ou partenaire de pacte civil de solidarité ses ressources et ses charges. () ".
21. Il résulte de ces dispositions que, pour le bénéfice du revenu de solidarité active, le foyer s'entend du demandeur ainsi que, le cas échéant, de son conjoint ou partenaire lié par un pacte civil de solidarité ou concubin, ce dernier étant la personne qui mène avec le demandeur une vie de couple stable et continue. Une telle vie de couple peut être établie par un faisceau d'indices concordants, au nombre desquels la circonstance que les intéressés mettent en commun leurs ressources et leurs charges.
22. En l'espèce, les indus de revenu de solidarité active au titre de la période du 1er juin 2018 au 1er septembre 2019 sont notamment consécutifs à la rectification de la situation du foyer, eu égard à l'existence d'une vie en concubinage entre Mme A et M. I, qui est contestée par les requérants qui invoquent une séparation au 1er juin 2018. Il résulte de l'instruction, et notamment du rapport d'enquête établi le 23 juillet 2021, qui a été produit à l'instance, que M. I est connu à l'adresse de Mme A auprès de différents organismes sociaux, fiscaux et bancaires et que les quittances de bail pour les logements à Colombelles, puis à Caen, étaient libellées au nom du couple. Mme A a ainsi emménagé dans un nouveau logement à Caen pour lequel le bail a été signé par le couple le 14 décembre 2018. Il est constant que M. I n'a pas effectué de recherches de logement. S'il produit une attestation d'hébergement de M. D, celle-ci n'est pas suffisamment circonstanciée. L'agente de contrôle a par ailleurs constaté que les relevés bancaires révélaient que les charges de loyer, d'eau, de téléphone et d'Internet étaient prélevées sur le compte de M. I et que Mme A s'acquittait de la taxe d'habitation. En outre, Mme A n'a engagé aucune démarche pour la fixation d'une pension alimentaire. Au vu de l'ensemble de ces éléments, qui constituent un faisceau d'indices concordants, c'est à bon droit que la caisse d'allocations familiales du Calvados a procédé à la régularisation des droits de Mme A et de M. I en retenant l'existence d'une vie maritale sur la période en litige.
23. En outre, alors que les requérants ont déclaré des ressources nulles sur leurs déclarations trimestrielles de ressources, il résulte de l'instruction, notamment des constats effectués par l'agente de contrôle dans son rapport d'enquête, que quarante-huit dépôts d'espèce ont été effectués sur les différents comptes bancaires de M. I entre novembre 2018 et avril 2021 pour un montant total de 24 350 euros. A supposer même que ces montants proviennent de la vente de biens personnels, ces sommes auraient dû être déclarées et prises en compte par la caisse d'allocations familiales, eu égard à leur montant et à leur périodicité. Par suite, la caisse d'allocations familiales du Calvados était fondée à procéder à la régularisation des droits des intéressés au vu de l'ensemble de ces éléments pour procéder au calcul de leurs droits à l'allocation.
24. Il résulte de tout ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner les fins de non-recevoir opposées par le département du Calvados, que M. I et Mme A ne sont pas fondés à demander l'annulation de l'indu de revenu de solidarité d'un montant de 10 603,50 euros (INK/3).
En ce qui concerne l'indu de revenu de solidarité active de 6 720,33 euros (INK/4) :
S'agissant de l'étendue du litige :
25. Par courrier du 24 avril 2023, la caisse d'allocations familiales du Calvados a notifié un nouvel indu de revenu de solidarité active (INK/4) d'un montant de 6 720,33 euros pour la période allant du 1er mars 2019 au 29 février 2020. M. I a formé un recours administratif le 6 mai 2023, recours rejeté par le département du Calvados par décision du 5 juillet 2023 qui est venue se substituer à la précédente notification du 24 avril 2023, et qui est seule susceptible d'être attaquée.
S'agissant de la régularité de la décision du 5 juillet 2023 :
26. En premier lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés aux points 7, 8, 9, 12, 13, 14, 15, les moyens tirés de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 114-21 du code de la sécurité sociale, du défaut d'assermentation de l'agente de contrôle, de l'absence de saisine de la commission de recours amiable et de la méconnaissance des droits de la défense, doivent être écartés.
27. En deuxième lieu, la décision du 5 juillet 2023 a été signée par M. H F, responsable du service insertion qui disposait d'une délégation de signature, en date du 30 mars 2023, régulièrement publiée, à l'effet notamment de signer, dans les domaines relevant de sa compétence, les décisions relatives aux recours administratifs préalables obligatoires. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'acte doit être écarté.
28. En dernier lieu, la décision du 5 juillet 2023 comporte les motifs de droit et de fait qui la fonde et est, par suite, suffisamment motivée.
S'agissant du bien-fondé de la décision du 5 juillet 2023 :
29. Pour les mêmes motifs que ceux exposés aux points 22 et 23, eu égard à l'absence de séparation effective du couple et à la prise en compte des ressources réelles du foyer, l'indu de revenu de solidarité active d'un montant de 6 720,33 euros au titre de la période du 1er mars 2019 au 29 février 2020 est légalement fondé.
30. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les fins de non-recevoir opposées par le département du Calvados, que les requérants ne sont pas fondés à demander l'annulation de l'indu de revenu de solidarité active d'un montant de 6 720,33 euros (INK/4).
Sur la prime exceptionnelle de fin d'année 2019 (ING/5) et 2020 (ING/3) :
31. Aux termes de l'article 3 du décret du 10 décembre 2019 portant attribution d'une aide exceptionnelle de fin d'année aux bénéficiaires du revenu de solidarité active et aux bénéficiaires de l'allocation de solidarité spécifique, de la prime forfaitaire pour reprise d'activité et de l'allocation : " Une aide exceptionnelle est attribuée aux allocataires du revenu de solidarité active qui ont droit à cette allocation au titre du mois de novembre 2019 ou, à défaut, du mois de décembre 2019, sous réserve que le montant dû au titre de ces périodes ne soit pas nul et à condition que les ressources du foyer, appréciées selon les dispositions prises en vertu de l'article L. 262-3 du code de l'action sociale et des familles, n'excèdent pas le montant forfaitaire mentionné à l'article L. 262-2 du même code./ Une seule aide est due par foyer. ". Des dispositions identiques ont été édictées au titre de l'année 2020 par le décret du 29 décembre 2020.
32. Il résulte de ce qui a été dit aux points 24 et 30 que M. I n'avait pas droit au revenu de solidarité active au titre des mois de novembre ou décembre 2019 et 2020. Par suite, le requérant ne pouvait prétendre à la prime exceptionnelle de fin d'année 2019 ni 2020. C'est dès lors à bon droit que le président du conseil départemental a constaté les indus au titre de ces deux années. Le président du conseil départemental étant en situation de compétence liée pour refuser le versement de la prime exceptionnelle de fin d'année à une personne qui ne bénéficie pas du revenu de solidarité active, les moyens soulevés par M. I ne peuvent qu'être écartés.
33. Il résulte de ce qui précède que M. I n'est pas fondé à demander l'annulation des décisions relatives aux indus de prime exceptionnelle de fin d'année.
Sur la demande de remise de dette :
34. Aux termes de l'article L.262-46 du code de l'action sociale et des familles : " () La créance peut être remise ou réduite par le président du conseil départemental ou l'organisme chargé du service du revenu de solidarité active pour le compte de l'Etat, en cas de bonne foi ou de précarité de la situation du débiteur, sauf si cette créance résulte d'une manœuvre frauduleuse ou d'une fausse déclaration () ".
35. La procédure de l'article L. 262-46 du code de l'action sociale et des familles ne crée aucun droit à remise de dette au profit des attributaires du revenu de solidarité active qui sont débiteurs de sommes qui leur ont été indûment versées. Il appartient toutefois au tribunal administratif, saisi d'une demande dirigée contre une décision refusant ou ne faisant que partiellement droit à une demande de remise ou de réduction d'indu de se prononcer lui-même sur la demande en recherchant si, au regard des circonstances de fait existant à la date de sa propre décision, la situation de précarité du débiteur et sa bonne foi justifient que lui soit accordée une remise ou une réduction supplémentaire. Si le dernier alinéa de cet article permet au président du conseil départemental, en cas de précarité de la situation du débiteur, de faire remise de la créance qui en résulte pour le département ou de la réduire, cette faculté ne peut s'exercer en cas de manœuvre frauduleuse ou de fausse déclaration, cette dernière notion devant s'entendre comme visant les inexactitudes ou omissions délibérément commises par l'allocataire dans l'exercice de son obligation déclarative.
36. Les requérants font valoir qu'ils sont de bonne foi et dans l'incapacité de rembourser leurs dettes compte tenu de leur situation de précarité. Il résulte de l'instruction que les indus d'allocation de revenu de solidarité active et de prime exceptionnelle en litige ont pour origine la rectification de leurs ressources résultant de la prise en compte d'une vie maritale et de certaines sommes non déclarées. La réitération des omissions délibérément commises par les requérants dans l'exercice de l'obligation déclarative fait obstacle, en application des dispositions de l'article L. 262-46 du code précité, à une remise gracieuse de leurs dettes. En outre, Mme A et M. I ne justifient pas de leur situation de précarité. Dans ces conditions, ils ne sont pas fondés, en tout état de cause, à solliciter une remise de leurs dettes.
37. Il résulte de tout ce qui précède que les requérants ne sont pas fondés à demander l'annulation des indus qui leur ont été notifiés ni à être déchargés de leurs dettes.
Sur les frais liés au litige :
38. S'agissant des frais d'instance, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et pour l'ensemble des instances, de rejeter les conclusions de Me Desfarges tendant au bénéfice des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. En outre, il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge des requérants la somme demandée par la caisse d'allocations familiales au même titre.
D E C I D E :
Article 1er : La part contributive de l'État au titre de l'aide juridictionnelle est réduite de 30 % dans l'instance n° 2302993, 40 % dans l'instance n° 2302996, 50 % dans l'instance n° 2302998 et 60 % dans l'instance 2400971.
Article 2 : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions à fin d'annulation et de décharge de la requête n° 2302996.
Article 3 : Les requêtes n° 2301157, 2301352, 2301932, 2302992, 2302993, 2302998, 2400971 de M. I et Mme A et les conclusions relatives aux frais de l'instance de la requête n° 2302996 sont rejetées.
Article 4 : Les conclusions de la caisse d'allocations familiales du Calvados tendant au bénéfice des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. C I et Mme G A, à Me Desfarges, au département du Calvados et au ministre des solidarités, de l'autonomie et de l'égalité entre les femmes et les hommes.
Copie en sera adressée, pour information, à la caisse d'allocations familiales du Calvados.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 décembre 2024.
La magistrate désignée,
SIGNÉ
A. MACAUD
La greffière,
SIGNÉ
E. BLOYET
La République mande et ordonne au ministre des solidarités, de l'autonomie et de l'égalité entre les femmes et les hommes et au préfet du Calvados, chacun en ce qui les concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme
La greffière,
E. Bloyet
Nos 2301157, 2301352, 2301932, 2302992, 2302993, 2302996, 2302998, 2400971
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026