lundi 19 juin 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Caen |
| Section | Tribunal Administratif de Caen |
| N° Dossier | TA14-2301343 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Avocat requérant | SELARL HOURCABIE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés les 26 mai, 12 et 15 juin 2023, la Ligue contre la violence routière - fédération nationale, représentée par son président en exercice, demande au juge des référés :
1°) de suspendre l'exécution des vingt-sept arrêtés du 3 avril 2023 par lesquels le président du conseil départemental du Calvados a relevé à 90 km/h la vitesse maximale autorisée sur certaines portions de routes départementales ;
2°) de mettre à la charge du département du Calvados la somme de 3 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du Code de justice administrative, ainsi que les entiers dépens.
Elle soutient que :
Sur l'urgence :
- s'agissant de sécurité routière, les erreurs de l'étude d'accidentalité, le défaut de motivation et le manque de signalisation adaptée suffisent à justifier l'urgence ;
- l'Observatoire National Interministériel de la Sécurité Routière, dans son étude sur le relèvement de la vitesse à 90 km/h publiée en octobre 2022, estime à 74 tués supplémentaires le nombre de décès liés au relèvement de la vitesse en 2021 ;
- le bilan provisoire de l'accidentalité de l'année 2022 pour le Calvados est de 33 tués, soit une hausse de 17,8 % par rapport à l'année précédente ;
- en fondant son choix de relèvement de la vitesse sur un indice de 15 accidents pour 100 millions de kilomètres, alors que d'après le propre raisonnement de l'étude ce taux aurait dû être de 0,15 accident pour 100 millions de kilomètres, le département a commis une erreur manifeste qui met en danger les usagers ;
Sur le doute sérieux quant à la légalité des arrêtés attaqués :
- la sélection des voies concernées dans l'étude d'accidentalité n'est pas fondée ; le taux d'accidentalité et la valeur seuil ne sont pas pertinents ; l'étude ne porte pas sur chacune des sections ; dès lors, l'analyse d'accidentalité du département n'est pas crédible ;
- les arrêtés attaqués sont insuffisamment motivés en ce qu'ils se fondent sur des affirmations sans fondement ;
- la commission départementale de la sécurité routière (CDSR) n'a pas respecté la circulaire ministérielle INTS2000917J relative au fonctionnement de la CDSR ; dès lors, l'avis de la commission départementale de la sécurité routière (CDSR) est entaché d'illégalité ;
- les arrêtés attaqués portent atteinte aux droits fondamentaux eu égard à leur incidence sur la santé et l'environnement, en méconnaissance de l'article 2 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, de l'article 11 du préambule de la Constitution, et des articles 1er, 2 et 7 de la Charte de l'environnement ;
- ils méconnaissent le principe de non-régression énoncé par l'article L. 110-1 du code de l'environnement ;
- ils auraient dû faire l'objet d'une consultation du public conformément au code de l'environnement et à la convention d'Aarhus ;
- le relèvement de la vitesse maximale est contraire aux objectifs de sobriété énergétique mentionnés à l'article 2 de la loi du 17 août 2015 relative à la transition énergétique pour la croissance verte et aux articles L. 100-1, L. 100-2 et L. 100-4 du code de l'énergie ;
- les caractéristiques minimales de l'infrastructure définies par le comité des experts du CNSR ne sont en général pas prises en compte et la signalisation n'est pas conforme à la réglementation ; dès lors, le département a manqué à son obligation de sécurité ;
- le relèvement de la vitesse maximale autorisée dans certains départements crée une rupture d'égalité et perturbe la compréhension de la règle pour l'usager de la route ;
- les principes de confiance légitime et de sécurité juridique ne sont pas respectés par le conseil départemental, dans la mesure où l'usager bénéficie d'un droit acquis à la sécurité apportée par la limitation de vitesse maximale autorisée à 80 km/h sur le réseau routier départemental.
Par un mémoire en défense, enregistré le 14 juin 2023, le conseil départemental du Calvados, représenté par Me Hourcabie, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de l'association requérante la somme de 5 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- alors que les arrêtés ont été édictés le 3 avril 2023, la Ligue n'a saisi le juge des référés que quelques jours avant l'expiration du délai de recours ;
- la méthode suivie par le département et les conditions du relèvement de la vitesse sont de nature à exclure toute situation d'urgence ; le relèvement de la vitesse n'a finalement porté que sur un linéaire représentant moins de 7 % de la totalité du réseau routier départemental ; les incidences de la décision de relèvement de la vitesse ont été précisées au regard des caractéristiques de chaque section de route départementale, de leurs tracés, de leur environnement, de leurs aménagements et du seuil d'accidentalité identifié ; les arrêtés attaqués prolongent une situation existante depuis le 1er août 2020 , dès lors, la situation d'urgence n'est pas caractérisée ;
- les experts du CNSR ont précisé que pour les sections à trois voies, un travail de redistribution des créneaux de dépassement était un complément indispensable à une proposition de relèvement de la vitesse ;
- les fiches techniques proposées pour chacun des 27 itinéraires, section par section, proposés au relèvement, étaient composées d'un tracé en plan de l'itinéraire sur fond de carte vue aérienne, des caractéristiques géométriques et fonctionnelles de la route et d'un tableau récapitulatif des données d'accidentologie sur les trois périodes analysées ;
- le département du Calvados a décidé d'introduire un indicateur, à savoir un taux d'accidentalité exprimé en nombre d'accidents pour 100 millions de kilomètres parcourus dès lors que cet indicateur permet d'intégrer à la fois la notion de risque, le nombre d'accidents et le trafic supporté par les routes étudiées ; les statistiques d'accidentologie ont été obtenues en exploitant les données connues s'agissant du réseau principal et du réseau secondaire ;
- le fait de retenir un taux d'accidents constitue, par rapport au taux d'accident mortel, un critère d'exclusion plus sévère ;
- l'association requérante ne démontre pas que les sections retenues seraient trop importantes ;
- les arrêtés attaqués sont motivés de manière particulièrement circonstanciée ;
- les instructions ministérielles invoquées n'ont aucune valeur normative ;
- les arrêtés attaqués, qui se bornent à réglementer la vitesse sur les voies départementales du Calvados, n'ont pas d'effets directs et significatifs sur l'environnement.
- la mise en œuvre d'une disposition législative offrant la faculté d'adapter localement la vitesse maximale autorisée en fonction des caractéristiques propres à chaque tronçon de routes départementales, et donc après avoir précisément caractérisé l'existence d'une situation particulière, n'est pas susceptible de porter atteinte à l'égalité des usagers.
Le président du tribunal a désigné M. A pour statuer sur les demandes de référé.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- la requête enregistrée le 24 mai 2023 sous le n° 2301322 par laquelle la Ligue contre la violence routière - fédération nationale demande l'annulation des vingt-sept arrêtés du 3 avril 2023 par lesquels le président du conseil départemental du Calvados a relevé à 90 km/h la vitesse maximale autorisée sur certaines portions de routes départementales.
Vu :
- le code général des collectivités territoriales ;
- le code de justice administrative.
Au cours de l'audience publique tenue en présence de Mme Bénis, greffière d'audience, M. A a lu son rapport et entendu les observations :
- de M. B, représentant l'association requérante, qui conclut aux mêmes fins que la requête, par les mêmes moyens ;
- de Me Rouikha, substituant Me Hourcabie, représentant le département du Calvados, qui conclut aux mêmes fins que le mémoire en défense.
La clôture de l'instruction est intervenue à l'issue de l'audience en application du premier alinéa de l'article R. 522-8 du code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".
2. L'association Ligue contre la violence routière - fédération nationale demande la suspension de l'exécution des vingt-sept arrêtés du 3 avril 2023 par lesquels le président du conseil départemental du Calvados a relevé à 90 km/h la vitesse maximale autorisée sur les sections de routes hors agglomération ne comportant pas au moins deux voies affectées à un même sens de circulation.
3. Aux termes de l'article L. 3221-4-1 du code général des collectivités territoriales : " Le président du conseil départemental ou, lorsqu'il est l'autorité détentrice du pouvoir de police de la circulation, le maire ou le président de l'établissement public de coopération intercommunale peut fixer, pour les sections de routes hors agglomération relevant de sa compétence et ne comportant pas au moins deux voies affectées à un même sens de circulation, une vitesse maximale autorisée supérieure de 10 km/ h à celle prévue par le code de la route. Cette décision prend la forme d'un arrêté motivé, pris après avis de la commission départementale de la sécurité routière, sur la base d'une étude d'accidentalité portant sur chacune des sections de route concernées. "
4. Il ressort des pièces du dossier que, préalablement à l'édiction des arrêtés en litige, les représentants du conseil départemental du Calvados ont présenté, lors de la réunion de la commission départementale de la sécurité routière qui s'est tenue le 24 mars 2023, une étude d'accidentalité mentionnant les trois critères de sélection des voies concernées, à savoir le réseau équipé de bandes multifonctionnelles, les sections disposant de créneaux de dépassement et les routes bidirectionnelles dont la largeur dépasse six mètres. Il est précisé dans cette étude que les routes équipées de créneaux de dépassement ont un meilleur niveau de sécurité que les routes qui en sont dépourvues, et que les sections disposant de créneaux de dépassement ont été retenues dans les deux sens de circulation afin d'éviter une alternance trop rapide des vitesses autorisées. Il ressort des statistiques d'accidentologie mentionnées dans ce document, qui proviennent d'un échantillon représentatif des données connues sur 34,1 % du réseau principal et 13,3 % du réseau secondaire, que le taux d'accidents pour 100 millions de kilomètres parcourus sur l'ensemble du réseau est de 24,87 sur la période 2013-2017. L'association requérante, qui ne propose aucune méthode alternative permettant d'affiner les critères de sélection des portions susceptibles de faire l'objet d'un relèvement de la vitesse maximale autorisée, n'établit pas que ces données d'accidentologie seraient entachées d'inexactitude. Ainsi que l'a confirmé le conseil du département à l'audience, le seuil de 15 utilisé comme critère d'exclusion, qui est nettement inférieur à celui résultant des statistiques locales, correspond au taux d'accidents mortels relevé sur le réseau autoroutier. Or, il est constant que le taux d'accidents sur autoroutes est moins élevé que sur le réseau routier secondaire. Ainsi, l'utilisation de ce seuil a pour effet d'appliquer un critère d'exclusion plus exigeant, du point de vue de la sécurité routière, en vue de la sélection des portions de routes départementales pouvant faire l'objet d'un relèvement de la vitesse maximale autorisée. Par suite, le moyen tiré de ce que l'étude d'accidentalité ne reposerait pas sur des critères pertinents, n'est pas propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux sur la légalité des arrêtés attaqués.
5. Aucun des autres moyens visés ci-dessus n'est propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux sur la légalité des arrêtés attaqués.
6. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la condition d'urgence, que les conclusions à fin de suspension de la requête de la Ligue contre la violence routière - fédération nationale doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions relatives aux frais liés à l'instance.
7. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'association requérante la somme demandée par le département du Calvados au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de la Ligue contre la violence routière - fédération nationale est rejetée.
Article 2 : La demande présentée par le département du Calvados sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative est rejetée.
Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à la Ligue contre la violence routière - fédération nationale et au département du Calvados.
Fait à Caen, le 19 juin 2023.
Le juge des référés,
Signé
F. A
La République mande et ordonne au préfet du Calvados, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
la greffière,
A Godey
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026