vendredi 7 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Caen |
| Section | Tribunal Administratif de Caen |
| N° Dossier | TA14-2301436 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 1ère chambre |
| Avocat requérant | BLACHE |
Vu les procédures suivantes :
I. Sous le n° 2301436, par une requête enregistrée le 8 juin 2023, Mme E B, représentée par Me Blache, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision par laquelle le préfet du Calvados a implicitement rejeté sa demande de titre de séjour formulée le 17 février 2022 ;
2°) d'enjoindre au préfet du Calvados, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour temporaire d'un an mention " vie privée et familiale " dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard ou, subsidiairement, de réexaminer sa demande dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard et, dans l'attente, de lui délivrer sans délai un récépissé l'autorisant à travailler ;
3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros à verser à son conseil au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Mme B soutient que la décision attaquée :
- est insuffisamment motivée ;
- est entachée d'un vice de procédure en raison de l'absence de saisine de la commission du titre de séjour ;
- méconnaît les dispositions des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et libertés fondamentales ;
- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 19 mars 2024, le préfet du Calvados conclut au rejet de la requête, et subsidiairement à ce que la demande relative aux frais d'instance soit minorée.
Il fait valoir que les moyens exposés dans la requête ne sont pas fondés.
Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 23 mai 2023.
II. Sous le n° 2400713, par une requête enregistrée le 20 mars 2024, Mme E B, représentée par Me Cavelier, demande au tribunal :
1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 17 novembre 2023 par lequel le préfet du Calvados a refusé son admission au séjour, l'a obligée à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an ;
3°) d'enjoindre au préfet du Calvados de réexaminer sa situation dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir et, dans l'attente, de lui délivrer un récépissé ;
4°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 200 euros à verser à son conseil au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Elle soutient que :
S'agissant de la décision portant refus de titre de séjour :
- elle est entachée d'incompétence ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation et porte une atteinte disproportionnée à sa vie privée et familiale.
S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- elle méconnaît l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et porte une atteinte disproportionnée à sa vie privée et familiale ;
- elle méconnaît l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant et porte atteinte à l'intérêt supérieur de ses enfants.
S'agissant de la décision refusant d'accorder un délai de départ volontaire :
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
S'agissant de la décision fixant le pays d'éloignement :
- elle méconnaît l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
S'agissant de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pendant un an :
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation et porte une atteinte disproportionnée à sa vie privée et familiale.
Par un mémoire en défense, enregistré le 3 avril 2024, le préfet du Calvados conclut au rejet de la requête, et subsidiairement à ce que la demande relative aux frais d'instance soit minorée.
Il fait valoir que les moyens exposés dans la requête ne sont pas fondés.
Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 29 mai 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant, signée à New-York le 26 janvier 1990 ;
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Groch,
- les observations de Me Cavelier, représentant Mme B dans l'instance n° 2400713.
Le préfet du Calvados n'était ni présent ni représenté.
Considérant ce qui suit :
1. Mme E B, ressortissante nigériane née le 15 août 1991 à Benin City (Nigeria), déclare être entrée irrégulièrement sur le territoire français le 1er décembre 2012. Elle a bénéficié d'une carte de séjour temporaire en qualité de parent d'enfant français du 20 mai 2014 au 19 mai 2015, qui n'a pas été renouvelée suite à la reconnaissance de paternité frauduleuse de son enfant C B. Le 22 juin 2015, Mme B a fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français non exécutée. Elle a sollicité un titre de séjour en qualité d'étranger malade, qui a fait l'objet d'une décision implicite de rejet le 16 avril 2017. Par un formulaire daté du 17 février 2022, Mme B a sollicité une admission exceptionnelle au séjour pour liens personnels et familiaux sur le fondement des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui a fait l'objet d'une décision implicite de rejet. Par un courrier reçu le 4 octobre 2022 par la préfecture du Calvados, elle a sollicité la communication des motifs de la décision de rejet. En l'absence de réponse, elle a déposé le 8 juin 2023 la requête n° 2301436 visant à annuler la décision implicite de rejet de sa demande de titre de séjour. Par un arrêté du 17 novembre 2023 dont il est demandé l'annulation dans la requête n° 2400713, le préfet du Calvados a pris à son encontre un arrêté portant refus de séjour, obligation de quitter le territoire français sans délai, fixant le pays d'éloignement et portant interdiction de retour sur le territoire français pendant un an.
Sur la jonction :
2. Les requêtes enregistrées sous les nos 2301436 et 2400713 concernent la situation d'une même ressortissante étrangère et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.
Sur la demande d'aide juridictionnelle provisoire :
3. Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, il n'y a plus lieu de statuer sur ses conclusions tendant à ce qu'elle soit admise à l'aide juridictionnelle provisoire, qui sont devenues sans objet.
Sur les conclusions aux fins d'annulation de la décision implicite de refus de titre de séjour :
4. Si le silence gardé par l'administration sur une demande dont elle a été saisie a fait naître une décision implicite de rejet, une décision explicite de rejet intervenue postérieurement se substitue à la première décision. Dans ce cas, les conclusions à fin d'annulation de cette première décision doivent être regardées comme dirigées contre la seconde.
5. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de la requête, dirigées contre la décision implicite par laquelle le préfet du Calvados a rejeté la demande de délivrance de titre de séjour présentée par Mme B, doivent être regardées comme dirigées contre la décision de refus de titre de séjour contenue dans l'arrêté du 17 novembre 2023 par lequel le préfet du Calvados a explicitement rejeté cette demande.
Sur les conclusions aux fins d'annulation de l'arrêté du 17 novembre 2023 :
En ce qui concerne la décision de refus de titre de séjour :
6. En premier lieu, par un arrêté du 4 octobre 2023, publié au recueil des actes administratifs de la préfecture n° 14-2023-243 du 4 octobre 2023, le préfet du Calvados a donné délégation à M. F de G, chef du service de l'immigration, à l'effet de signer tous arrêtés ou décisions relevant des attributions du service de l'immigration, à l'exception de certains actes parmi lesquels ne figure pas la décision en litige. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte ne peut qu'être écarté.
7. En deuxième lieu, la décision portant refus de titre de séjour vise la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et notamment ses articles 3 et 8, ainsi que les articles du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont il est fait application. Elle précise également les circonstances relatives à la situation personnelle et familiale de la requérante. Elle mentionne l'ancienneté du séjour de la requérante en France, sa situation administrative ainsi que les éléments relatifs à son intégration sociale et professionnelle. Cette décision indique que l'intéressée ne justifie d'aucune circonstance humanitaire particulière et qu'elle n'établit pas être exposée à des peines ou traitements contraires à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en cas de retour dans son pays. Ainsi la décision litigieuse, qui n'avait pas à mentionner l'ensemble des éléments caractérisant la situation de la requérante, énonce les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement de manière suffisamment circonstanciée pour la mettre en mesure d'en discuter utilement les motifs. En conséquence, le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.
8. En troisième lieu, il ressort des pièces du dossier que la commission du titre de séjour s'est réunie le 29 septembre 2023 et que Mme B y a été auditionnée. Par suite, le moyen tiré de l'absence de saisine de la commission du titre de séjour doit être écarté.
9. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Pour l'application de ces stipulations, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine. Aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger ne vivant pas en état de polygamie, qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République. ".
10. Il ressort des pièces du dossier que Mme B est entrée irrégulièrement sur le territoire français en 2012 à l'âge de 21 ans. Si elle invoque une présence en France de plus de dix ans, elle ne justifie d'un titre de séjour qu'entre le 20 mai 2014 et le 19 mai 2015, qui n'a pas été renouvelé suite à la reconnaissance de paternité frauduleuse de son enfant C B. Elle fait valoir qu'elle vit en foyer avec ses deux garçons mineurs C né en 2013 et Lucky né en 2015 qui sont scolarisés depuis leur plus jeune âge en France, qu'elle est très intégrée dans la société française et qu'elle maîtrise la langue française. La seule circonstance que ses deux garçons soient scolarisés n'est toutefois pas de nature à justifier son admission au séjour. Si la requérante allègue avoir été empêchée de travailler sur la seule période où elle disposait d'un titre de séjour en raison d'une maladie puis de sa grossesse, il est constant qu'elle n'a jamais, depuis son arrivée en France, disposé de revenus ni de logement propre et qu'elle ne justifie d'aucune insertion socio-professionnelle particulière dans la société. Si elle produit une attestation de participation à des formations civiques en lien avec l'OFII en 2015, une attestation du centre socio-culturel CAF de Lisieux de participation aux activités proposées à huit dates en 2022, ainsi que plusieurs attestations de soutien de son entourage sur son implication dans l'éducation de ses enfants et son intégration, ces éléments ne sont toutefois pas de nature à établir l'existence de liens d'une particulière intensité et stabilité, ni d'une insertion dans la société française. Par ailleurs, il ressort des pièces du dossier, et notamment du procès-verbal de séance de la commission du titre de séjour du 29 septembre 2023, qu'elle n'est pas dépourvue d'attaches ou isolée au Nigéria, pays dans lequel elle a passé la majeure partie de sa vie et dont elle possède un passeport valide, où résident selon ses déclarations sa mère, sa sœur, et son fils aîné. Mme B, qui se borne à soutenir qu'elle ferait l'objet d'un mariage forcé au Nigéria en raison d'un engagement de son père aujourd'hui décédé, n'établit aucune circonstance particulière de nature à faire obstacle à ce que la cellule familiale se reconstitue au Nigeria, ses deux enfants mineurs étant de nationalité nigériane, ni à ce qu'elle y poursuive normalement sa vie privée et familiale. Dès lors, la décision contestée n'a pas porté au droit de la requérante au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, doivent être écartés.
11. En cinquième lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point précédent, cette décision n'est pas entachée d'erreur manifeste d'appréciation. Le moyen doit être écarté.
12. En sixième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger ne vivant pas en état de polygamie dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. /Lorsqu'elle envisage de refuser la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par un étranger qui justifie par tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans, l'autorité administrative est tenue de soumettre cette demande pour avis à la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-14. / Les modalités d'application du présent article sont définies par décret en Conseil d'Etat ".
13. En présence d'une demande de régularisation déposée, sur le fondement de ces dispositions, par un étranger dont la présence en France ne constitue pas une menace pour l'ordre public, il appartient à l'autorité administrative de vérifier, dans un premier temps, si l'admission exceptionnelle au séjour par la délivrance d'une carte portant la mention " vie privée et familiale " répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard de motifs exceptionnels et, à défaut, dans un second temps, s'il est fait état de motifs exceptionnels de nature à permettre la délivrance, dans ce cadre, d'une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " ou " travailleur temporaire ".
14. Si Mme B soutient qu'elle vit sur le territoire français depuis le 1er décembre 2012, cette seule durée de présence, en l'absence d'éléments attestant de ses liens et de son intégration en France, ne caractérise pas des considérations humanitaires ou des motifs exceptionnels justifiant son admission au séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par ailleurs, si elle déclare avoir quitté le Nigéria alors âgée de 19 ans pour fuir un mariage forcé organisé par son père avec un homme beaucoup plus âgé qu'elle et qui attend toujours son retour, elle n'établit pas avoir déposé une demande d'asile et ne produit pas de justificatif probant en ce sens. Les autres éléments dont fait état Mme B ne peuvent pas être regardés comme des circonstances humanitaires ou des motifs exceptionnels au sens des dispositions précitées. Dès lors, le préfet du Calvados n'a pas méconnu les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation. Les moyens seront écartés.
15. Il résulte de ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation de la décision du 17 novembre 2023 portant refus de délivrance d'un titre de séjour doivent être rejetées.
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
16. En premier lieu, si Mme B soutient que la décision contestée est contraire au 5° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il ressort de la copie intégrale de l'acte de naissance de C B né le 19 mai 2013 que celui-ci n'est pas français suite au jugement du tribunal de grande instance de Paris rendu le 13 mars 2018. Au surplus, le préfet du Calvados produit un jugement du tribunal de grande instance de Paris du 14 janvier 2015 condamnant M. D A pour s'être livré à des reconnaissances de paternité frauduleuses, dont celle de l'enfant de Mme E B dénommé C B. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de ces dispositions doit être écarté.
17. En deuxième lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés dans le cadre de l'examen du refus de séjour, la décision attaquée ne porte pas, en l'espèce, une atteinte disproportionnée au droit de la requérante à une vie privée et familiale garanti par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales au regard des buts en vue desquels elle a été prise. Par suite, ce moyen doit être écarté.
18. En troisième lieu, si Mme B soutient que la décision attaquée méconnaît les dispositions de l'article 3.1 de la convention internationale des droits des enfants, elle n'apporte aucun élément au dossier à l'appui de ses allégations. En tout état de cause, la décision attaquée n'a pas pour effet de la séparer de ses deux garçons, qui pourront poursuivre leur scolarité au Nigéria.
19. Il résulte de ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation de la décision du 17 novembre 2023 portant obligation de quitter le territoire français doivent être rejetées.
En ce qui concerne la décision refusant d'accorder un délai de départ volontaire :
20. Aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / () / 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. ". Aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : () / 5° L'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement ; / () ".
21. Pour refuser d'accorder un délai de départ volontaire à Mme B, le préfet du Calvados a relevé qu'elle n'avait pas exécuté une précédente mesure d'éloignement prise à son encontre le 22 juin 2015 et qu'elle s'était maintenue irrégulièrement sur le territoire français depuis. Si la requérante soutient qu'il n'existe pas de risque réel de fuite, notamment parce qu'elle s'est présentée à la convocation en préfecture du 18 mars 2024 alors qu'elle savait qu'une obligation de quitter le territoire français allait lui être notifiée, elle ne fait pas valoir de la sorte des circonstances particulières au sens des dispositions de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le préfet du Calvados n'a pas entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de ces dispositions. Le moyen doit être écarté.
22. Il résulte de ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation de la décision du 17 novembre 2023 refusant un délai de départ volontaire doivent être rejetées.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :
23. Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ". Aux termes de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut désigner comme pays de renvoi : 1° Le pays dont l'étranger a la nationalité, sauf si l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ou la Cour nationale du droit d'asile lui a reconnu la qualité de réfugié ou lui a accordé le bénéfice de la protection subsidiaire ou s'il n'a pas encore été statué sur sa demande d'asile ; 2° Un autre pays pour lequel un document de voyage en cours de validité a été délivré en application d'un accord ou arrangement de réadmission européen ou bilatéral ; 3° Ou, avec l'accord de l'étranger, tout autre pays dans lequel il est légalement admissible. / Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950. ".
24. Si Mme B soutient que la décision fixant le pays de destination méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, elle se borne à soutenir qu'elle serait contrainte de subir, dans son pays d'origine, le mariage forcé organisé par son père, aujourd'hui décédé, au motif que la dot a été versée. Elle ne produit toutefois que des documents généraux sur les mariages forcés au Nigéria qui ne permettent pas d'établir l'actualité et la réalité des risques de mariage forcé dont elle se prévaut. Dans ces conditions, en l'absence de justification des risques auxquels elle serait personnellement exposée en cas de retour dans son pays d'origine, les moyens tirés de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, doivent être écartés.
25. Il résulte de ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation de la décision du 17 novembre 2023 fixant le pays d'éloignement doivent être rejetées.
En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an :
26. En premier lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français () ".
27. Il résulte de ces dispositions que, lorsque le préfet prend, à l'encontre d'un étranger, une décision portant obligation de quitter le territoire français ne comportant aucun délai de départ, ou lorsque l'étranger n'a pas respecté le délai qui lui était imparti pour satisfaire à cette obligation, il appartient au préfet d'assortir sa décision d'une interdiction de retour sur le territoire français, sauf dans le cas où des circonstances humanitaires y feraient obstacle. En outre, il ressort des termes mêmes de ces dispositions que l'autorité compétente doit, pour décider de prononcer à l'encontre de l'étranger soumis à l'obligation de quitter le territoire français une interdiction de retour et en fixer la durée, tenir compte, dans le respect des principes constitutionnels, des principes généraux du droit et des règles résultant des engagements internationaux de la France, des quatre critères qu'elles énumèrent, sans pouvoir se limiter à ne prendre en compte que l'un ou plusieurs d'entre eux.
28. D'une part, il ressort des termes de l'arrêté attaqué que Mme B a fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français qui n'était assortie d'aucun délai de départ volontaire. La requérante ne justifie d'aucune circonstance présentant un caractère humanitaire et faisant obstacle au prononcé d'une décision d'interdiction de retour sur le territoire français. Par suite, le préfet a légalement pu assortir la mesure d'éloignement prise à l'encontre de Mme B d'une telle interdiction. D'autre part, en dehors de ses années de présence en France, la requérante, qui n'a pas exécuté une précédente mesure d'éloignement, ne justifie d'aucun lien privé et familial en France. Dans ces conditions, alors même que le comportement de Mme B ne constitue pas une menace pour l'ordre public, le préfet du Calvados, en fixant à un an la durée de cette interdiction, n'a pas entaché sa décision d'une erreur d'appréciation dans l'application des dispositions des articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
29. En second lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 10, le moyen tiré de ce que la décision d'interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale garanti par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales une atteinte disproportionnée au regard des buts en vue desquels elle a été prise, doit être écarté.
30. Il résulte de ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation de la décision du 17 novembre 2023 portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an doivent être rejetées.
31. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulations présentées par Mme B dans ses requêtes n°s 2301436 et 2400713 doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence et pour chaque requête, ses conclusions aux fins d'injonctions et d'astreinte et celles tendant à l'application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
D E C I D E :
Article 1er : Il n'y a plus lieu de statuer sur la demande d'aide juridictionnelle provisoire présentée par Mme B dans l'instance n° 2400713.
Article 2 : La requête n° 2400713 de Mme B est rejetée.
Article 3 : La requête n° 2301436 de Mme B est rejetée.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme E B, à Me Blache, à Me Cavelier et au préfet du Calvados.
Délibéré après l'audience du 23 mai 2024, à laquelle siégeaient :
M. Cheylan, président,
M. Martinez, premier conseiller,
Mme Groch, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 juin 2024.
La rapporteure,
Signé
N. GROCH
Le président,
Signé
F. CHEYLAN
La greffière,
Signé
C. BÉNIS
La République mande et ordonne au préfet du Calvados en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
C. Bénis
Nos 2301436-2400713
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026