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AccueilJurisprudence administrativeN° TA14-2301212

Tribunal Administratif de Caen — Décision N° TA14-2301212

vendredi 15 décembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Caen
SectionTribunal Administratif de Caen
N° DossierTA14-2301212
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation2ème chambre

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 12 mai et 28 juillet 2023, M. A B demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 22 février 2023 par lequel le maire de Roncey s'est opposé à la déclaration préalable portant sur l'installation de volets roulants en façade de sa maison d'habitation ainsi que la décision du 11 avril 2023 de rejet de son recours gracieux.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué est illégal au motif que la pose des volets ne porte pas atteinte au caractère de la maison d'habitation qui n'est pas classée et ne se situe pas dans une zone protégée ;

- des maisons comparables ont été équipées de volets roulants ;

- l'installation de ces volets vise à aménager le domicile pour tenir compte du handicap de l'un de ses occupants.

Par un mémoire en défense, enregistré le 30 juin 2023, la commune de Roncey conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que :

- aucun des moyens soulevés n'est fondé ;

- le devis a fait l'objet d'une acceptation par M. B avant le dépôt de la déclaration préalable en mairie.

Par une ordonnance du 5 septembre 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 5 octobre 2023.

Les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7-3 du code de justice administrative, de ce que le tribunal était susceptible de prononcer d'office une injonction au maire de Roncey de délivrer une décision de non-opposition à la déclaration préalable déposée le 14 février 2023.

Une réponse au moyen d'ordre public, présentée par la commune de Roncey, a été enregistrée le 16 novembre 2023.

Une réponse au moyen d'ordre public, présentée par M. B, a été enregistrée le 24 novembre 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Silvani,

- et les conclusions de M. Blondel, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. Le 14 février 2023, M. B a déposé une déclaration préalable portant sur l'installation de volets roulants solaires en façade de sa maison d'habitation située à Roncey. Par un arrêté du 22 février 2023, le maire de Roncey s'y est opposé. Le 1er avril 2023, M. B a formé un recours gracieux à l'encontre de cet arrêté, qui a été rejeté par un courrier du maire de Roncey en date du 11 avril 2023. Par sa requête, il demande l'annulation de l'arrêté du 22 février 2023 et de la décision du 11 avril 2023.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme : " Le projet peut être refusé ou n'être accepté que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales si les constructions, par leur situation, leur architecture, leurs dimensions ou l'aspect extérieur des bâtiments ou ouvrages à édifier ou à modifier, sont de nature à porter atteinte au caractère ou à l'intérêt des lieux avoisinants, aux sites, aux paysages naturels ou urbains ainsi qu'à la conservation des perspectives monumentales ".

3. Il résulte de ces dispositions que, si les constructions projetées portent atteinte aux sites avoisinants, l'autorité administrative compétente peut s'opposer à une déclaration préalable ou assortir la décision de non opposition à déclaration préalable de prescriptions spéciales. Pour rechercher l'existence d'une atteinte à un site de nature à fonder une décision d'opposition à déclaration préalable ou les prescriptions spéciales accompagnant une décision de non opposition à déclaration préalable, il appartient au juge d'apprécier, dans un premier temps, la qualité du site sur lequel la construction est projetée et d'évaluer, dans un second temps, l'impact que cette construction, compte tenu de sa nature et de ses effets, pourrait avoir sur le site.

4. Pour s'opposer à la déclaration préalable déposée par M. B, le maire de Roncey a estimé que la pose de volets roulants comprenant des coffres extérieurs et la suppression des volets existants sont de nature à porter atteinte à l'intérêt architectural présenté par la maison d'habitation de l'intéressé ainsi qu'au caractère et à l'harmonie des perspectives monumentales.

5. Il ressort des pièces du dossier que la maison d'habitation de M. B est située le long d'une route départementale, au croisement de deux voies, au sein d'un quartier de Roncey caractérisé par un bâti hétérogène composé d'un habitat individuel aux matériaux et façades disparates. Elle est ainsi située dans un secteur qui ne présente aucun intérêt ni caractère architectural particulier. Le projet porte sur l'installation en façade de la maison de volets roulants solaires composés d'un coffre de 165 mm, sans dépose des persiennes en bois existantes. Si la commune de Roncey fait valoir que la maison de M. B est l'une des rares maisons qui n'a pas été détruite pendant la seconde guerre mondiale et qu'elle présente, à ce titre, un intérêt patrimonial devant être préservé, il ne ressort pas des pièces du dossier que la pose de volets roulants aurait pour effet de porter atteinte au caractère de cette maison ni à celui des lieux environnants, lesquels ne font au demeurant l'objet d'aucune protection spécifique, alors que plusieurs maisons à proximité, dont certaines présentent les mêmes caractéristiques que celle de M. B, sont équipées de volets roulants similaires. Dans ces conditions, le requérant est fondé à soutenir qu'en s'opposant à la déclaration préalable pour ce motif, le maire de Roncey a entaché sa décision d'une erreur d'appréciation de l'atteinte portée par le projet aux lieux environnants et a fait une inexacte application des dispositions de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme.

6. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 22 février 2023 et de la décision du 11 avril 2023 doivent être accueillies.

Sur l'injonction :

7. D'une part, aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution. / La juridiction peut également prescrire d'office cette mesure. ". Aux termes de l'article R. 611-7-3 de ce même code : " Lorsque la décision lui paraît susceptible d'impliquer le prononcé d'office d'une injonction, assortie le cas échéant d'une astreinte, le président de la formation de jugement ou le président de la chambre chargée de l'instruction en informe les parties avant la séance de jugement et fixe le délai dans lequel elles peuvent, sans qu'y fasse obstacle la clôture éventuelle de l'instruction, présenter leurs observations. ". Lorsque l'exécution d'un jugement implique normalement, eu égard aux motifs de ce jugement, une mesure dans un sens déterminé, il appartient au juge administratif, saisi de conclusions sur le fondement des dispositions précitées, de statuer sur ces conclusions en tenant compte, le cas échéant après une mesure d'instruction, de la situation de droit et de fait existant à la date de sa décision. Si, au vu de cette situation de droit et de fait, il apparaît toujours que l'exécution du jugement ou de l'arrêt implique nécessairement une mesure d'exécution, il incombe au juge de la prescrire à l'autorité compétente. En l'absence de conclusions en ce sens, le juge peut, d'office, et après en avoir informé les parties, prescrire une telle mesure, en application des dispositions du second alinéa de l'article L. 911-1.

8. D'autre part, lorsque le juge annule un refus d'autorisation ou une opposition à une déclaration après avoir censuré l'ensemble des motifs que l'autorité compétente a énoncés dans sa décision conformément aux prescriptions de l'article L. 424-3 du code de l'urbanisme ainsi que, le cas échéant, les motifs qu'elle a pu invoquer en cours d'instance, il peut, même d'office, ordonner à cette autorité de délivrer l'autorisation demandée, sans préjudice du droit de contestation des tiers, lesquels ne pourront alors se voir opposer les termes du jugement contenant cette injonction. Il n'en va autrement que s'il résulte de l'instruction soit que les dispositions en vigueur à la date de la décision annulée interdisent de l'accueillir pour un motif que l'administration n'a pas relevé, soit que, par suite d'un changement de circonstances, la situation de fait existant à la date du jugement y fait obstacle.

9. Le présent jugement censure l'unique motif opposé par le maire de Roncey à la déclaration préalable déposée par M. B le 14 février 2023. En outre, il ne résulte pas de l'instruction que les dispositions en vigueur à la date de la décision en litige ou un changement dans les circonstances de fait feraient désormais obstacle à la réalisation du projet.

10. Dans ces conditions, l'exécution du présent jugement implique nécessairement qu'il soit délivré à M. B une décision de non-opposition à déclaration préalable. Par suite, il y a lieu d'enjoindre au maire de la commune de Roncey d'y procéder dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

D É C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 22 février 2023 par lequel le maire de Roncey s'est opposé à la déclaration préalable déposée par M. B et la décision du 11 avril 2023 portant rejet de son rejet gracieux sont annulés.

Article 2 : Il est enjoint à la commune de Roncey de délivrer une décision de non-opposition à la déclaration préalable déposée par M. B dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et à la commune de Roncey.

Délibéré après l'audience du 30 novembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Marchand, président,

Mme Pillais, première conseillère,

Mme Silvani, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 décembre 2023.

La rapporteure,

Signé

C. SILVANI

Le président,

Signé

A. MARCHAND Le greffier,

Signé

J. LOUNIS

La République mande et ordonne au préfet de la Manche en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

le greffier en chef,

D. Dubost

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