mardi 7 mai 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Caen |
| Section | Tribunal Administratif de Caen |
| N° Dossier | TA14-2301474 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 3ème Chambre |
| Avocat requérant | BOULA |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 12 juin 2023, Mme D F B et M. A E, représentés par Me Boula, demandent au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 25 avril 2023 par laquelle le préfet de l'Orne a refusé de délivrer une carte nationale d'identité et un passeport à leur enfant mineur ;
2°) d'enjoindre au préfet de l'Orne de délivrer une carte d'identité et un passeport à leur enfant dans un délai de quinze jours suivant la notification du présent jugement, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros à leur verser en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d'illégalité en ce que la reconnaissance de paternité de M. E ne présente pas de caractère frauduleux.
Par un mémoire en défense enregistré le 18 juillet 2023, le préfet de l'Orne conclut au rejet de la requête au motif qu'aucun des moyens soulevés par les requérants n'est fondé.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code civil ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le décret n° 55-1397 du 22 octobre 1955 ;
- le décret n° 2005-1726 du 30 décembre 2005 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Remigy ;
- et les conclusions de Mme C.
Considérant ce qui suit :
1. M. A E, ressortissant français, a déposé le 27 mai 2022 une demande tendant à la délivrance d'une carte nationale d'identité et d'un passeport pour la fille mineure de Mme D F B, née le 16 juillet 2019 à Villeneuve-Saint-Georges, dans le Val-de-Marne, qu'il a reconnue de manière anticipée le 23 avril 2019. Par la décision attaquée du 25 avril 2023, le préfet de l'Orne a refusé de faire droit à sa demande.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. En premier lieu, la décision attaquée, qui précise que l'examen de la situation des requérants fait ressortir le caractère frauduleux de la reconnaissance de paternité de M. E à l'égard de leur enfant mineur et fait obstacle à ce qu'une suite favorable soit donnée à leur demande de titres d'identité, comporte les considérations de fait et de droit qui en constituent le fondement, permettant aux requérants d'en contester utilement le bien-fondé. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision attaquée serait insuffisamment motivée doit être écarté.
3. En second lieu, aux termes de l'article 18 du code civil : " Est français l'enfant dont l'un des parents au moins est français. ". Aux termes de l'article 310-1 du même code : " La filiation est légalement établie, dans les conditions prévues au chapitre II du présent titre, par l'effet de la loi, par la reconnaissance volontaire ou par la possession d'état constatée par un acte de notoriété. / () ". Aux termes de l'article 310-3 du même code : " La filiation se prouve par l'acte de naissance de l'enfant, par l'acte de reconnaissance ou par l'acte de notoriété constatant la possession d'état. / () ". L'article 2 du décret du 22 octobre 1955 instituant la carte nationale d'identité dispose que : " La carte nationale d'identité est délivrée sans condition d'âge à tout Français qui en fait la demande. / Elle est délivrée ou renouvelée par le préfet ou le sous-préfet. / () ". Aux termes du dernier alinéa de l'article 4-4 du même décret : " La demande de carte nationale d'identité faite au nom d'un mineur est présentée par une personne exerçant l'autorité parentale. / () ". Aux termes de l'article 4 du décret du 30 décembre 2005 : " Le passeport est délivré, sans condition d'âge, à tout Français qui en fait la demande ".
4. Pour l'application des dispositions citées au point précédent, il appartient aux autorités administratives, qui ne sont pas en état de compétence liée, de s'assurer, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, que les pièces produites à l'appui d'une demande de carte nationale d'identité ou d'un passeport sont de nature à établir l'identité et la nationalité du demandeur. Seul un doute suffisant sur l'identité ou la nationalité de l'intéressé peut justifier le refus de délivrance ou de renouvellement du titre demandé.
5. En outre, si un acte de droit privé opposable aux tiers est en principe opposable dans les mêmes conditions à l'administration tant qu'il n'a pas été déclaré nul par le juge judiciaire, il appartient cependant à l'administration, lorsque se révèle une fraude commise en vue d'obtenir l'application des dispositions de droit public, d'y faire échec même dans le cas où cette fraude revêt la forme d'un acte de droit privé. Ce principe peut conduire l'administration, qui doit exercer ses compétences sans pouvoir renvoyer une question préjudicielle à l'autorité judiciaire, à ne pas tenir compte d'actes de droit privé opposables aux tiers. Tel est le cas dans le cadre de l'examen d'une demande d'une carte nationale d'identité. Par conséquent, si la reconnaissance d'un enfant est opposable aux tiers, en tant qu'elle établit un lien de filiation et, le cas échéant, en tant qu'elle permet l'acquisition par l'enfant de la nationalité française, dès lors que cette reconnaissance a été effectuée conformément aux conditions prévues par le code civil, et s'impose donc en principe à l'administration tant qu'une action en contestation de filiation n'a pas abouti, il appartient néanmoins au préfet, s'il est établi, lors de l'examen d'une demande d'une carte nationale d'identité pour le compte d'un enfant mineur, que la reconnaissance de cet enfant a été faite dans le seul but de faciliter l'obtention d'un titre de séjour, de faire échec à cette fraude et de refuser, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, tant que la prescription prévue par les articles 321 et 335 du code civil n'est pas acquise, la délivrance de la carte nationale d'identité ou du passeport.
6. Pour refuser de faire droit à la demande de délivrance de titres d'identité présentée par M. E pour sa fille déclarée, le préfet de l'Orne s'est fondé sur le caractère frauduleux de la reconnaissance de paternité réalisée par l'intéressé.
7. Il ressort des pièces du dossier que M. E a reconnu l'enfant de Mme B de manière anticipée à la mairie de Nevers trois mois avant sa naissance le 23 avril 2019. Toutefois, si Mme B soutient être entrée en France pour la première fois en août 2018 pour une période de trois mois, au cours de laquelle elle aurait rencontré M. E, elle ne produit aucun élément au soutien de ses allégations, la consultation du fichier visabio mentionnant au demeurant une unique entrée de l'intéressée en début d'année 2019, alors qu'elle était déjà enceinte. En outre, il ressort des pièces du dossier que les requérants, qui ont d'abord affirmé, s'être rencontrés dans le train entre Paris et Rouen au cours de l'été 2018 dans le cadre de leurs entretiens respectifs menés par les services de la fraude départementale de l'Orne et d'Eure-et-Loir, soutiennent dans le cadre de la présente instance que leur relation aurait débuté au Congo, où M. E se rendrait fréquemment en vacances. Le récit de leur relation, évoquée par les requérants au cours des mêmes entretiens, fait également apparaître de nombreuses incohérences. En effet, si Mme B soutient qu'elle a d'abord considéré l'avortement, ce dont M. E l'aurait dissuadée en l'incitant à venir en France pour qu'il reconnaisse l'enfant, celui-ci a indiqué n'avoir appris la grossesse de l'intéressée que trois mois avant la naissance de l'enfant, date à laquelle Mme B était déjà en France. Les requérants ne s'accordent pas davantage sur les lieux de leurs rencontres en France, Mme B indiquant que M. E lui aurait d'abord rendu visite à Nevers où elle a commencé le suivi de sa grossesse, alors que celui-ci a affirmé lors de son entretien que " tout a été fait à Rouen ". Pourtant, M. E n'a pas été en mesure de donner l'adresse exacte du logement de Mme B à Rouen, où il soutient s'être rendu régulièrement notamment depuis la naissance de l'enfant. Enfin, alors qu'il est constant que les requérants ne partagent aucune communauté de vie, M. E vivant au demeurant à Dreux et Mme B à Rouen, il ne ressort pas des pièces du dossier que M. E participerait à l'entretien et à l'éducation de l'enfant. En effet, d'une part, les quelques factures et preuves de transferts d'argent produites à l'occasion des entretiens dont il est fait état dans les compte-rendu versés au dossier, dont le montant n'est au demeurant pas connu, ne permettent pas d'établir l'existence d'une régularité ni d'une participation effective à l'entretien de l'enfant, les requérants ne produisant par ailleurs aucun élément dans le cadre de la présente instance pour justifier de cette participation. D'autre part, M. E se borne à se prévaloir d'attestations de voisins et d'amis faisant état de son implication et d'une saisine du juge aux affaires familiales près le tribunal judiciaire de Rouen aux fins de fixation de ses droits et obligations vis-à-vis de sa fille, sans toutefois produire aucun élément au soutien de ses allégations. Dans ces circonstances, le préfet de l'Orne, qui a justifié d'un faisceau d'indices suffisant, doit être regardé comme établissant que la reconnaissance de paternité souscrite par M. E à l'égard de l'enfant de Mme B avait un caractère frauduleux. Par suite, le préfet de l'Orne, à qui il appartenait de faire échec à cette fraude, était fondé à refuser, pour ce motif, la délivrance de la carte nationale d'identité sollicitée par M. E.
8. Il résulte de ce qui précède que Mme B et M. E ne sont pas fondés à demander l'annulation de la décision par laquelle le préfet de l'Orne a refusé de délivrer une carte nationale d'identité et un passeport à l'enfant de Mme B. Par voie de conséquence, leurs conclusions à fin d'injonction et d'astreinte ainsi que celles présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent également être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme B et de M. E est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme F B, M. A E et au ministre de l'intérieur et des Outre-mer.
Copie en sera adressée au préfet de l'Orne.
Délibéré après l'audience du 30 avril 2024, à laquelle siégeaient :
- Mme Rouland-Boyer, présidente,
- Mme Sénécal, première conseillère,
- Mme Remigy, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 mai 2024.
La rapporteure,
Signé
J. REMIGY La présidente,
Signé
H. ROULAND-BOYER
La greffière,
Signé
E. BLOYET
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
E. BLOYET
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026