vendredi 23 juin 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Caen |
| Section | Tribunal Administratif de Caen |
| N° Dossier | TA14-2301504 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | URGENCE- Etrangers |
| Avocat requérant | PAPINOT |
Vu la procédure suivante :
I - Par une ordonnance en date du 14 juin 2023, la magistratre désignée par le président du tribunal administratif de Rouen a transmis la requête de M. A B au tribunal administratif de Caen, en application des articles R. 776-13-2 et R. 776-15 du code de justice administrative.
Par une requête, des pièces complémentaires et un mémoire enregistrés les 13 juin et 19 juin 2023 sous le n° 2301504, M. A B, représenté par Me Papinot, demande au tribunal dans le dernier état de ses écritures :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 11 juin 2023 par lequel le préfet de l'Orne l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement et a pris une mesure d'interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans ;
3°) d'enjoindre au préfet de l'Orne de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour avec autorisation de travail et de procéder au réexamen de sa situation dans le délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser à son conseil au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
M. B soutient que :
- il revient au préfet d'établir que l'arrêté en litige a été signé par une autorité compétente ;
- sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :
. elle est entachée d'un défaut de motivation ;
. elle procède d'un examen incomplet de sa situation ;
. elle est entachée d'une erreur de droit et d'un défaut de base légale ;
. elle porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect à sa vie privée et familiale, garanti par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
. elle méconnaît l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant, signée à New-York le 26 janvier 1990 ;
. elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- sur la décision portant refus d'accorder un délai de départ :
. elle est insuffisamment motivée et elle procède d'un examen incomplet de sa situation ;
. elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;
- sur la décision portant interdiction de retour :
. elle est insuffisamment motivée et elle procède d'un examen incomplet de sa situation ;
. elle méconnaît l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
. elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire enregistré le 16 juin 2023, le préfet de l'Orne conclut au rejet de la requête au motif que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.
II - Par une requête et un mémoire enregistrés les 16 et 20 juin 2023 sous le n° 2301524, M. A B, représenté par Me Papinot, demande au tribunal dans le dernier état de ses écritures :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 13 juin 2023 par lequel le préfet de l'Orne a prononcé son assignation à résidence pendant une durée de quarante-cinq jours ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser à son conseil au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
M. B soutient que :
- l'auteur de la décision attaquée est incompétent ;
- la décision d'assignation à résidence est entachée d'un défaut de motivation et elle procède d'un défaut d'examen sérieux de sa demande ;
- elle méconnaît l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration ;
- elle est entachée d'une erreur de droit ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
Par des mémoires enregistrés les 16 et 20 juin 2023, le préfet de l'Orne conclut au rejet de la requête au motif que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces des dossiers.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale des droits de l'enfant ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Vu la décision par laquelle le président du tribunal a désigné Mme C pour statuer sur les mesures prises par l'autorité préfectorale en application du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ayant été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 21 juin 2023 :
- le rapport de la magistrate désignée,
- les observations de Me Papinot, représentant M. B, qui confirme les conclusions de ses requêtes, par les mêmes moyens, ainsi que les observations de M. B.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Ressortissant tunisien, M. A B, né le 25 juin 1987 à Redeyef, est selon ses déclarations irrégulièrement entré sur le territoire français au cours de l'année 2020 et s'y est maintenu depuis lors, de manière irrégulière, sans avoir accompli de démarches administratives en vue de régulariser sa situation. Le 13 janvier 2021, le préfet de l'Orne a pris à son encontre un arrêté portant obligation de quitter le territoire sans délai qu'il n'a pas exécuté. Le 10 juin 2023, l'intéressé a été interpelé par les militaires de la gendarmerie nationale pour des faits de violence envers son épouse, après que celle-ci ait porté plainte. Par un arrêté du 11 juin 2023, le préfet de l'Orne a fait obligation à M. B de quitter le territoire français sans délai et a fixé le pays de destination, avec interdiction de retour pendant deux ans. Puis, par un arrêté du 13 juin 2023, le préfet de l'Orne a prononcé une mesure d'assignation à résidence à l'encontre de l'intéressé pendant la durée de quarante-cinq jours. Par les deux requêtes visées ci-dessus, qu'il y a lieu de joindre afin d'y statuer par un seul jugement, M. B demande l'annulation de ces décisions.
Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée : " Dans les cas d'urgence () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président () ". En l'espèce, il y a lieu de prononcer l'admission provisoire de M. B au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur la requête n° 2301504 :
En ce qui concerne les conclusions à fin d'annulation :
S'agissant de la compétence de l'auteur de l'arrêté contesté :
3. Par l'arrêté n° 1122-2023-10011 du 11 mai 2023, publié au recueil des actes administratifs de la préfecture et consultable sur le site internet de celle-ci, le préfet de l'Orne a donné délégation à la sous-préfète d'Argentan, signataire de l'arrêté attaqué, à l'effet de signer, dans le cadre des permanences départementales, tous les arrêtés et décisions pris en application du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté du 11 juin 2023, pris au cours d'une permanence assurée par la sous-préfète d'Argentan, doit être écarté.
S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :
4. En premier lieu, la décision en litige mentionne notamment la date à laquelle l'intéressé déclare être entré en France, qu'il s'y maintient de façon irrégulière sans avoir demandé la régularisation de sa situation, qu'il est sans profession, qu'il a déclaré être marié avec une ressortissante française avec laquelle il n'a pas d'enfant et être en instance de divorce. La décision précise, en outre, qu'il a été interpelé pour des faits de violence conjugale, qu'il ne satisfait à aucune des conditions prévues par le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour l'admettre au séjour et que l'examen de sa situation personnelle et familiale conduit à considérer que la décision ne porte pas atteinte aux stipulations des articles 3 et 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Dans ces conditions, le moyen tiré de ce que cette décision, qui n'avait pas à indiquer tous les éléments de fait que l'intéressé invoque, est insuffisamment motivée doit être écarté. Pour les mêmes raisons, le moyen tiré d'un défaut d'examen complet de la situation personnelle de l'intéressé ne peut être accueilli.
5. En deuxième lieu, la mention dans les visas de l'arrêté du 11 juin 2023 de l'article L. 611-1, 4° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui ne se rapporte pas à la situation de l'intéressé et ne constitue pas le fondement de la décision en litige, constitue une simple erreur de plume sans incidence sur sa légalité.
6. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ". En application de ces stipulations, il appartient à l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France d'apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.
7. Le requérant soutient qu'il vit en France depuis trois ans, qu'il a suivi une formation professionnelle, qu'il s'est marié le 3 septembre 2022 avec une ressortissante française avec laquelle il vit depuis mars 2021. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que M. B est irrégulièrement entré en France et s'y est ainsi maintenu pendant trois années sans accomplir la moindre démarche visant à régulariser sa situation, alors qu'une obligation de quitter le territoire sans délai, qu'il n'a pas exécutée, a été prise à son encontre le 13 janvier 2021. En outre, il ressort du procès-verbal établi le 11 juin 2023 par un officier de police judiciaire dans le cadre de l'enquête préliminaire engagée à la suite de la plainte déposée par l'épouse de l'intéressé pour violences conjugales que celle-ci a déclaré avoir été victime de " nombreux actes de violence " de la part de son époux à compter du mois d'août 2022. Quatre de ses enfants, également auditionnés, ont déclaré que M. B consomme régulièrement de l'alcool, que les disputes sont fréquentes au domicile, qu'ils ont entendu des bruits de coups et ont constaté la présence d'hématomes sur le corps de leur mère. Il ressort, en outre, des pièces du dossier que M. B a indiqué, au cours de son audition dans le cadre de la garde à vue dont il a fait l'objet, que sa femme entendait divorcer. En outre, le couple n'a pas d'enfant et si l'intéressé indique élever et contribuer à l'entretien des six enfants de son épouse, il ne l'établit pas par les pièces qu'il produit ni ne justifie entretenir avec eux des liens particuliers. Par ailleurs, M. B ne justifie pas davantage d'une insertion sociale particulière sur le territoire français ni être dépourvu d'attaches dans son pays d'origine, où il a vécu jusqu'à l'âge de 33 ans. Le requérant ne justifie pas non plus d'une perspective professionnelle précise. Dans ces conditions, et alors même que l'épouse de l'intéressé a retiré sa plainte et a indiqué envisager de reprendre leur relation, la décision obligeant M. B à quitter le territoire français n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise. Par suite, le préfet de l'Orne n'a pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et n'a pas davantage commis d'erreur manifeste dans l'appréciation qu'il a portée sur les conséquences de l'obligation de quitter le territoire sur la situation personnelle de l'intéressé.
8. En quatrième lieu, si le requérant soutient que sa présence en France ne constitue pas une menace à l'ordre public, la décision en litige portant obligation de quitter le territoire n'a pas, en tout état de cause, été prise pour ce motif.
9. En cinquième lieu, aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Il résulte de ces stipulations que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.
10. Ainsi que cela a été indiqué au point 7, il ne ressort pas des pièces du dossier que M. B entretiendrait des liens solides avec les six enfants de son épouse ni même qu'il contribuerait de manière effective à leur entretien et à leur éducation. Le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doit, par suite, être écarté.
S'agissant de la décision portant refus de délai de départ volontaire :
11. Aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ". Aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : () 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; () 4° L'étranger a explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français ; 5° L'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement ". Aux termes de l'article L. 613-2 du même code : " Les décisions relatives au refus () prévues aux articles L. 612-2 et L. 612-5 () sont motivées ".
12. En premier lieu, la décision portant refus d'accorder un délai de départ volontaire vise les articles L. 612-2 et L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et cite les dispositions dont le préfet a fait application. Elle précise que l'intéressé a fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement à laquelle il n'a pas déféré, qu'il ne justifie pas d'une entrée régulière sur le territoire, qu'il n'est pas volontaire pour regagner son pays d'origine et qu'il est connu défavorablement des services de police. Dès lors, la décision en litige est suffisamment motivée. Pour les mêmes motifs, le requérant n'est pas fondé à soutenir que le préfet de l'Orne n'aurait pas procédé à un examen complet et particulier de sa situation.
13. En deuxième lieu, le requérant ne justifie pas d'une entrée régulière en France, il n'a jamais sollicité de titre de séjour et il n'a pas déféré à l'obligation de quitter le territoire français prise à son encontre le 13 janvier 2021. Par suite, M. B, qui se borne à faire valoir qu'il justifie d'une adresse stable, qu'il ne trouble pas l'ordre public et qu'il n'y a aucun risque qu'il se soustraie à la décision préfectorale, n'est pas fondé à soutenir que le préfet de l'Orne a porté une appréciation manifestement erronée sur sa situation personnelle au regard des dispositions des articles L. 612-2 et L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
S'agissant de l'interdiction de retour sur le territoire :
14. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". Aux termes de l'article L. 612-10 de ce code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français ". Aux termes de l'article L. 613-2 du même code : " () les décisions d'interdiction de retour et de prolongation d'interdiction de retour prévues aux articles L. 612-6, L. 612-7, L. 612-8 et L. 612-11() sont motivées ".
15. D'une part, l'arrêté attaqué vise et rappelle les dispositions des articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, sur lesquelles la mesure d'interdiction de retour se fonde. Il précise les conditions d'entrée et de séjour en France de M. B, les éléments objectifs et concrets caractérisant sa vie privée et familiale et indique que l'intéressé est défavorablement connu des forces de sécurité intérieure. Par suite, la décision contestée est suffisamment motivée. De plus, aucun élément du dossier n'établit qu'elle n'a pas été précédée d'un examen particulier de sa situation personnelle.
16. D'autre part, M. B, qui indique être entré en France en 2020, s'y est maintenu irrégulièrement. L'intéressé ne justifie d'aucune circonstance humanitaire faisant obstacle à la mesure prononcée à son encontre, alors qu'ainsi qu'il a été précédemment indiqué, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'il entretient des liens stables avec son épouse ni avec les enfants de celle-ci. Dès lors que l'intéressé a fait l'objet d'une précédente décision d'éloignement, c'est sans commettre de droit ni d'erreur d'appréciation que le préfet du Calvados a décidé de prendre une mesure d'interdiction de retour en France et en a fixé la durée à deux ans.
17. En deuxième lieu, pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point 7, les moyens tirés de l'erreur manifeste d'appréciation et de la méconnaissance de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, invoqués sans développement complémentaire à l'encontre de la décision portant interdiction de retour pour une durée de deux ans doit être écarté.
En ce qui concerne les conclusions présentées à fin d'injonction :
18. La présente décision, qui rejette les conclusions présentées à fin d'annulation par M. B, n'appelle aucune mesure d'injonction. Par suite, les conclusions présentées à fin d'injonction doivent également être rejetées.
Sur la requête n° 2301524 :
19. En premier lieu, par un arrêté n° 1122-2022-10067 du préfet de l'Orne du 12 décembre 2022 régulièrement publié le jour même au recueil des actes administratifs, le directeur de la citoyenneté et de la légalité, signature de la décision en litige, a reçu délégation à l'effet de signer, notamment, les arrêtés portant assignation à résidence. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué doit être écarté comme manifestement infondé.
20. En deuxième lieu, l'arrêté du préfet de l'Orne en date du 13 juin 2023 qui porte assignation de M. B à résidence vise les articles L. 730-1, L. 731-1, L. 732-1, L. 732-3, L. 732-7, à L. 732-9, L. 733-1, L. 733-2, L. 733-4 et R. 732-2 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. L'arrêté mentionne notamment que l'intéressé n'a pas mis à exécution la mesure d'éloignement prise à son encontre le 13 janvier 2021, qu'il se maintient en situation irrégulière sur le territoire, qu'il est titulaire d'un passeport en cours de validité et qu'il ne peut quitter immédiatement le territoire français mais que son éloignement demeure une perspective raisonnable. Par suite, contrairement à ce que soutient le requérant, la mesure d'assignation à résidence est régulièrement motivée.
21. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Exception faite des cas où il est statué sur une demande, les décisions individuelles qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-2, ainsi que les décisions qui, bien que non mentionnées à cet article, sont prises en considération de la personne, sont soumises au respect d'une procédure contradictoire préalable ". L'article L. 121-2 du même code précise : " Les dispositions de l'article L. 121-1 ne sont pas applicables : () 3° Aux décisions pour lesquelles des dispositions législatives ont instauré une procédure contradictoire particulière ".
22. Il résulte des dispositions des livres VI et VII du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que le législateur a entendu déterminer l'ensemble des règles de procédure administrative et contentieuse auxquelles sont soumises l'intervention et l'exécution des décisions portant obligation de quitter le territoire français, d'interdiction du territoire français ainsi que les décisions d'assignation à résidence. Dès lors, les dispositions des articles L. 121-1 et suivants du code des relations entre le public et l'administration ne sauraient être utilement invoquées à l'encontre de l'arrêté contesté.
23. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : 1° L'étranger fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français prise moins d'un an auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé () ". Selon l'article L. 732-3 du même code : " L'assignation à résidence prévue à l'article L. 731-1 ne peut excéder une durée de quarante-cinq jours. / Elle est renouvelable une fois dans la même limite de durée ". Aux termes de l'article L. 733-1 du même code : " L'étranger assigné à résidence en application du présent titre se présente périodiquement aux services de police ou aux unités de gendarmerie. / Il se présente également, lorsque l'autorité administrative le lui demande, aux autorités consulaires, en vue de la délivrance d'un document de voyage ". Selon l'article L. 733-2 de ce code : " L'autorité administrative peut, aux fins de préparation du départ de l'étranger, lui désigner, en tenant compte des impératifs de la vie privée et familiale, une plage horaire pendant laquelle il demeure dans les locaux où il réside, dans la limite de trois heures consécutives par période de vingt-quatre heures ". Et selon l'article L. 733-5 : " Les modalités d'application des articles L. 733-1 à L. 733-4 sont fixées par décret en Conseil d'Etat ".
24. L'article R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose que : " L'autorité administrative qui a ordonné l'assignation à résidence de l'étranger en application des articles L. 731-1, L. 731-3, L. 731-4 ou L. 731-5 définit les modalités d'application de la mesure : 1° Elle détermine le périmètre dans lequel il est autorisé à circuler muni des documents justifiant de son identité et de sa situation administrative et au sein duquel est fixée sa résidence ; 2° Elle lui désigne le service auquel il doit se présenter, selon une fréquence qu'elle fixe dans la limite d'une présentation par jour, en précisant si l'obligation de présentation s'applique les dimanches et les jours fériés ou chômés ; 3° Elle peut lui désigner une plage horaire pendant laquelle il doit demeurer dans les locaux où il réside ".
25. Il ressort de ces dispositions qu'une mesure d'assignation à résidence prise en application de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile consiste, pour l'autorité administrative qui la prononce, à déterminer un périmètre que l'étranger ne peut quitter et au sein duquel il est autorisé à circuler et, afin de s'assurer du respect de cette obligation, à lui imposer de se présenter, selon une périodicité déterminée, aux services de police ou aux unités de gendarmerie. Les obligations de se présenter périodiquement aux services de police ou aux unités de gendarmerie, susceptibles d'être imparties par l'autorité administrative en vertu de l'article L. 733-1 précité, doivent être adaptées, nécessaires et proportionnées aux finalités qu'elles poursuivent. Les modalités d'application de l'obligation de présentation sont soumises au contrôle du juge de l'excès de pouvoir, qui, saisi d'un moyen en ce sens, vérifie notamment qu'elles ne sont pas entachées d'erreur d'appréciation. Enfin, si une décision d'assignation à résidence doit comporter les modalités de contrôle permettant de s'assurer du respect de cette obligation et notamment préciser le service auquel l'étranger doit se présenter et la fréquence de ces présentations, ces modalités de contrôle sont divisibles de la mesure d'assignation elle-même.
26. En l'espèce, l'arrêté contesté dispose, en son article 1er, que M. B est assigné à résidence pendant quarante-cinq jours dans le département de l'Orne où il est autorisé à circuler muni des documents justifiant de sa situation et lui fait interdiction de sortir du département sans autorisation. Il lui prescrit en outre, par son article 2, de se présenter trois fois par semaine, les lundi, mercredi et samedi à 10 heures, à la brigade de la gendarmerie de Gacé et de demeurer à son domicile, à Vimoutiers, tous les jours de la semaine de 14 heures à 17 heures.
27. D'une part, l'obligation faite à M. B de demeurer à son domicile tous les jours de la semaine de 14 heures à 17 heures n'excède pas ce qui est nécessaire et adapté à la nature et à l'objet de cette mesure dont l'objectif est de permettre la préparation du départ de l'intéressé. Si le requérant indique que cette décision l'empêche d'aller chercher les enfants de sa compagne à la sortie de l'école à 16h30, il n'établit pas, par les pièces qu'il produit, qu'une autre solution ne pourrait être trouvée. Ce moyen doit, par suite, être écarté.
28. D'autre part, le requérant soutient que l'obligation qui lui est faite de se rendre à la brigade de la gendarmerie de Gacé, située à 20 kilomètres de sa commune de résidence, présente un caractère disproportionné au regard de l'objectif poursuivi aux motifs qu'il aurait pu satisfaire à son obligation de pointage en se présentant à la brigade de gendarmerie de Vimoutiers et que le seul moyen de transport dont il dispose pour se rendre par ses propres moyens à Gacé est contraignant et ne lui permet pas de se conformer à l'ensemble des obligations qui lui sont imparties.
29. Il ressort des observations formulées par l'intéressé à l'audience que, compte tenu de ses activités professionnelles, sa compagne n'est pas en mesure de le conduire à la brigade de gendarmerie de Gacé trois fois par semaine et que le seul mode de transport qui lui est accessible est le bus. Il ressort en outre des pièces du dossier que pour effectuer un aller-retour entre Vimoutiers et Gacé en bus, l'intéressé doit, compte tenu de la durée des trajets et des fréquences de passage, quitter Vimoutiers à 7 heures 11 et ne peut être de retour à son domicile, selon les jours, avant 17 heures 23, ce qui est incompatible avec l'obligation qui lui est par ailleurs faite de demeurer tous les jours de la semaine à son domicile de 14 heures à 17 heures, alors en outre que le bus ne circule pas le samedi. Le préfet de l'Orne, qui ne conteste pas que M. B pouvait assurer son obligation de pointage en se rendant à la brigade de la gendarmerie de Vimoutiers, se borne à faire valoir que celle-ci est fermée au public le mardi, le jeudi et le samedi, et qu'elle est ouverte le lundi et le mercredi de 14 heures à 18 heures, le vendredi de 8 heures à 12 heures et le dimanche de 15 heures à 18 heures. Dans ces conditions, et alors que rien ne faisait obstacle à ce que M. B se rendent à la brigade de la gendarmerie de Vimoutiers pour se conformer à son obligation de pointage à des horaires compatibles avec son obligation de présence à son domicile, le requérant est fondé à soutenir que la décision prise à son encontre est illégale, en tant qu'elle lui impose d'accomplir son obligation de pointage à la brigade de la gendarmerie de Gacé. Dans ces conditions, l'arrêté du 13 juin 2023 du préfet de l'Orne portant assignation à résidence de M. B doit être annulé uniquement en tant qu'il fixe comme lieu de pointage la brigade de gendarmerie de Gacé.
Sur les frais liés au litige :
30. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, sous réserve de l'admission définitive à l'aide juridictionnelle du requérant et sous réserve que Me Papinot, avocat de M. B, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Papinot de la somme de 1 200 euros. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à M. B, cette somme sera versée à M. B.
D É C I D E :
Article 1er : M. B est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Article 2 : L'arrêté du 13 juin 2023 du préfet de l'Orne portant assignation à résidence de M. B est annulé en tant qu'il fixe comme lieu de pointage la gendarmerie de Gacé.
Article 3 : L'Etat versera à Me Papinot la somme de 1 200 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve de l'admission à l'aide juridictionnelle du requérant et sous réserve que Me Papinot renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à M. B par le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 1 200 euros sera versée à M. B.
Article 4 : Le surplus des conclusions des requêtes est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, au préfet de l'Orne et à Me Papinot.
Copie en sera adressée au bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Caen.
Fait à Caen, le 23 juin 2023.
La magistrate désignée,
Signé
C. C Le greffier,
Signé
D. DUBOST
La République mande et ordonne au préfet de l'Orne en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme
le greffier,
D. Dubost
Nos 2301504, 2301524
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026