mardi 25 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Caen |
| Section | Tribunal Administratif de Caen |
| N° Dossier | TA14-2301478 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 3ème Chambre |
| Avocat requérant | VERGNOUX ISABELLE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 12 juin 2023, Mme C D, représentée par Me Vergnoux, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 13 février 2023 par laquelle le préfet du Calvados a refusé de lui délivrer un récépissé de déclaration de détention d'animal d'espèce non domestique ainsi que la décision implicite de rejet de son recours administratif ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la décision attaquée est entachée d'une erreur de droit dès lors que, s'agissant d'un régime déclaratif, le préfet était tenu de lui délivrer un récépissé de déclaration à partir du moment où le dossier déposé n'était pas incomplet ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ; les dispositions de l'article L. 424-10 du code de l'environnement ne lui sont pas opposables dès lors que l'arrêté du 8 octobre 2018, qui fixe les règles encadrant la détention d'animaux d'espèces non domestiques, ne soumet pas la délivrance d'un récépissé de détention à l'obtention préalable d'une autorisation de prélèvement s'agissant d'un sanglier ; le préfet a ajouté une condition non prévue par l'arrêté du 8 octobre 2018 en soumettant la délivrance du récépissé de déclaration à la condition que l'animal soit issu d'un élevage autorisé ; la déclaration de détention d'un animal non domestique étant strictement personnelle, le nombre de spécimens détenus, au sens de l'annexe 2 de l'arrêté du 8 octobre 2018, doit s'apprécier par individu et non par hébergement.
Par un mémoire en défense enregistré le 26 mars 2024, le préfet du Calvados conclut au rejet de la requête au motif qu'aucun des moyens soulevés par la requérante n'est fondé.
Un mémoire présenté pour Mme D, enregistré le 5 juin 2024, n'a pas été communiqué.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'environnement ;
- l'arrêté du 7 juillet 2006 portant sur l'introduction dans le milieu naturel de grand gibier ou de lapins et sur le prélèvement dans le milieu naturel d'animaux vivants d'espèces dont la chasse est autorisée ;
- l'arrêté du 8 octobre 2018 fixant les règles générales de détention d'animaux d'espèces non domestiques ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Remigy,
- et les conclusions de Mme Absolon, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. Mme C D et son conjoint, M. B A, ont recueilli deux jeunes sangliers mâles errants sur leur propriété au cours du mois octobre 2022. Ils ont déposé deux déclarations de détention d'animaux d'espèces non domestiques le 24 janvier 2023 auprès des services de la direction départementale de la protection des populations du Calvados pour chacun des deux animaux, l'une au nom de Mme D et l'autre au nom de M. A. Par courrier du 13 février 2023, le directeur départemental de la protection des populations s'est opposé à la déclaration de Mme D. L'intéressée a contesté cette décision par un recours gracieux du 21 février 2023, resté sans réponse. Mme D demande l'annulation de la décision du 13 février 2023 par laquelle le préfet du Calvados a refusé de lui délivrer un récépissé de déclaration de détention d'animal d'espèce non domestique ainsi que la décision implicite de rejet de son recours administratif.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 412-1 du code de l'environnement : " La production, le ramassage, la récolte, la capture, la détention, la cession à titre gratuit ou onéreux, à travers tout support, y compris numérique, l'utilisation, le transport, l'introduction quelle qu'en soit l'origine, l'importation sous tous régimes douaniers, l'exportation, la réexportation de tout ou partie d'animaux d'espèces non domestiques et de leurs produits ainsi que de tout ou partie de végétaux d'espèces non cultivées et de leurs produits, dont la liste est fixée par arrêtés conjoints du ministre chargé de l'environnement et, en tant que de besoin, du ou des ministres compétents, s'ils en font la demande, sont soumis, suivant la gravité de leurs effets sur l'état de conservation des espèces concernées et des risques qu'ils présentent pour la santé, la sécurité et la salubrité publiques, à déclaration ou à autorisation de l'autorité administrative délivrée dans les conditions et selon les modalités fixées par un décret en Conseil d'Etat. / Ce décret précise également : / 1° Les cas dans lesquels les récépissés de déclaration et les autorisations ne peuvent être délivrés qu'à des personnes préalablement habilitées par l'autorité administrative ; / 2° Les conditions et limites dans lesquelles des personnes préalablement agréées par l'autorité administrative peuvent bénéficier de procédures simplifiées pour les activités auxquelles l'application des procédures prévues au premier alinéa représenterait une charge excessive au regard de leur absence d'effet significatif sur l'état de conservation des espèces. ". Aux termes de l'article R. 412-6 du même code : " Dans un délai d'un mois à compter de la réception d'une déclaration, il est adressé au déclarant : / 1° Lorsque la déclaration est incomplète, un accusé de réception qui indique les pièces ou informations manquantes et invite le déclarant à fournir ces pièces ou informations dans les conditions prévues à l'article L. 114-5 du code des relations entre le public et l'administration ; / 2° Lorsque la déclaration est complète, un récépissé de déclaration qui indique soit la date à laquelle, en l'absence d'opposition, l'opération projetée pourra être entreprise, soit l'absence d'opposition qui permet d'entreprendre cette opération sans délai. Le récépissé est assorti d'une copie des prescriptions générales applicables en application du 2° de l'article R. 412-1-1 et, le cas échéant, de prescriptions particulières. En l'absence de récépissé, le silence gardé par l'administration pendant un mois vaut absence d'opposition à la déclaration. ".
3. Il ressort des pièces du dossier que Mme D a déposé le 24 janvier 2023 en ligne, via l'application démarches simplifiées, un dossier complet de déclaration de détention d'animal d'espèce non domestique. En application des dispositions précitées de l'article R. 412-6 du code de l'environnement, cette déclaration était seulement de nature à faire naître une décision implicite de non-opposition à la déclaration de détention, en cas de silence gardé par l'administration pendant un mois. Or, il ressort des pièces du dossier qu'une décision s'opposant à cette détention a été prise par le préfet du Calvados avant l'expiration de ce délai. Dans ces conditions, le moyen tiré de ce que le préfet, qui n'était pas en situation de compétence liée pour délivrer le récépissé, aurait méconnu l'étendue de sa compétence, doit être écarté.
4. En second lieu, aux termes de l'article R. 412-1 du code de l'environnement : " Les arrêtés prévus à l'article L. 412-1, pris par le ministre chargé de l'environnement, précisent les espèces ou les catégories de spécimens d'animaux non domestiques et de végétaux non cultivés concernés, les activités soumises à autorisation ou à déclaration, le cas échéant les parties du territoire et les périodes de l'année où l'autorisation ou la déclaration desdites activités est requise. () ". Aux termes de l'article 1er de l'arrêté du 8 octobre 2018 fixant les règles générales de détention d'animaux d'espèces non domestiques : " () II. - Toute personne, physique ou morale, qui détient en captivité des animaux d'espèces non domestiques doit satisfaire aux exigences suivantes : / - disposer d'un lieu d'hébergement, d'installations et d'équipements conçus pour garantir le bien-être des animaux hébergés, c'est-à-dire satisfaire à leurs besoins physiologiques et comportementaux ; / - détenir les compétences requises et adaptées à l'espèce et au nombre d'animaux afin que ceux-ci soient maintenus en bon état de santé et d'entretien ; / - prévenir les risques afférents à sa sécurité ainsi qu'à la sécurité et à la tranquillité des tiers ; / - prévenir l'introduction des animaux dans le milieu naturel et la transmission de pathologies humaines ou animales. ". Aux termes de l'article 13 du même arrêté : " La détention en captivité d'animaux d'espèces non domestiques est soumise à déclaration en application de l'article L. 412-1 du code de l'environnement lorsque les deux conditions suivantes sont satisfaites : / - ne sont détenus que des animaux des espèces ou groupes d'espèces dont la liste figure en annexe 2, dans la limite des effectifs fixés dans la colonne (b) de cette même annexe ; / - la détention des animaux n'a pas de but lucratif ou de négoce, et en particulier la reproduction des animaux n'a pas pour objectif la production habituelle de spécimens destinés à la vente. ". Enfin, l'annexe 2 du même arrêté prévoit que si la détention d'un seul sanglier appartenant à l'espèce sus scrofa est soumise à une simple déclaration de détention, la détention de plus de deux spécimens nécessite l'obtention du certificat de capacité prévu par les dispositions de l'article L. 413-2 du code de l'environnement et d'une autorisation d'ouverture en application de l'article L. 413-3 du même code.
5. Pour s'opposer à la déclaration préalable déposée par Mme D, le préfet s'est fondé sur les motifs tirés d'une part, de ce qu'une telle déclaration ne pouvait être faite qu'au préalable, pour l'acquisition d'un seul animal élevé en captivité et provenant d'un élevage autorisé, d'autre part, que le prélèvement de portées ou de petits de l'espèce concernée par la déclaration était interdit en application de l'article L. 424-10 du code de l'environnement.
6. En l'espèce, il est constant que Mme D n'a déclaré qu'un seul sanglier sus scrofa dans sa déclaration du 23 janvier 2024. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que son conjoint, qui réside à la même adresse, a également déposé une déclaration de détention d'un spécimen identique le même jour. Or, il résulte des dispositions citées au point précédent que la détention de plus d'un spécimen de l'espèce sus scrofa n'est autorisée que pour les établissements d'élevage d'animaux d'espèces non domestiques, dont l'ouverture est soumise à autorisation et dont les responsables doivent être titulaires du certificat de capacité prévu par les dispositions de l'article L. 413-2 du code de l'environnement. Contrairement à ce que soutient Mme D, l'effectif de spécimens détenus est ainsi nécessairement apprécié par lieu d'hébergement. Ainsi, Mme D et M. A, qui détiennent deux sangliers au sein du même hébergement, et dont la situation ne relevait pas du régime déclaratif, étaient tenus, en application de l'annexe 2 de l'arrêté du 8 octobre 2018, d'obtenir un certificat de capacité et une autorisation d'ouverture avant d'accueillir les deux spécimens sur leur terrain. Dans ces conditions, la décision du préfet du Calvados refusant de délivrer un récépissé de déclaration de détention d'animal d'espèce non domestique à Mme D n'est pas entachée d'erreur d'appréciation.
7. Si Mme D conteste la légalité des autres motifs invoqués dans la décision attaquée, il résulte de l'instruction que le préfet aurait, en tout état de cause, pris la même décision s'il n'avait retenu que ce seul motif.
8. Il résulte de ce qui précède que Mme D n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision du 13 février 2023 ni de la décision implicite de rejet de son recours administratif. Par voie de conséquence, ses conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent également être rejetées.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de Mme D est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme C D et au ministre de l'agriculture et de la souveraineté alimentaire.
Copie en sera adressée au préfet du Calvados.
Délibéré après l'audience du 11 juin 2024, à laquelle siégeaient :
- Mme Rouland-Boyer, présidente,
- Mme Créantor, première conseillère,
- Mme Remigy, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 juin 2024.
La rapporteure,
Signé
J. REMIGY
La présidente,
Signé
H. ROULAND-BOYER La greffière,
Signé
E. BLOYET
La République mande et ordonne au ministre de l'agriculture et de la souveraineté alimentaire en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
E. Bloyet
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026