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AccueilJurisprudence administrativeN° TA14-2301175

Tribunal Administratif de Caen — Décision N° TA14-2301175

jeudi 27 juillet 2023

JuridictionTribunal Administratif de Caen
SectionTribunal Administratif de Caen
N° DossierTA14-2301175
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationAutres délais-Etrangers-2
Avocat requérantBERNARD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 5 mai et 14 juin 2023, Mme C D, représentée par Me Bernard, demande au tribunal :

1°) de l'admettre à l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 4 avril 2023 par lequel le préfet de la Manche l'a obligée à quitter le territoire dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement et lui a interdit le retour pour une durée d'un an ;

3°) d'enjoindre au préfet de réexaminer sa situation dans un délai de deux mois et de lui délivrer sous quinze jours une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler sous astreinte de 50 euros par jour de retard, de lui enjoindre d'effacer son nom du système d'information Schengen ;

4°) à titre subsidiaire, de suspendre l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français jusqu'à la date de lecture de la décision de la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) ou, s'il est statué par ordonnance, jusqu'à sa date de notification ;

5°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- l'auteur de l'arrêté est incompétent ;

Sur l'obligation de quitter le territoire :

- la décision est insuffisamment motivée ;

- sa situation n'a pas fait l'objet d'un examen complet ;

- la décision méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales dès lors que son fils, demandeur d'asile, est scolarisé en France ;

- la décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

Sur l'interdiction de retour sur le territoire français :

- la décision est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision l'obligeant à quitter le territoire ;

- la décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

Sur la décision fixant le pays de renvoi :

- la décision est illégale par voir de conséquence de l'illégalité de la décision l'obligeant à quitter le territoire ;

- la décision est insuffisamment motivée ;

- la décision méconnait l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales

Par un mémoire en défense, enregistré le 9 juin 2023, le préfet de la Manche conclut au rejet de la requête au motif qu'aucun des moyens n'est fondé.

Vu :

- le dépôt de demande d'aide juridictionnelle daté du 9 mai 2023 ;

- la désignation et la prestation de serment de l'interprète ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. A ;

- et les observations de Me Bernard représentant Mme D assistée de Mme B, interprète. La requérante entend renoncer à ses conclusions aux fins de suspension de la mesure d'éloignement, ayant reçu notification de la décision de la Cour nationale du droit d'asile, qui a formé un recours contre cette décision devant la Cour nationale du droit d'asile.

Le préfet n'était ni présent ni représenté.

L'instruction a été close à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Par une décision du 8 février 2023, l'Office français de protection des réfugiés et apatrides a rejeté la demande d'asile de Mme D. La demande d'asile du fils de Mme D a également été rejetée par une décision de l'OFPRA du 8 février 2023, dont il fait appel. Mme C D, ressortissante arménienne, conteste l'arrêté du 4 avril 2023 par lequel le préfet de la Manche l'a obligée à quitter le territoire dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement et lui a interdit le retour pour une durée d'un an.

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'admettre le requérant au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire en application de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Sur l'arrêté contesté en toutes ses décisions :

3. Par un arrêté du 22 novembre 2021 régulièrement publié, M. Laurent Simplicien, secrétaire général de la préfecture de la Manche, a reçu délégation du préfet de la Manche à l'effet de signer tous les arrêtés et décisions en toutes matières ressortissant au service de l'immigration. Le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur des décisions susvisées doit, dès lors, être écarté.

Sur les conclusions aux fins d'annulation de l'arrêté :

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire :

4. En premier lieu, la décision susvisée mentionne ses motifs de droit et de fait. Si elle se fonde, en ce qui concerne le fils de Mme D, sur le fait qu'il est mineur et peu ainsi accompagner sa mère, alors qu'il est majeur et demandeur d'asile, cette circonstance n'est pas de nature à établir l'absence de motivation de la décision, mais seulement son fondement inexact. Par ailleurs il ne ressort pas des pièces du dossier que cette erreur révèlerait une absence d'examen particulier de la situation de Mme D.

5. En second lieu, si le fils de Mme D poursuit une scolarité en France, sa mère et lui-même ne séjourne en France que depuis à peine un an. Dans ces conditions la mesure d'éloignement ne méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Elle n'est pas plus entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français :

6. En premier lieu, le moyen tiré de ce que la décision susvisée est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision l'obligeant à quitter le territoire doit être écarté.

7. En second lieu, aux termes de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder deux ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". Aux termes de l'article L. 612-10 de ce code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français () ".

8. Mme D est entrée récemment sur le territoire français. Elle ne justifie pas de liens d'une particulière intensité sur le territoire français, hormis s'agissant de son fils, dont la demande d'asile a été rejetée par l'OFPRA. Par suite, elle n'est pas fondée à soutenir que la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an serait disproportionnée ou entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

9. La décision susvisée mentionne à tort que Mme D n'allègue pas être exposée à des peines ou traitements contraires à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, alors qu'elle se trouve, au regard du droit d'asile, dans la situation mentionnée au point 1, et qu'au demeurant l'arrêté contesté mentionne par ailleurs cette situation. Dans ces conditions la requérante est fondée à soutenir que la décision est insuffisamment motivée.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

10. La présente décision implique seulement qu'il soit enjoint au préfet de la Manche de réexaminer la situation de Mme D dans un délai de deux mois et de lui délivrer sous quinze jours une autorisation provisoire de séjour.

Sur les frais liés au litige :

11. Mme D a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire. Par suite, son avocate peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Bernard, avocate de Mme D, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Bernard de la somme de 800 euros. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à Mme D, la somme de 800 euros lui sera versée directement en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : Mme D est admise à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : L'arrêté du 4 avril 2023 par lequel le préfet de la Manche a obligé Mme D à quitter le territoire dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement et lui a interdit le retour pour une durée d'un an est annulé en tant qu'il fixe le pays de destination de la mesure d'éloignement.

Article 3 : Il est enjoint au préfet de la Manche de délivrer à Mme D une autorisation provisoire de séjour dans le délai de quinze jours suivant la notification de la présente décision et de procéder à un nouvel examen de la situation de Mme D dans un délai de deux mois suivant la notification de la présente décision.

Article 4 : L'Etat versera à Me Bernard une somme de 800 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que Me Bernard renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à Mme D, la somme de 800 euros lui sera versée directement en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 6 : Le présent jugement sera notifié à Mme C D, à Me Bernard et au préfet de la Manche.

Copie en sera transmise pour information au bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Caen.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 juillet 2023.

Le président du tribunal,

Signé

H. ALa greffière,

Signé

A. D'OLIF

La République mande et ordonne au préfet de la Manche en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme

la greffière,

A. Lapersonne

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