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AccueilJurisprudence administrativeN° TA14-2301295

Tribunal Administratif de Caen — Décision N° TA14-2301295

lundi 5 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Caen
SectionTribunal Administratif de Caen
N° DossierTA14-2301295
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationAutres délais-Etrangers-1
Avocat requérantBARA CARRE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des pièces complémentaires, enregistrées les 22 et 31 mai 2023, Mme B C, représentée par Me Bara Carré, demande au tribunal :

1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 29 mars 2023 par lequel le préfet de la Seine-Maritime a décidé son transfert aux autorités belges responsables de sa demande d'asile ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Maritime de procéder à l'instruction de sa demande d'asile dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir ;

4°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 200 euros à verser à son conseil en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- il appartient à l'administration de justifier que la signataire de l'acte disposait d'une délégation de signature régulière ;

- elle est gravement malade et souffre d'une fatigue intense liée à son traitement ; la perturbation dans sa prise en charge médicale occasionnée par la mesure d'éloignement justifie qu'elle soit autorisée à déposer sa demande d'asile en France ; la préfecture ne fait état d'aucune garantie individuelle de prise en charge de sa pathologie ; elle n'a pas bénéficié d'un traitement médical en Belgique ; ainsi, en refusant de faire usage de la clause discrétionnaire prévue à l'article 17.1 du règlement Dublin III, le préfet a commis une erreur manifeste d'appréciation ;

- l'arrêté attaqué méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 26 mai 2023, le préfet de la Seine-Maritime conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par Mme C ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Par une décision du 1er septembre 2021, le président du tribunal a désigné M. D comme juge du contentieux des mesures prévues par les articles L. 614-2 à L. 614-15 et L. 572-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers, notamment en cas de placement en rétention ou d'assignation à résidence, et des mesures prévues par l'article L. 754-4 du même code.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. D,

- les observations de Me Hourmant, substituant Me Bara Carré, représentant Mme C, qui conclut aux mêmes fins que la requête, par les mêmes moyens. Elle soutient en outre que le préfet n'a pas procédé à un examen complet de sa situation eu égard à son état de santé.

Le préfet de la Seine-Maritime n'était ni présent, ni représenté.

La clôture de l'instruction est intervenue à l'issue de l'audience en application des articles R. 777-3-6 et R. 776-26 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B C, de nationalité camerounaise, est entrée en France munie d'un visa de court séjour délivré par les autorités belges, valable jusqu'au 13 décembre 2022. Elle s'est présentée le 10 janvier 2023 à la préfecture du Calvados pour y déposer une demande d'asile. Le préfet de la Seine-Maritime a pris le 29 mars 2023, sur le fondement du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013, un arrêté portant transfert de la requérante vers la Belgique. Mme C demande l'annulation de cet arrêté.

Sur l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi ci-dessus mentionnée du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président () ". Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'accorder à Mme C le bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. En premier lieu, par un arrêté n° 23-033 du 30 janvier 2023 régulièrement publié au recueil spécial des actes administratifs départemental, le préfet de la Seine-Maritime a donné délégation à Mme E A, cheffe du pôle régional Dublin, à l'effet de signer les arrêtés de transfert pour les cinq départements de la région Normandie. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de l'arrêté doit être écarté.

4. En deuxième lieu, l'arrêté en litige précise que si Mme C a indiqué qu'elle souffrait d'une pathologie, elle ne démontre pas qu'un transfert vers la Belgique entraînerait un risque avéré de détérioration de son état de santé, alors que la Belgique ne présente aucune défaillance systémique. Dès lors, le moyen tiré du défaut d'examen de sa situation eu égard à son état de santé ne peut qu'être écarté.

5. En dernier lieu, aux termes de l'article 17 du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013 : " 1. Par dérogation à l'article 3, paragraphe 1, chaque Etat membre peut décider d'examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans le présent règlement () ". Aux termes du dernier alinéa de l'article L. 571-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Le présent article ne fait pas obstacle au droit souverain de l'Etat d'accorder l'asile à toute personne dont l'examen de la demande relève de la compétence d'un autre Etat ".

6. La faculté laissée à chaque Etat membre, par l'article 17 du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013, de décider d'examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans le présent règlement, est discrétionnaire et ne constitue nullement un droit pour les demandeurs.

7. Mme C fait valoir qu'elle est gravement malade, qu'elle souffre d'une fatigue intense liée à son traitement et que son éloignement aurait pour effet de perturber sa prise en charge médicale. Toutefois, par les documents médicaux qu'elle produit, à savoir deux courriers confirmant des rendez-vous de consultation dans le service d'hématologie clinique du CHU de Caen, une ordonnance prescrivant un traitement de six mois pour une affection de longue durée et un certificat médical selon lequel Mme C est suivie pour une leucémie nécessitant un traitement spécifique et une surveillance rapprochée des effets secondaires, elle n'établit pas qu'elle serait dans un état de vulnérabilité exceptionnelle faisant obstacle à son transfert vers la Belgique, ni qu'elle ne pourrait pas être prise en charge de façon appropriée dans ce pays. Il ne ressort pas du dossier que l'état de santé de Mme C ferait obstacle à l'adoption d'une mesure d'éloignement à destination de la Belgique. Par ailleurs, la requérante, qui n'invoque pas de défaillances systémiques en Belgique, n'apporte aucun élément probant au soutien de son allégation selon laquelle elle n'aurait pas bénéficié d'une prise en charge médicale lors de son dernier séjour dans ce pays. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance des dispositions précitées du règlement du 26 juin 2013 et des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, doivent être écartés. Pour les mêmes motifs, le préfet, en ne mettant pas en œuvre la procédure dérogatoire prévue par l'article 17 du règlement du 26 juin 2013, n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation.

8. Il résulte de tout ce qui précède que Mme C n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 29 mars 2023 par lequel le préfet de la Seine-Maritime a ordonné son transfert vers la Belgique. Par voie de conséquence, ses conclusions présentées aux fins d'injonction, ainsi que celles présentées au titre des frais exposés et non compris dans les dépens, doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : Mme C est admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : La requête de Mme C est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme B C, à Me Bara Carré et au préfet de la Seine-Maritime.

Copie en sera transmise au bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Caen.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 juin 2023.

Le magistrat désigné,

Signé

F. DLe greffier,

Signé

J. MARTIN

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Maritime, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

la greffière,

C. Bénis

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