mardi 15 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Caen |
| Section | Tribunal Administratif de Caen |
| N° Dossier | TA14-2301265 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 3ème Chambre |
| Avocat requérant | BERNARD |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 17 mai 2023 et le 26 août 2024, M. D B, représenté par Me Bernard, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler la décision du 20 mars 2023 de la directrice territoriale de l'Office français de l'intégration et de l'immigration portant refus de rétablissement des conditions matérielles d'accueil des demandeurs d'asile ;
2°) d'enjoindre à l'Office français de l'intégration et de l'immigration de lui verser une indemnité représentative de l'allocation de demandeur d'asile pour la période allant du 10 février 2023 au 30 juin 2023, ou, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa situation ;
3°) de mettre à la charge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration une somme de 1 200 euros à verser à son conseil en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, ou à lui-même dans l'hypothèse où il ne serait pas admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Il soutient que :
- la décision contestée a été signée par une autorité ne disposant pas d'une délégation de signature régulière ;
- l'Office n'a pas procédé à un examen de sa vulnérabilité ni à un examen particulier de sa situation ;
- la décision litigieuse est entachée d'une erreur de droit dès lors que sa demande ne pouvait être instruite comme une demande de rétablissement des conditions matérielles d'accueil en l'absence de décision de suspension des conditions matérielles d'accueil dont il bénéficiait ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 511-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile faute pour l'Office français de l'immigration et de l'intégration d'avoir pris en compte son état de vulnérabilité ainsi que les raisons pour lesquelles il n'avait pas respecté les obligations auxquelles il avait consenti au moment de l'acception initiale des conditions matérielles d'accueil ;
- elle méconnaît les dispositions des articles L. 550-1 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de la directive 2013/33/UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 et des stipulations de l'article 1er de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, dès lors qu'il se trouve dans une situation de dénuement le plus total ;
- la décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences en résultant sur sa situation personnelle.
Par un mémoire en défense, enregistré le 31 juillet 2024, l'Office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête au motif qu'aucun des moyens soulevés par M. B n'est fondé.
M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 17 octobre 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- la directive n° 2013/33/UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme Ducos de Saint Barthélémy de Gélas a été lu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. D B, ressortissant afghan, a déposé une demande d'asile le 17 juin 2021 et a obtenu, le même jour, le bénéfice des conditions matérielles d'accueil. M. B n'ayant pas sollicité le renouvellement de son attestation de demandeur d'asile, dont le terme expirait le 16 juillet 2021, le bénéfice de l'allocation pour demandeur d'asile a été suspendu le 28 février 2022. L'intéressé a déposé une nouvelle demande d'asile le 10 février 2023, enregistrée en tant que première demande d'asile en procédure normale, et a sollicité le bénéfice des conditions matérielles d'accueil. Par un courrier du 20 mars 2023, la directrice territoriale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration a notifié à M. B un refus de rétablissement des conditions matérielles d'accueil. Par sa requête, M. B sollicite l'annulation de cette décision.
2. En premier lieu, par une décision du 27 octobre 2022, régulièrement publiée, le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration a donné délégation à Mme C A, directrice territoriale de Caen, à l'effet de signer toutes les décisions se rapportant aux missions dévolues à la direction territoriale de Caen. Le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de l'acte doit, par suite, être écarté.
3. En deuxième lieu, il ressort des termes de la décision contestée que l'Office français de l'immigration et de l'intégration a procédé à un examen particulier de la situation de M. B. Par suite, ce moyen doit être écarté.
4. En troisième lieu, d'une part, aux termes de l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa version applicable au litige : " Il peut être mis fin, partiellement ou totalement, aux conditions matérielles d'accueil dont bénéficie le demandeur dans les cas suivants : () / 3° Il ne respecte pas les exigences des autorités chargées de l'asile, notamment en se rendant aux entretiens, en se présentant aux autorités et en fournissant les informations utiles afin de faciliter l'instruction des demandes ; / () La décision mettant fin aux conditions matérielles d'accueil prise en application du présent article est écrite et motivée. Elle prend en compte la vulnérabilité du demandeur. Elle est prise après que l'intéressé a été mis en mesure de présenter ses observations écrites selon des modalités définies par décret. / () Lorsque la décision mettant fin aux conditions matérielles d'accueil a été prise en application des 1°, 2° ou 3° du présent article et que les raisons ayant conduit à cette décision ont cessé, le demandeur peut solliciter de l'Office français de l'immigration et de l'intégration le rétablissement des conditions matérielles d'accueil. L'office statue sur la demande en prenant notamment en compte la vulnérabilité du demandeur ainsi que, le cas échéant, les raisons pour lesquelles il n'a pas respecté les obligations auxquelles il avait consenti au moment de l'acception initiale des conditions matérielles d'accueil. ". D'autre part, aux termes de l'article D. 553-1 du même code : " () Sont admis au bénéfice de l'allocation prévue au présent chapitre, les demandeurs d'asile () qui sont titulaires de l'attestation de demande d'asile () ". Aux termes de l'article D. 553-25 de ce même code : " Sans préjudice des dispositions de l'article L. 551-14, le défaut de validité de l'attestation de demande d'asile entraîne la suspension des droits à l'allocation, sauf s'il est imputable à l'administration. ".
5. Il résulte de la combinaison de ces dispositions que les demandeurs d'asile ne peuvent percevoir l'allocation pour demandeurs d'asile que s'ils sont titulaires d'une attestation de demande d'asile en cours de validité, le défaut de validité de l'attestation de demande d'asile entraînant la suspension ou l'interruption des droits à l'allocation.
6. Il ressort des pièces du dossier que M. B n'a pas fait renouveler son attestation de demande d'asile, dont l'échéance était fixée au 16 juillet 2021, entrainant, de fait, l'interruption des conditions matérielles d'accueil dont il bénéficiait. Dès lors, l'Office français de l'immigration et de l'intégration n'a pas commis d'erreur de droit en estimant que la demande de M. B, présentée le 10 février 2023 et tendant au versement de l'allocation de demandeur d'asile, constituait une demande de rétablissement des conditions au sens de l'article L. 551-16 précité. Par suite, ce moyen doit être écarté.
7. En quatrième lieu, il ressort des pièces du dossier que, le 10 février 2023, M. B a fait l'objet, de la part des services de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, d'un examen de sa vulnérabilité, à l'occasion duquel il s'est déclaré célibataire, sans enfant, et a fait état d'un problème de santé. Par avis du 15 mars 2023, le médecin de l'Office a estimé qu'au regard des éléments portés à sa connaissance, M. B ne semblait pas relever d'une priorité pour un hébergement pour des raisons de santé. Si M. B fait grief à l'Office français de l'immigration et de l'intégration de ne pas avoir pris en compte les raisons pour lesquelles il n'a pas respecté les obligations auxquelles il avait consenti au moment de l'acception initiale des conditions matérielles d'accueil, il n'établit ni n'allègue avoir exposé ces raisons lors de l'instruction de sa demande de rétablissement des conditions matérielles d'accueil, alors même que son attestation de demandeur d'asile avait expiré depuis le 16 juillet 2021, qu'il n'a fait aucune démarche pour régulariser sa situation jusqu'au 10 février 2023 et qu'il n'a pas honoré la place en hébergement pour demandeur d'asile qui lui a été attribuée le 7 juillet 2021. Dans ces conditions, et alors même qu'il se trouverait sans ressources sur le territoire dans l'attente de l'examen de sa demande d'asile, en refusant de lui rétablir le bénéfice des conditions matérielles d'accueil, la directrice territoriale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, qui a procédé à l'examen de la vulnérabilité du requérant, n'a pas méconnu les dispositions précitées de l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ni entaché sa décision d'une erreur d'appréciation. Ces moyens doivent, par suite, être écartés.
8. En cinquième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que l'Office aurait commis une erreur manifeste d'appréciation des conséquences de la décision attaquée sur la situation personnelle de M. B.
9. En dernier lieu, aux termes de l'article 1er de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " La dignité humaine est inviolable. Elle doit être respectée et protégée ". Aux termes de l'article 20 de la directive n° 2013/33/UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 : " () 5. Les décisions portant limitation ou retrait du bénéfice des conditions matérielles d'accueil ou les sanctions visées aux paragraphes 1,2,3 et 4 du présent article sont prises au cas par cas, objectivement et impartialement et sont motivées. Elles sont fondées sur la situation particulière de la personne concernée, en particulier dans le cas des personnes visées à l'article 21, compte tenu du principe de proportionnalité. Les Etats membres assurent en toutes circonstances l'accès aux soins médicaux conformément à l'article 19 et garantissent un niveau de vie digne à tous les demandeurs. () ".
10. M. B ne saurait utilement invoquer l'illégalité de la décision contestée au regard des dispositions de l'article 20 de la directive n° 2013/22/UE du Parlement et du Conseil du 26 juin 2013, cette directive ayant été entièrement transposée en droit interne. En tout état de cause, il ne fait état d'aucune circonstance particulière justifiant son absence de démarches pour le renouvellement de son attestation de demandeur d'asile pendant plus d'un an, ni n'établit la situation d'extrême précarité dont il se prévaut. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions des articles L. 550-1 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, de l'article 20 de la directive 2013/33/UE du 26 juin 2013 ainsi que des stipulations de l'article 1er de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne doit être écarté.
11. Il résulte de ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 20 mars 2023. Il y a lieu, par voie de conséquence, de rejeter les conclusions à fin d'injonction ainsi que celles présentées sur le fondement de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D B, à Me Bernard et à l'Office français de l'immigration et de l'intégration.
Copie sera adressée au bureau de l'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Caen.
Délibéré après l'audience du 1er octobre 2024, à laquelle siégeaient :
- Mme Macaud, présidente,
- Mme Ducos de Saint Barthélémy de Gélas, première conseillère,
- Mme Sénécal, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 octobre 2024.
La rapporteure,
SIGNÉ
C. DUCOS DE SAINT BARTHELEMY DE GÉLAS
La présidente,
SIGNÉ
A. MACAUDLa greffière,
SIGNÉ
E. BLOYET
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
E. Bloyet
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026