mercredi 28 juin 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Caen |
| Section | Tribunal Administratif de Caen |
| N° Dossier | TA14-2301476 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Avocat requérant | BLACHE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 12 et 23 juin 2023, Mme A B, représentée par Me Blache, demande au juge des référés :
1°) de l'admettre, provisoirement, au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;
2°) de suspendre, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, l'exécution de la décision du préfet du Calvados rejetant sa demande de titre de séjour fondée sur l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
3°) d'enjoindre au préfet du Calvados, dans l'attente du jugement au fond, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour avec autorisation de travail, dans un délai de quarante-huit heures à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros, à verser à son conseil, en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du
10 juillet 1991.
Mme B soutient que :
- l'urgence est caractérisée dès lors qu'elle est atteinte du VIH et qu'après plus de trois ans, elle n'a toujours pas été mise en possession d'un titre de séjour temporaire pour raison médicale ; en outre, elle est sortie du dispositif de l'asile depuis la décision de la Cour nationale du droit d'asile du 25 juillet 2022 rejetant sa demande d'asile ; elle est hébergée au 115 depuis près de huit mois dans des conditions précaires ; de plus, elle n'a plus de droits à la sécurité sociale alors que son état de santé nécessite une stabilité dans ses conditions de vie et ses soins ;
- il existe un doute sérieux sur la légalité de la décision dès lors que :
- la décision n'est pas motivée, l'administration ayant gardé le silence sur sa demande de communication des motifs de la décision implicite de refus d'admission au séjour ;
- elle a communiqué à la préfecture les documents qui lui ont été réclamés par courrier du 27 mai 2020 ; en outre, elle s'est manifestée régulièrement entre 2020 et 2023 par courriers et courriels ;
- la décision a été prise en méconnaissance de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; elle est atteinte du VIH diagnostiqué en 2019 et est suivie au CHU de Caen avec une thérapie antivirale dont l'accès dans son pays est impossible ; du fait de sa maladie, elle fait d'importantes crises de paralysie faciale ; sa pathologie grave nécessite un suivi médical dont l'interruption pourrait entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité et elle n'est pas soignable de manière effective dans son pays d'origine ;
- la décision méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ; elle vit en France depuis octobre 2019, avec son fils qui a 19 ans et qui passe actuellement son bac professionnel ; ils sont tous les deux hébergés au 115 ; elle doit poursuivre ses soins en France tout en assurant l'avenir de son fils ;
- la décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
Par des mémoires, enregistrés les 21 et 26 juin 2023, le préfet du Calvados conclut au rejet de la requête au motif que les conditions posées par l'article L. 521-1 du code de justice administrative ne sont pas remplies.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- la requête enregistrée sous le numéro 2301475 par laquelle Mme B demande l'annulation de la décision du préfet du Calvados.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Macaud, vice-présidente, pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus, au cours de l'audience publique du 28 juin 2023 à 9 heures, en présence de Mme Godey, greffière d'audience :
- le rapport de Mme Macaud ;
- et les observations de Me Blache, représentant Mme B, qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens, en insistant sur le fait que, malgré l'avis favorable émis par le collège des médecins en mai 2020, elle n'a jamais été convoquée à la préfecture pour la remise d'un récépissé, qu'elle justifie avoir transmis à la préfecture l'ensemble des documents qui lui étaient réclamés, qu'elle produit, à l'audience, l'original du courrier d'envoi de ces documents du 31 août 2020 et l'accusation de réception de ce courrier et que les services préfectoraux sont en possession de tous les documents qui lui permettent d'instruire sa demande et de solliciter une nouvelle fois l'avis du collège des médecins.
Après avoir constaté que le préfet du Calvados n'était ni présent, ni représenté, la clôture de l'instruction a été prononcée.
Considérant ce qui suit :
1. Il résulte de l'instruction que Mme A B, ressortissante congolaise née le 5 juin 1984 qui déclare être entrée en France le 27 octobre 2019, accompagnée de son fils alors mineur, a déposé, le 9 décembre 2019, une demande d'asile puis, le 21 janvier 2020, une demande de titre de séjour pour raisons médicales. Le 25 mai 2020, le collège des médecins de l'OFII a émis un avis favorable à la délivrance d'un titre de séjour du fait de l'état de santé de Mme B. Par courrier du 27 mai 2020, les services de la préfecture ont demandé à l'intéressée de présenter un justificatif de nationalité ainsi qu'un justificatif d'état civil, demande à laquelle Mme B aurait répondu, par l'intermédiaire de son assistante sociale, par courrier du 31 août 2020. En l'absence de réponse à sa demande de titre de séjour malgré plusieurs relances de Mme B, celle-ci a sollicité, par l'intermédiaire de son avocate le 3 mai 2023, la communication des motifs de la décision rejetant implicitement sa demande formulée le 21 janvier 2020. Par la présente requête, elle demande au juge des référés de suspendre l'exécution de la décision par laquelle le préfet du Calvados a implicitement rejeté sa demande de titre de séjour.
Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
2. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu, en application de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, d'admettre provisoirement Mme B au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions de la requête :
3. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".
En ce qui concerne la condition d'urgence :
4. Il résulte de ces dispositions que la condition l'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande de suspension d'une décision refusant la délivrance d'un titre de séjour, d'apprécier et de motiver l'urgence compte tenu de l'incidence immédiate du refus de titre de séjour sur la situation concrète de l'intéressé. Cette condition d'urgence sera, en principe, constatée dans le cas d'un refus de renouvellement du titre de séjour, comme dans le cas d'un retrait de celui-ci. Dans les autres cas, il appartient au requérant de justifier de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui de bénéficier, à très bref délai, d'une mesure provisoire dans l'attente d'une décision juridictionnelle statuant sur la légalité de la décision litigieuse.
5. En l'espèce, il résulte de l'instruction que Mme B, atteinte du VIH diagnostiqué en 2019, est régulièrement suivie par le centre hospitalier universitaire de Caen et, qu'à défaut de pouvoir justifier de ses conditions de séjour en France, elle ne bénéficiera plus, à compter du 29 juin 2023, de ses droits à l'assurance maladie. En outre, il résulte de l'instruction qu'elle a régulièrement, en particulier par l'intermédiaire de son assistante sociale, sollicité les services préfectoraux pour obtenir des informations sur l'instruction de sa demande de titre de séjour déposée le 27 janvier 2020 pour raisons médicales, et sur laquelle le collège des médecins de l'OFII avait émis un avis favorable le 25 mai 2020. Enfin, il ne résulte pas de l'instruction que Mme B, dont la situation de précarité n'est pas contestée, serait à l'origine du délai, anormalement long, d'instruction de sa demande de titre de séjour, en particulier qu'elle n'aurait pas transmis à la préfecture les documents sollicités par courrier du 27 mai 2020. Eu égard à l'ensemble de ces éléments, la requérante justifie de ce que la décision attaquée porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à sa situation. La condition d'urgence exigée par les dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative doit, dès lors, être regardée comme remplie.
En ce qui concerne le doute sérieux :
6. En l'état de l'instruction, les moyens tirés de ce que la décision attaquée n'est pas motivée, de ce qu'elle a été prise en méconnaissance de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de ce qu'elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation sont de nature à créer un doute sérieux sur sa légalité.
7. Il résulte de ce qui précède que les deux conditions exigées à l'article L. 521-1 du code de justice administrative sont réunies. Par suite, il y a lieu de prononcer la suspension de l'exécution de la décision par laquelle le préfet du Calvados a implicitement rejeté la demande de de titre de séjour de Mme B, jusqu'à ce que le tribunal ait statué sur la requête tendant à son annulation.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
8. Aux termes de l'article L. 511-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés statue par des mesures qui présentent un caractère provisoire. Il n'est pas saisi du principal et se prononce dans les meilleurs délais. ". Aux termes de l'article L. 911-1 du même code : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution ".
9. Il y a lieu d'enjoindre au préfet du Calvados de procéder au réexamen de la situation de Mme B, dans le délai de deux mois à compter de la notification de la présente ordonnance, et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour, valable jusqu'à ce que ledit réexamen ait été effectué. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais de l'instance :
10. Il résulte de ce qui a été dit au point 2 que la requérante est provisoirement admise à l'aide juridictionnelle. Par suite, son conseil peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, sous réserve que Me Blache, conseil de la requérante, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat et sous réserve de l'admission définitive de la requérante à l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'État le versement à ce conseil d'une somme de 600 euros.
O R D O N N E :
Article 1er : Mme B est admise, provisoirement, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Article 2 : L'exécution de la décision du préfet du Calvados est suspendue jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur sa légalité.
Article 3 : Il est enjoint au préfet du Calvados de procéder au réexamen de la situation de
Mme B dans un délai de deux mois à compter la notification de la présente ordonnance et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour, valable pendant ce réexamen.
Article 4 : Sous réserve de l'admission définitive de la requérante à l'aide juridictionnelle et sous réserve que Me Blache renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, celui-ci versera à Me Blache une somme de 600 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 6 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A B, à Me Blache, au préfet du Calvados et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Copie en sera adressée, pour information, au bureau d'aide juridictionnelle.
Fait à Caen, le 28 juin 2023.
La juge des référés
Signé
A. MACAUD
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.
Pour expédition conforme,
La greffière,
A. Godey
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026