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AccueilJurisprudence administrativeN° TA14-2301286

Tribunal Administratif de Caen — Décision N° TA14-2301286

vendredi 15 septembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Caen
SectionTribunal Administratif de Caen
N° DossierTA14-2301286
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 22 mai 2023 et le 8 août 2023, M. A B, représenté par Me De Sa-Pallix, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 11 avril 2023 par lequel le préfet du Calvados lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement ;

2°) d'enjoindre à titre principal, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, au préfet du Calvados de lui délivrer un certificat de résidence portant la mention " vie privée et familiale " sur le fondement de l'article 6-2° ou 6-5° de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ou, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa situation dans un délai d'un mois à compter du jugement à intervenir, et de lui délivrer, dans cette attente, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler dans un délai de sept jours à compter du jugement ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. B soutient que :

S'agissant des moyens communs à toutes les décisions :

- l'arrêté est entaché d'incompétence du signataire de l'acte ;

- il est entaché d'un défaut de motivation ;

- il est entaché d'un défaut d'examen sérieux et particulier de sa situation personnelle ;

- il méconnaît son droit d'être entendu.

La décision de refus de titre de séjour :

- est entachée d'erreur de fait ;

- est entachée d'erreurs de droit ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- méconnaît l'article 6-5° de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 et l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de la situation personnelle de l'intéressé.

La décision portant obligation de quitter le territoire :

- est dépourvue de base légale en raison de l'illégalité de la décision de refus de titre ;

- méconnaît les dispositions des articles L. 743-1 et R. 733-32 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- est entachée d'erreur de droit ;

- méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

La décision portant octroi d'un délai de départ volontaire de trente jours :

- est dépourvue de base légale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire ;

- méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

La décision fixant le pays de destination :

- est dépourvue de base légale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire ;

- méconnaît l'article L. 721-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 26 juin 2023 et le 9 août 2023, le préfet du Calvados conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 30 mai 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 10 août 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié relatif à la circulation, à l'emploi et au séjour en France des ressortissants algériens et de leurs familles ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Groch a été entendu au cours de l'audience publique, les parties n'étant ni présentes, ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, ressortissant algérien né le 22 novembre 1990, s'est marié le 13 juin 2022 avec une ressortissante française et a sollicité son admission au séjour sur le fondement de l'article 6-2° de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968. Le préfet du Calvados a rejeté cette demande au motif que M. B ne justifie pas être entré régulièrement sur le territoire français. Le requérant demande l'annulation de l'arrêté du 11 avril 2023 par lequel le préfet du Calvados a refusé de lui délivrer le titre demandé, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé son pays de destination.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

En ce qui concerne les moyens communs aux décisions attaquées :

2. En premier lieu, Mme C D, cheffe du bureau du séjour à la préfecture du Calvados, a reçu délégation, par arrêté n° 14-2023-01-19-00001 du 19 janvier 2023 régulièrement publié au recueil des actes administratifs n° 14-2023-012 de la préfecture du Calvados du même jour, " pour viser et signer tous arrêtés, décisions, documents, et correspondances administratives courantes " dans la limite des attributions du bureau du séjour. Par un arrêté n° 14-2021-08-31-00001 du 30 août 2021 fixant l'organigramme de la préfecture du Calvados, publié le 31 août 2021 au recueil des actes administratifs n° 14-2021-158 et accessible sur le site internet de la préfecture, le bureau du séjour est compétent pour " toutes les procédures liées à l'accueil et au séjour des étrangers dans le département du Calvados et notamment () / Rédaction et notification des décisions de refus de séjour avec ou sans obligation de quitter le territoire français consécutives à une demande de titre de séjour, ainsi que la rédaction des obligations de quitter le territoire français prises en application du 3° de l'article L. 611-1, des décisions refusant ou octroyant un délai de départ volontaire, la désignation du pays de destination et les interdictions de retour sur le territoire français ". Ainsi, le moyen tiré de l'incompétence du signataire doit être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police () ". Selon les termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ". Par ailleurs, l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile prévoit que : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée () ". Et aux termes de l'article L. 613-2 de ce code : " Les décisions relatives au refus et à la fin du délai de départ volontaire prévues aux articles L. 612-2 () et les décisions d'interdiction de retour et de prolongation d'interdiction de retour prévues aux articles L. 612-6 () sont distinctes de la décision portant obligation de quitter le territoire français. Elles sont motivées. ".

4. L'arrêté attaqué vise les textes dont il fait application, notamment les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, l'accord franco-algérien, ainsi que les articles pertinents du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dont l'article L. 721-3. Il expose les circonstances de fait propres à la situation personnelle de M. B, notamment ses conditions d'entrée et de séjour en France, la circonstance qu'il ne justifie pas d'une entrée régulière en France, et les principaux aspects de sa vie privée et familiale avec son mariage le 13 juin 2022 à une ressortissante française. Par ailleurs, si le requérant soutient que l'arrêté attaqué omet de mentionner la durée de son séjour en France, il ressort des termes de cet arrêté que l'autorité préfectorale a retenu comme date d'entrée sur le territoire français le 19 janvier 2021, conformément à ses propres allégations. L'arrêté en litige précise que M. B est de nationalité algérienne, rappelle les démarches infructueuses engagées par celui-ci devant l'Office français de protection des réfugiés et apatrides et la Cour nationale du droit d'asile, et énonce que l'intéressé n'établit pas être exposé à des peines ou traitements contraires à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en cas de retour dans son pays d'origine. Dans ces conditions, le préfet du Calvados, qui n'était pas tenu de préciser de manière exhaustive l'ensemble des éléments de fait caractérisant la situation personnelle du requérant, a suffisamment motivé son arrêté qui comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

5. En troisième lieu, il ne ressort pas des termes de l'arrêté attaqué, ni d'aucune autre pièce du dossier, que le préfet du Calvados n'aurait pas procédé à un examen sérieux et particulier de la situation personnelle de M. B préalablement à son édiction. Le requérant, qui se borne à contester le contenu de la motivation en invoquant ses attaches fortes en France, son insertion professionnelle au sein de la société française, la fixation de ses intérêts privés et familiaux sur le territoire français et l'absence de menace à l'ordre public, n'établit pas le défaut d'examen invoqué. Par suite, le moyen ne peut qu'être écarté.

6. En quatrième lieu, aux termes de l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " Toute personne a le droit de voir ses affaires traitées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions et organes de l'Union. / Ce droit comporte notamment : / - le droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre () ". Il résulte de la jurisprudence de la Cour de Justice de l'Union européenne que ces stipulations s'adressent non pas aux États membres mais uniquement aux institutions, organes et organismes de l'Union. Ainsi, le moyen tiré de leur violation par une autorité d'un État membre est inopérant.

7. Toutefois, il résulte également de la jurisprudence de la Cour de justice de l'Union européenne que le droit d'être entendu fait partie intégrante du respect des droits de la défense, principe général du droit de l'Union. Il appartient aux Etats membres, dans le cadre de leur autonomie procédurale, de déterminer les conditions dans lesquelles est assuré le respect de ce droit, qui se définit comme celui de toute personne de faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue au cours d'une procédure administrative avant l'adoption de toute décision susceptible d'affecter de manière défavorable ses intérêts. Il ne saurait cependant être interprété en ce sens que l'autorité nationale compétente est tenue, dans tous les cas, d'entendre l'intéressé lorsque celui-ci a déjà eu la possibilité de présenter, de manière utile et effective, son point de vue sur la décision en cause.

8. En outre, dans le cas particulier où l'autorité administrative entend prendre à l'encontre d'un étranger une décision portant obligation de quitter le territoire français, le droit d'être entendu implique que l'autorité préfectorale, préalablement à l'édiction de cette décision, mette l'intéressé à même de présenter ses observations écrites et lui permette, sur sa demande, de faire valoir des observations orales, de telle sorte qu'il puisse faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue sur la mesure envisagée avant qu'elle n'intervienne. Toutefois, dans le cas prévu au 3° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, où la décision faisant obligation de quitter le territoire français est prise concomitamment au refus de délivrance d'un titre de séjour, l'obligation de quitter le territoire français découle nécessairement du refus de titre de séjour. Le droit d'être entendu n'implique alors pas que l'administration ait l'obligation de mettre l'intéressé à même de présenter ses observations de façon spécifique sur la décision l'obligeant à quitter le territoire français, dès lors qu'il a pu être entendu avant que n'intervienne la décision refusant de lui délivrer un titre de séjour.

9. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que les décisions contestées portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français ont été prises à la suite de l'accomplissement d'une démarche volontaire de M. B qui a sollicité, avec le dépôt en ligne du formulaire de demande de titre de séjour le 6 septembre 2022, la délivrance d'un titre de séjour en tant que conjoint marié à une ressortissante française. Par suite, il ne pouvait ignorer qu'en cas de refus de délivrer le titre de séjour sollicité, il pourrait faire l'objet d'une mesure d'éloignement et qu'il lui appartenait, en conséquence, de produire l'ensemble des éléments susceptibles de venir au soutien de sa demande. Le requérant, qui se borne à soutenir que son droit d'être entendu a été méconnu et qu'il aurait pu faire valoir des éléments utiles à l'examen de sa situation, sans préciser de quels éléments il s'agit, ne fait pas valoir qu'il disposait d'informations pertinentes, tenant à sa situation personnelle, qu'il aurait été empêché de porter à la connaissance de l'administration avant la prise de la décision contestée et qui, si elles avaient pu être communiquées alors, auraient été de nature à faire obstacle à cette décision. Il ne ressort d'aucune pièce du dossier qu'il aurait sollicité, en vain, un entretien avec les services préfectoraux ni qu'il aurait été empêché de présenter des observations complémentaires avant que le préfet ne lui oppose un refus de séjour. Par suite, le moyen tiré de ce que les décisions contestées auraient été prises en méconnaissance du principe général du droit d'être entendu issu du droit de l'Union européenne doit être écarté.

En ce qui concerne le refus de délivrance du certificat de résidence :

10. En premier lieu, lorsqu'il est saisi d'une demande de délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'une des stipulations de l'accord franco-algérien, le préfet n'est pas tenu d'examiner d'office si l'intéressé peut prétendre à une autorisation de séjour sur le fondement d'une autre disposition de cet accord, même s'il lui est toujours loisible de le faire à titre gracieux, notamment en vue de régulariser la situation de l'intéressé. Il ne ressort pas des pièces du dossier que M. B ait invoqué dans sa demande ni dans aucun des échanges qu'il a pu avoir avec les services de la préfecture la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'article 6-5° de l'accord franco-algérien. Par suite, le requérant ne peut pas utilement soutenir qu'il remplissait les conditions pour la délivrance d'un certificat de résidence algérien au titre de l'article 6-5° de l'accord franco-algérien et que le préfet en aurait méconnu les stipulations. Les moyens tirés de l'erreur de fait et de l'erreur de droit doivent être écartés.

11. En deuxième lieu, l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile prévoit qu'une carte de séjour temporaire peut être délivrée à l'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir. Cet article, dès lors qu'il est relatif aux conditions dans lesquelles les étrangers peuvent être admis à séjourner en France, ne s'applique pas aux ressortissants algériens, dont la situation est régie de manière exclusive par l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968. Si l'accord franco-algérien ne prévoit pas de modalités d'admission exceptionnelle au séjour semblables à celles prévues par les dispositions de l'article L. 435-1, ses stipulations n'interdisent pas au préfet de délivrer un certificat de résidence à un ressortissant algérien qui ne remplit pas l'ensemble des conditions auxquelles est subordonnée sa délivrance de plein droit. Il appartient au préfet, dans l'exercice du pouvoir discrétionnaire dont il dispose sur ce point, d'apprécier, compte tenu de l'ensemble des éléments de la situation personnelle de l'intéressé, l'opportunité d'une mesure de régularisation.

12. Le requérant entend se prévaloir de sa situation familiale à la date de la décision attaquée, de l'ancienneté de la vie commune avec sa conjointe avec qui il est marié depuis le 13 juin 2022 ainsi que d'une insertion professionnelle stable. Les éléments qu'il produit tout comme son arrivée récente en France le 19 janvier 2021 ne suffisent toutefois pas à eux seuls à caractériser l'existence de considérations humanitaires ou de motifs exceptionnels qui auraient dû conduire le préfet à faire usage du pouvoir de régularisation exceptionnelle dont il dispose. Dès lors, les moyens tirés de ce que le préfet a entaché sa décision d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation en refusant de régulariser sa situation sur le fondement de son pouvoir discrétionnaire eu égard à sa situation personnelle et professionnelle, ne peuvent qu'être écartés.

13. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance - 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

14. Le requérant soutient qu'il est marié à une ressortissante française depuis le 13 juin 2022, que leur communauté de vie est ancienne tout comme son insertion sociale et qu'il travaille en contrat à durée indéterminée. Dans le cadre de la présente instance, il transmet trois factures communes à leurs noms des mois de mars, avril et novembre 2022, un courrier attestant d'un contrat avec un fournisseur d'énergie de juin 2022, trois fiches de paie pour un emploi d'ouvrier technicien de septembre, octobre et novembre 2022, un contrat à durée déterminée de trois mois en tant qu'ouvrier polyvalent du 1er mars 2023 au 31 mai 2023, son avis d'imposition pour les revenus de 2022, ainsi que plusieurs documents tels que son attestation de droits à l'assurance maladie, des ordonnances, devis de santé ou encore sa vaccination au covid en lien avec son suivi médical. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que la vie commune tout comme l'union avec cette ressortissante française, d'une durée de huit mois à la date de la décision attaquée, sont relativement récentes. Le requérant, sans enfant, n'est pas dépourvu d'attaches en Algérie où il a vécu la majeure partie de sa vie jusqu'à ses 30 ans et où résident ses parents et ses frères et sœurs. Il se borne à affirmer qu'il a fixé le centre de ses intérêts privés et familiaux sur le territoire français depuis son arrivée en janvier 2021, et qu'il bénéficie de conditions d'existence satisfaisantes et d'une insertion stable et durable grâce aux relations sociales et amicales intenses qu'il aurait développées et à sa maîtrise de la langue française. En dépit de ses allégations, il ne justifie pas d'une insertion sociale particulière en France. Enfin, s'il fait valoir qu'il ne représente pas une menace à l'ordre public, la décision en litige ne se fonde pas sur ce motif. Dans ces conditions, et alors que M. B n'établit pas qu'il était dans l'impossibilité, à la date de l'arrêté attaqué, de se présenter aux autorités consulaires françaises en Algérie pour solliciter la délivrance d'un visa, le préfet du Calvados n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs pour lesquels la décision a été prise. Par suite, le moyen tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

15. En dernier lieu, pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point précédent, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation des conséquences de la décision attaquée sur la situation du requérant doit être écarté.

16. Il résulte de ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

17. En premier lieu, la décision portant refus de séjour n'est pas entachée d'illégalité. Par suite, le requérant ne peut pas se prévaloir, par voie d'exception, de l'illégalité de cette décision pour demander l'annulation de l'obligation de quitter le territoire.

18. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 743-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, devenu l'article L. 542-1 du même code : " En l'absence de recours contre la décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides dans le délai prévu à l'article L. 532-1, le droit de se maintenir sur le territoire français prend fin à la notification de cette décision. / Lorsqu'un recours contre la décision de rejet de l'office a été formé dans le délai prévu à l'article L. 532-1, le droit du demandeur de se maintenir sur le territoire français prend fin à la date de la lecture en audience publique de la décision de la Cour nationale du droit d'asile ou, s'il est statué par ordonnance, à la date de la notification de celle-ci. ". Aux termes de l'article R. 531-17 du même code : " La décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides est notifiée à l'intéressé par lettre recommandée avec demande d'avis de réception () ". Enfin, aux termes de l'article R. 531-19 de ce code : " La date de notification de la décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides qui figure dans le système d'information de l'office, et qui est communiquée au préfet compétent et au directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration au moyen de traitements informatiques, fait foi jusqu'à preuve du contraire ".

19. M. B soutient qu'il bénéficiait du droit de se maintenir en France à la date de l'arrêté attaqué, dès lors qu'il n'avait pas reçu notification de la décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides du 31 mars 2021 ayant rejeté sa demande d'asile. Il ressort toutefois de l'extrait de l'application TelemOfpra transmis par le préfet, dont les mentions font foi jusqu'à preuve du contraire en application de l'article R. 723-19 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, que la notification de la décision de l'OFPRA est intervenue le 6 mai 2021. Cette fiche comporte la mention " pli revenu : oui ", signifiant que le requérant n'a pas retiré ce pli. M. B ne démontre pas ni même ne soutient que la décision du 31 mars 2021 aurait été notifiée à une adresse incorrecte. Dans ces conditions, cette décision doit être regardée comme ayant été régulièrement notifiée le 6 mai 2021. Par suite, alors que le requérant n'établit ni même n'allègue avoir formé un recours devant la Cour nationale du droit d'asile contre cette décision, il résulte des dispositions précitées de l'article L. 542-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que M. B a perdu le droit de se maintenir sur le territoire le 6 mai 2021, soit antérieurement à la date de l'arrêté attaqué. Ainsi, le moyen tiré de la méconnaissance des procédures relatives aux demandes d'asile doit être écarté.

20. En troisième lieu, indépendamment de l'énumération donnée par l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile des catégories d'étrangers qui ne peuvent faire l'objet d'une mesure d'obligation de quitter le territoire français, l'autorité administrative ne saurait légalement prendre une telle mesure à l'encontre d'un étranger que si ce dernier se trouve en situation irrégulière au regard des règles relatives à l'entrée et au séjour. Lorsque la loi ou une convention internationale bilatérale prescrit que l'intéressé doit se voir attribuer de plein droit un titre de séjour, cette circonstance fait obstacle à ce qu'il puisse légalement être l'objet d'une obligation de quitter le territoire français.

21. Pour les mêmes motifs que ceux exposés dans le cadre de l'examen de la légalité du refus de séjour, les moyens tirés de ce que le préfet aurait commis une erreur de droit en ne vérifiant pas s'il pouvait prétendre à la délivrance d'un titre de plein droit et de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, doivent être écartés.

En ce qui concerne l'octroi d'un délai de départ volontaire de trente jours :

22. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que la décision portant obligation de quitter le territoire n'est pas entachée d'illégalité. Par suite, le requérant ne peut pas se prévaloir, par voie d'exception, de l'illégalité de cette décision pour demander l'annulation de la décision octroyant un délai de départ volontaire de trente jours.

23. En second lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 14, la décision d'octroi d'un délai de départ volontaire de trente jours ne méconnaît pas les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Par suite, ce moyen doit être écarté.

En ce qui concerne la fixation du pays de destination :

24. En premier lieu, les décisions portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire français n'étant entachées d'aucune illégalité, le moyen tiré de l'exception d'illégalité de ces décisions invoquée à l'encontre de la décision fixant le pays de destination ne peut qu'être écarté.

25. En second lieu, si le requérant se prévaut d'une méconnaissance de l'article L. 721-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ce moyen n'est pas assorti des précisions suffisantes permettant d'en apprécier le bien-fondé. Il doit, par suite, être écarté.

26. Il résulte de tout ce qui précède que l'ensemble de la requête de M. B doit être rejetée, y compris ses conclusions aux fins d'injonction sous astreinte et celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet du Calvados.

Délibéré après l'audience du 31 août 2023, à laquelle siégeaient :

M. Cheylan, président,

M. Martinez, premier conseiller,

Mme Groch, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 septembre 2023.

La rapporteure,

Signé

N. GROCH

Le président,

Signé

F. CHEYLAN

La greffière,

Signé

C. BÉNIS

La République mande et ordonne au préfet du Calvados en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

C. Bénis

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